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Stefanaq Pollo

DE LA LUTTE ANTIFASCISTE DE LIBERATION

NATIONALE A LA REVOLUTION POPULAIRE





Notre peuple a lutté des siècles durant contre rexploitation dont il a été l'objet de la part des classes dominantes ainsi que contre le joug étranger, mais, suivant la loi générale du développement progressif de la société, ce combat a eu, à chaque période historique donnée, ses propres traits définis par des facteurs économiques, sociaux, politiques et culturels. De ce point de vue, la Lutte antifasciste de libération nationale s'est développée, elle aussi, conformément à cette loi générale. Mais à la différence des autres luttes menées par notre peuple, cette Lutte a marqué non seulement une étape supérieure des mouvements révolutionnaires populaires du pays, mais aussi, par son triomphe, un tournant radical et décisif dans la destinée méme de ce dernier. Ce tournant tient à ce que cette Lutte apporta non seuiement la libération nationale, mais encore un bouleversement dans les rapports sociaux, un bouleversement d'une ampleur sans précédent, un bouleversement non seulement des rap~ ports patriarcaux et féodaux, mais aussi des rapports capitalistes, qui furent remplacés par des rapports nouveaux, socialistes. Quels furent les prémisses et les facteurs qui déterminèrent ce tournant? Pour pouvoir répondre à cette question, il est nécessaire de nous arréter brièvement à l'histoire antérieure à la révolution populaire.

Au cours des dernières.décennies, depuis le début du mouvement national jusqu'au. triomphe de la révolution populaire, la société albanaise n'avait pas subi de profondes transformations économiques et sociales. Comme l'a souligné le camarade Enver Hoxha, "l'Albanie était restée entre deux périodes historiques, la chute du féodalisme et le développement du capitalisme ... "* *( Enver Hoxha, Rapport sur le róle et les táches du Front démocratique dans sa lutte pour la victoire totale du socialísme en Albanie, éd. alb, Tirana 1967, p. 10.). Toutefois, bien que notre pays fút resté un pays agraire arriéré, le développement, quelque restreint qu'il fùt, des rapports capitalistes eut d'importantes conséquences sociales. Parallèlement à la paysannerie, qui constituait toujours la grande majorité de la population, parallèlement à la bourgeoisie et aux gros propriétaires fonciers, une nouvelle classe, la classe ouvrière, qui devait jouer un róle historique important, avait été formée et elle se consolidait en tant que classe à part.

La connaissance de la situation socio-économique et de la physionomie politique des classes qui constituaient la société albanaise d'avant la Libération permet de comprendre les causes du profond marasme et du grand retard qui pesaient sur le dos des masses populaires; d'autre part, cela permet de comprendre ce qui engendrait l'énergie révolutionnaire potentielle de ces masses, énergie qui étalt, certes, refoulée, mais qui ne demandait qu'à jaillir et constituait une des prémisses les plus importantes de la situation révolutionnair,e que connaltrait notre pays.

Depuis longtemps déjà les grands propriétaires terriens albanais étaient devenus une classe profondément parasitaire, anachronique, dégénérée, hostile au peuple et à la patrie. Ils s'étalent discrédités aux yeux des masses travailleuses en tant que promoteurs d'une sauvage oppression économique et politique et de la collaboration avec l'occupant étranger afin de préserver leurs intéréts de classe. Ces propriétaires terriens s'étalent aliéné une fois pour toutes méme le peu d'influenee que certains de leurs représentants s'étaient acquise pendant la Renaissance nationale albanaíse, par leur participation, en certaines occasions, au mouvement national. Cette classe était destinée à aller contre l'histoire, elle allait done en être rejetée.

Quant à la bourgeoisie, l'autre classe dominante du pays, elle s'était relativement consolidée du point de vue économique, mais pas autant qu'il l'aurait fallu pour qu'ell,e jouát un róle indépendant dans la vie politique du pays. Par conséquent, la collaboration et le partage du pouvoir avec les grands propriétaires terriens étaient et demeurèrent des traits caractéristiques de toute son activité. Nombre de ses représentants d'avant-garde arborèrent penidant la Renaíssance nationale albanaise le drapeau du natìonalisme et de la démocratie, devenant ainsí des dirigeants et des idéologues de la lutte pour la libé~ ration nationale et soutenus en cela par les masses populaires patriotiques du pays. Les milieux démocratiques de la bourgeolsie albanaise firent preuve d'un particulier élan révolutíonnaíre pendant les annees 1920-1924. Mais le caractère hésitant, tronqué, de l'action polítique de cette bourgeoisie, qui s'était déjà manifesté au cours de la lutte pour la líbération nationale, apparut surtout durant la période de la lutte des masses populaíres pour l'instauration d'un régime démocratique, période où, loín de résoudre la questíon agraire, problème fondamental de l'époque, la bourgeoisie fut effrayée par l'élan révolutíonnaire des masses paysannes.

La bourgeoisie se rapprocha du régime antipopulaire et antinational du roi Zog et plus tard collabora étroitement et se fondit complètement avee lui. Ainsi, ses énergies révolutionnaires s'épuisèrent, elle devint une classe réactìonnaire, contre-révolutionnaire.

La paysannerie albanaise, la classe la plus nombreuse du pays, qui avaít été un puissant appui et la force motrice principale de la lutte pour la libératìon n,ntionale, avait connu une profonde différencìation politìque: ses couches aísées avaient joui du soutien des régimes féodalo-bourgeois de l'Etat albanais indépendant et étaient devenues un puíssant appui social du régime zoguiste. L'autre partie de la paysannerie, la plus nombreuse, loin de voir se réaliser ses aspirations sociales dans l'Etat albanais índépendant, devint elle-méme l'objet d'une farouche exploitation féodalo-bourgeoíse et fut abandonnée à sa misère, à son retard et à son ignorance. Or ces masses paysannes avaient de brillantes traditions de combat. Leurs mouvements révolutionnaíres remplissent des pages entières de l'histoire moderne et contemparaine du pays. Elles étaient les principales porteuses des tradítions non seulement de la lutte "pour la liberté et l'indépendance, mais aussi de la lutte contre l'exploitation féodalo-bourgeoise et pour l'instauration d'un régirne démocratique. Mais les mouvements paysans avaient échoué. Leurs aspirations séculaìres à la terre n'avaient pas été réalisées. Ainsi, loin de pactiser avee fendément hostiles.

La classe ouvrière et en particulier les communistes, ses représentants, étaient les alliés naturels des masses paysannes. Bi-en que peu nombreuse et portant la marque du. retard général du pays, la classe ouvrière albanaise, du fait de sa position soci ale, du caractère de son activité, de son regroupement dans les villes, etc., avalt la posáibilité, à travers l'action menée, par les communistes, de se développer et de se préparer plus vite sur le plan idéologique et politique. Le mouvement révolutionnaire de la classe ouvrière pendant les années '30 avait dominé, à certains moments, par ses grèves et ses manifestations, la vie politique et sociale du pays. Mais dans sa lutte contre la politique antinationale et antipopulaire du régi-me zoguiste et contre la pénétration du fascisme en Albanie, la classe ouvrière albanaise était restée isolée des masses paysannes. Les communistes, s'ils dirigèrent le Mouvement ouvrier, ne réussirent guère à promouvoir dans les campagnes l'alliance de la classe ouvrière avec la Pavsanneríe.

Voilà quelles étaient les forces de classe du pays et leur physionomie à la veille de la catastrophe nationale dìj 7 avril 1939.

L'instauration d'un régime fasciste d'occupation en Albanie y crea un rapport de classe et politique qui eut d'importantes conséquences sur la suite des événements. Nen contents d'avoir assuré aux grands propríétaires teiriens l'inviolabilité de leurs propriétés et donné à la bourgeoìsie la possibilité de s'enríchír sur le dos des masses travailleuses, les envahisseurs fascistes conIèrèrent aux représentants de ces classes des postes importants dans l'administration fasciste. Ces classes réactionnaires en général devinrent partie intégrante du régime fasciste d'occupation. C'était là l'aboutissement logique de la voie suivie historiquement par elles, pour qui la liberté et l'indépendance de la patrie avaient perdu toute signification. Par conséquent, la lutte contre les envahisseurs fascistes ne pouvait ne pas t-tre aussi, objectivement, une lutte contre les grands propriétaires fonciers et la grande hourgeoisie. C'était là, sur le plan historique, la première prémisse importante de la transformation de la Lutte antifasciste de libération nationale du peuple albanais en révolution populaire.

L'instauration du régime fasciste dans le pays mit d'autre part à l'épreuve toutes les forces natíonales saines auxquelles l'histoire assignait des táches importantes et urgentes, elle mit à l'épreuve la conscience, la maturité politique et le patríotísme des indivi-dus, des classes et des diverses couches sociales. La conscience, on le sait, est déterminée par les conditions matérielles et les intéréts de classe, et le patriotisine, ce sentiment si profondément enraciné depuls des millénaires, revét à chaque époque de l'histoire un contenu social et de classe bien défini.

Le régime fasciste d'occupation instauré en Albanie provoqua un grave traumatisme psychologique parmi les larges masses populaires rurales et urbaines. "La perte dp la liberté et de l'indépendance nationale ébranla le peuple albanais, toucha profondément ses sentiments traditionnels d'ardent patrIotisme et de fierté nationale".* *( Histoire du Parti du Travati d'Albanie, éd. alb., Tirana 1968, p. 56.) La Politique de fascisation et d'italianisation du pays, les féroces mesures policières que prirent les occupants dès le début contre les patriotes antifascistes la e l'industrie italienne, la dure exploitation des ouvriers ouvriers albanais et leur discrimination par rapport aux ouvriers italiens, la ruine graduelle et systématique de la paysannerie travailleuse provoquée par l'action des loís capítalístes du fascisme et l'expropriation des terres pour satisfaire les besoins militaires de l'occupant, etc., aggravèrent le mécontentement et attisèrent la elaine du peuple à son encontre, crèant ainsi un terrain favorable au veloppement du mouvement antifascíste la libération nationale.

Si la classe ouvrière albanaise et ses représentants, les communistes, s'opposèrent dès le début au régime d'occupation, ce fut pour des raisons idéologiques, politiques et économiqúes. Etant la classe la plus crogressve de la société albanaise, dotée d'une certaine experience politique, d'une idéologie avancée inspirée par ses dirigeants communistes, la classe ouvrière, bien que numériquement petite, avait pour táche non seulement de poursuivre avec plus de force et sur une plus large échelle la lutte antifasciste au'elle menait depuis les années '30, mais aussi d'assumer son rôle de promoteur et d' organisateur du mouvement de libération nationale. Dans les conditions concrètes de l'Albanie d'alors, aucune autre classe à part elle, n'était en mesure de prendre la direction du mouvement populaire antifasciste. Par conséquent, aucune autre idéologie à part l'idéologie marxiste-léniniste ne pouvait représenter les intértês nationaux et sociaux vitaux du peuple albanais, ni devenir le drapeau qui inspirerait et orienterait les larges masses dans leur lutte de libération. La fondation, en novembre 1941, du Parti communiste d'Albanie, en tant que parti de la classe ouvrière, fut une condition subjective très importante pour l'accomplissement de cette táche. C'étaient là de nouveaux facteurs sociaux, idéologiques et organisationnels que n'avaient pas connus les étapes antérieures de la lutte de libération de notre Peuple et qui feraient connaître à cette lutte de nouvelles méthodes et prendre d'autres proportions, qui la doteraient d'une forme et d'un contenu nouveaux, qui joueraient enfin un róle décisif dans la transformation de la Lutte de libération nationale en révolution populaire.

L'heureux accomplissement de cette táche historique coraplexe et considérable exigeait en premier lieu l'application créatrice du marxisme-léninisme dans les conditions d'un pays agraire arriéré comme l'était l'Albanie. Mais il ne pouvait y avoir, pour ce faire, ni modèles ni schémas tout faits. Appliquer le marxisme de fagon dogmatique et sans aucun égard aux conditions historiques concrètes, aurait voulu dire renoncer à la lutte pour la libération nationale et sociale et faire ainsi tout à fait le jeu de l'occupant fasciste. C'est à quoi conduisaient les vues erronées de certains communistes selon lesquels il fallait se drewer dans une action non pas de libération nationale mais socialiste et cela après la création et la croissance du prolétariat albanais. Notre Parti et le camarade Enver Hoxha eurent le grand mérite de rejeter avec courage ces vues et de suivre la voie revolutionnaire de la Lutte de libération nationale dictée par la situation concrète du pays. Et l'histoire montra que c'était là la seule voie juste. Notre Parti sut applíquer avec justesse et conformément aux conditions sociopolitiques intérieures et intérnationales la théorie marxiste-leniniste du. mouvement natíonal, de la révolution démocratique et socialiste, du pouvoir d'Etat, de la lutte des classes, de la guerre populaire de partisans et de l'insurrection armée.

Le programme du Parti communiste d'Albanie approuvé en novembre 1941 et complété au cours de la lutte, marquait une victoire sur le dogmatisme, le sectarisine et l'opportunisme, il définissait une ligne politique qui répondait aux aspirations nationales et sociales des masses populaires.

La lutte pour la libération nationale et celle pour la libération sociale étaient deux aspects fondamentaux de l'activité du Parti et elles exercèrent une très grande influence sur le cours des événements, sur la différenciation de classe et politique du mouvement de libération. Le PCA s'en tint fidèlement et jusqu'au bout aux exigences de la lutte pour la libération nationale. Afin de mener à bon terme cette. lutte, il était nécessaire en premier l.ieu et avant tout de rallier au Front antífasciste de libération nationale et de mobiliser en son sein toutes les forces vives du pays, tous les courants politiques, toutes les classes et couches sociales hostiles à l'occupation du pays. D'autre part, le PCA n'étaìt pas contre la formation d'autres partis politiques ni contre la collabora.tion avee eux, à condition toutefois qu'ils mènent iusqu'au bout une lutte intransigeante contre le fascisme. Mais, par ailleurs, le PCA n'était pas favorable à n'importe quelle lutte nationale ni à un mouvement national bourgeois. Les temps, les conditions concrétes et les rapports de classe avaient changé. La lutte n'était plus menée, comme dans les étapes antérieures, par la bourgeoísíe natíonale, mais par la classe ouvrière et son Parti communiste qui prévoyait dans son programme la création d'une Albanie non seulement entièrement libre et indépendante, mais aussi áémocratique et populaire. En plus, tout en menant une lutte nationale et démocratique, le PCA veillait à l'intégrité de son indívidualíté en tant que parti marxiste-léniniste. <<Nous ne sommes pas des opportunistes, écrivait le camarade Enver Hoxha, dirigeant du Parti, en février 1943, et nous n'avons pas oublié nos táches à long terme, mais avant d'atteindre cette étape, nous devons accomplir nos táches les plus irnmédiates: la Lutte de libération nationale.>>* *( Enver Hoxha, CEuvres, éd. alb., t. 1, p. 230.) Le PCA avait done pour objectif non seulement de transformer la lutte pour la libération nationale en révolution populaire, mais aussi, une fois les conditions favorables réunies, de la poursuivre et de la promouvoir au niveau d'une révolution socialiste. Le mouvement de libération nationale revétait ainsi un contenu nouveau: le mouvement nour s'affranchir du joug étranger ne fit qu'un avec le mouvement pour la réalisation des aspirations sociales non pas de la bourgeoisie nationale, comme on avait tenté de le faire pendant la Renaissance nationale albanaise, mais des classes opprimées, c'est-à-dire de la classe ouvrière et de la paysannerie travailleuse.

La fondation du PCA, son affirmation en tant que dirigeant de la Lutte de libération nationale et l'accepta.tion de son programme, comme plate-forme politique et idéologique de cette lutte, constituaient la seconde prémisse importante en vue de la transformation de la Lutte de libération nationale en révolution populaire, antiimpérialiste et démocratique.

Placé à la tète du mouvement antifasciste, le Parti devait, pour le mener jusqu'au bout, rassembler sous sa bannière les làrges masses populaires, les unir et, conformément à son programme leur faire prendre conscience. Le Parti se fixa pour táche de réaliser d'abord ce que les premiers groupes de communistes albanais n'avalent pu faire: se lier étroitement avec la paysannerie. "Dans les conditions de notre pays, a dit le camarade Enver Hoxha, la victoire irait à la classe qui aurait la paysannerie avec elle".* *( Enver Hoxha. Discours prononeé a la réunion solennelle tenue à l'occasion du 15 anniversaire de la libération de la patrie, éd. alb., Tirana, 1959, p, 9.) La classe ouvrière et la paysannerie se doteraient, chacune pour sa part, de ce qui manquait à l'autre: la première, à travers son Parti communiste, donnerait à la seconde une directicm politique, idéologique et organisationnelle, une direction avancée, fidèle jusqu'au bout à la cause de la libération nationale et sociale, alors que la seconde, qui <<plus que toute autre classe ou couche sociale en Albanie possédait de saines traditions patriotiques de combat>>* *( Histoire du Parti du Travail d'Albanie, éd. alb., Tirana, 1968, pp. 186-187.), donnerait à la première et au mouvement antifasciste de libération nationale dans son ensemble des forces physiques massives. Et le PCA atteignit son objectif. Gráce aux efforts inlassables de ses membres, gráce à sa détermination, à son courage et à sa bravoure dans la lutte armée, le PCA réussit à convaincre la paysannerie de la justesse de sa propre ligne. Au cours de cette lutte, la paysannerie vit dans le Parti de la classe ouvrière son unique dirigeant, son propre Parti. De réserve de la bourgeoisie qu'elle avait été dans tous les mouvements révolutionnaires antérieurs, la paysannerie devint, au cours de la Lutte ailtifasciste de libération nationale, la réserve de la classe ouvrière, d'une classe exploitée, qui aurait l'hégémonie dans l'alliance qu'elle constituerait avec elle. C'est donc dans la lutte que furent jetés les fondements de l'alliance de la classe ouvrière avec la paysannerie, ce qui fut d'une importance positive incalculable pour l'avenir de la révolution. L'union de ces deux classes dota le patriotisme populaire d'une force exceptionnelle. Eduquée par le Parti, la paysannerie devint non seulement la principale armée du. mouvement de libération nationale, mais aussi une grande force idéologique et politique consciente et profondément démocratique du sein de laquelle sortirent des milliers de communistes qui grossirent les rangs du. Parti ainsi que de nombreux cadies militaires expérimentés. Cela influa beaucoup dans le sens de la profonde démocratisation du mouvement de libération nationale.

En histoire, comme on le sait, il est impossible, de tirer des lignes toutes droites ou de traiter les événements simplement en noir et blanc. L'histoire des peuples, des classes et des individus est très complexe et se développe en zigzag. Cela est particulièrement vrai dans des situations révolutionnaires. Les prises de position et l'orientation politiques des classes sociales, dans des situations historiques données, n'excluent pas les écarts ou les déviations partielles, en général eLeterminés par les conditìons de vie matérielles et des facteurs politiques et psychologiques. Tel est le cas de l'attitude observée par la jeunesse scolaire et la paysannerie riche envers le mouvement populaire de lioération natíonale dirigé par le Parti communiste d'Albanie.

La jeunesse scolaire et la jeunesse estudiantine étaient essentiellement d'origine bourgeoise. Elles provenaient en majeure partie des rangs de la moyenne et petite bourgeoisie des villes et de la paysannerie riche. Cette jeunesse. qui avait hérité de saines tradítions patriotiques avait été déçue par le régime de Zog et sa politique. Elle s'était donc opposée au régime féodalo-bourgeois. Vu son jeune áge et ses grandes énergíes, elle voulait passer à i l'action révolutionnaire. Elle avait besoin d'un idéal progressiste, d'un exemple à suivre qui fút à la hauteur de ses aspirations. Or les ídéaux bourgeois ne la satisfaisaient plus. La classe bourgeoise ou bien s'était totalement ralliée au régime de Zog, comme c'était le cas de la grande bourgeoísie et de la paysannerie riche, ou bien elle s'ètait retirée de la vie politique et était tombée en léthargie, comme c'était le cas de la moyenne bourgeoisie des vílles. Les idées communistes propagées et les actions révolutionnaires accomplies par la classe ouvrière attirèrent la jeun-esse scolaire albanaise et lui firent prendre Une Dart active aux événements. Cette jeuness,e ressentit tout de suite et très profondément la trahison du roi Zog et de son régime qui avait saboté par tous les moyens sa lutte armée contre les agresseurs fascistes, elle fut done très sensible à la perte de la liberté et de l'indépendance de sa patrie. Les grèves déclenchées par les ouvriers, les actìons antifascistes menées par les communistes, leur idéologie avancée et r,volutionnaire dotèrent la jeunesse scolaire albanaise de ce qu'elle cherchaít, en lui donnant un idéal, un exemple à suivre, un mode d'action. Elle fut une des premières à faire siennes avec enthousiasme les idées communistes, à former, en méme temps que la jeunesse ouvrière, les premières unités de la, jeunesse communíste et du Parti conununiste luiméme, à se dresser de toutes ses forces dans la Lutte de libération nationale. Elle devínt une propagatrice énergique de la ligne du Parti communiste parmi les larges masses du peuple, servant aussi d'intermédiaire à l'influence du Parti sur le milieu socìal dont elle provenait, sur des couches de la moyenne et petite bourgeoisie des villes qui rallièrent le mouvement de libération ou du moins ne s'y opposèrent pas. Les aspirations de la jeunesse à une idéologie révolutionnaire et le facteur national qui fit jaillir avec force son patriotisme dressèrent la plus grande partie des jeunes, sans distinetion de classe, dans la lutte pour la libération nationale en tant que communistes ou ardents sympathisants du Parti communiste.

Quant à la paysannerie aisée elle observa, dans son ensemble, une attitude tout à fait différente envers le mouvement populaire de libération nationale. Et pourtant elle avait pris une part active aux luttes antérieures pour la libération nationale et y avait joué un important róle positif. Toutefois, pendant la Lutte antifasciste de libération nationale elle ne se joignit pas à l'immense majorité de la paysannerie, mais observa méme envers cette Lutte une attitude hostile.

Les raisons de cette attitude sont à rechercher dans la position de classe de la paysannerie aisée avant l'occupation du pays ainsi que dans l'activation des grands propriétaires terriens et de la bourgeoisie réactionnaire au sein de l'opposition au mouvement de libération nationale. La paysannerie riche avait conservé et renforcé ses liens avec la bourgeoisie des villes, elle avait bénéfIcié dù soutien des régimes féodalo-bourgeois et en particulier de celui du régIme zoguiste, devenant ainsi, comme on l'a évoqué plus haut, son appui social le plus súr et le plus massif. D'autre part, des liens solides la rattachaient étroítement à la bourgeoisie des villes et aux grands propriétaires fonciers en raison de la position qu'elle occupait en tant que classe exploiteuse qui utilisalit des méthodes d'exploitation semi-féodales et semi-bourgeoises. Ces conditions ne pouvaient done ne pas tendre a lormer en elle une conception au moncie et une menLaiité proiondement conservatrices, reactionnaires et contre-revolutionnaires.

L'affirmation, en un brei laps de temps, du Paiti communiste en tant que dirigeant au mouvement de libération nationaie surtout à partir de la Conférenee de Peza en septembre 1942, le ralliement de la paysannerie pauvre et moyenne sous le drapeau du Parti conimuniste, inquiétèrent à l'extrême les propriétaires terriens et la bourgeoisie réactionnaire qui avaient fait cause conimune avee l'occupant fasciste. Ils se rendirent vite compte qu'il ne s'agissait pas seulement d'un simple mouvement de libération dirigé contre les envahisseurs étrangers comme il en avait été dans le passé où le peupie albanais avait versé son sang et c'étaient eux qui avaient cueilli les fruits de la victoire. Cett e fois, il s'agissait bel et bien d'un mouvement national et social antifasciste, anti-impérialiste et profondément démocratique déclenché par les classes opprimées et dirigé par le parti de ces mémes classes, le Parti conununiste d'Albanie. Leur flair de classe leur fit sentir le péril qui menagait leurs positions dominantes et ils se rendirent compte que la chute du fascisme et la libération du pays amèneraient inévitablement leur propre chute en tant que classes dominantes ou tout au moins un affaiblissement marqué de leurs positions. Les appels incessants que leur adressait le Parti communiste pour qu'ils rejoignent les rangs du Front de libération nationale et mènent une lutte intransigeante contre l'occupant, méme comme un parti à part et jouissant du droit de conserver leur propre individualité, demeurèrent sans réponse. En tant que classes politiquement dégénérées, incapables de combattre et de consentir des sacrifices au nom de la liberté et de l'indépendance du pays, préoccupées seulement de garder intacts Ieurs liens et leur collaboration étroite avee les envahisseurs fascistes, les grands propriétaires terriens et la bourgeoisie réactionnaire du pays tentèrent de trouver d'autres voies afin d'étre préts à toute éventualité pour pouvoir conserver à l'avenir également leurs positions. Dans les nouvelles conditions créées par le mouvement de libération nationale et à la suite de son influence grandissante parmi les masses, les projets des grands propriétaires terriens et de la bourgeoisie réactionnaire ne pouvaient pas se réaliser au noni du fascisme et d'un régùne étranger fondé sur la servitude. Ils choisírent alors pour arme l'idéologie anticommuniste et la démagogie nationaliste, ils créèrent également leurs organisations politiques, le <<Balli kombëtar>> et le "Legaliteti" qui avaient pour mission de donner l'impression, fausse bien enten,du, de ne pas dépendre du fascisme, d'étendre leur influence parmi les larges masses du peuple, de les détacher du Front de libération nationale et de faire, d'elles leurs propres réserves, d'isoler puis de liauider le Partì communiste d'Albanie. Le "Balli kombëtar" et le <<Legaliteti>>, dans leurs calculs, avaient tenu compte également de la situation internationale. Ils avaient fondé de grands espoirs, au reste pas injustifiés, sur l'aide des Anglo-Américains qui, malgré l'intérét militaire qu'ils portaient à la lutte contre le fascisme, n'oubliaient à aucun moment leurs intéréts politiques impérialistes dans les pays asservis par le fascisme et faisaient tout pour regrouper et organiser les forces réactionnaires anticommunistes de ces pays, méme s'il s'agissait de forces ouvertement collaboratrices.

Mettant à profit leurs liens traditionnels et leur influence, ces organisations traltresses réussirent, par leur dè-magogie, à tromper et à gagner à leur cause des groupes de paysans aisés et de montagnards politiquement non formés. La paysannerie aisée se lia consciemment à ces organisatiòns réactionnaires et en devint le principal appui social. Ses traditions patríotiques s'effàcèrent et passèrent au dernier plan devant son conservatisme, devant sa haine des communìstes et sa peur de la <<plèbe>> qui s'était dressée dans la révolution et dirigeait le mouvement de libération nationale.

La deviation de la paysannerie riche par rapport à la voie que suivait l'immense majorité de la paysannerie, son ralliement inconditionné à la réaction et son passage à une lutte ouverte et armée, de concert avec les gros propriétaíres fonciers et la bourgeoisie réactionnaire, aux cótés aes envahisseurs fascistes, contre le Front de libération nationale, marquèrent encore plus profondément la différenciation des forces de classe dans le pays et renforeèrent le caractère populaire démocratique du mouvement de libératìon nationale. C'était là une autre importante prémisse de la transformation de la Lutte de libération nationale en révolution populaire et, dans le méme temps, une prémisse du passage immédiat à la révolution socialiste. Par leur ralliement aux envabisseurs étrangers et par leur lutte ouverte à leurs cótés, contre le mouvement de libération nationale, les grands piopriétaires terriens et la bourgeoisìe réactionnaire des villes et la paysannerie riche imposèrent à ce mouvement une guerre civile. Démantelant militairement ces orces sociales réactionnaires dans le cours méme de la Lutte de libération nationale et les élìminant ainsi de la scène politique, les forces populaires révolutionnaires, dirigées par le Parti communiste, facílítèrent considérablement le développement ininterrompu de la révolution, le passage à la révolution socialiste ainsi que l'accomplissement des transformations démocratiques et socialistes dans le domaine économique également.











La trarisformaton de la Lutte antifasciste de libéralion nationale en révolution populaire étnit un processus social et politique qui se reflèterait nécessairement aussi dans les organismes de cette lutte, tels que l'armée et les conseils de libération natíonale, qui devirirent, de leur cóté, d'importants facteurs de l'accentuation de ce processus.

Tout mouvement libérateur, toute révolution a triomphé de ses ennemis en recourant à la violence. L'histoire ne connait pas d'exemples où les gouvernements étrangers ou les classes expIoiteuses aìent abandonné volontairement les positions qu'ils occupaient. Le mouvement antifasciste albanais de libération nationale ne pouvait pas faire exception à cette règle. Il fallait done, pour vaincre l'ennemi par la violenee, créer l'arnice destinée à la réalisation de cct objectif. C'est ce que fit le Parti conniuniste albanais et c'est sous sa conduite que cette armée grandit, se trempa et devint le facteur primordial de la lutte pour la libération nationale et sociale. Cette armée fut le produit du Parti communiste et du peuple travailleur. Né de leur sein, composée, comme l'a souligné le camarade Enver Hoxha, "des meilleurs fils du peuple qui ont profondément ressenti l'oppression exercée par les occupants et les traltres",* *( Enver Hoxha, CEuvres, éd. alb, t. 2, p. 241.) dirigée par le Parti communiste, Farmée de libération nationale devait immanquablement acquérir des traits moralo-politiques reflétant le profond caractère populaire de la lutte et de la révolution, des traits qui avaient fait défaut à toutes les armées libératrices du passé. Certes, pendant la Renaissance nationale albanaise, à la bataille de Vlore de. 1920 ou au cours de la Rèvolution de Juin 1924, c'est les masses populaires et en premier lieu la paysannerie qui avaient constitué la force armée de l'insurreetion. Mais la bourgeoisie nationale qui les dirigeaìt les utilisa comme sa propre réserve, comme des instruments pour assurer la libération nationale ou pour surmonter ler obstacles dressés par les féodaux, et non pas pour réaliser leurs profondes aspirations sociales. Une armée populaire révolutionnaire devient trop dangereuse pour la domination de la bouraeoisie, aussi celle-ci abandonne-t-elle très vite les forces populaires qui l'ont portée ati pouvoir, les disperse pour pouvoir créer à leur place une autre armée, dotée de ses propres traits moraux et politiques, capable de préserver sa domination. C'est ce qui est arrivé dans notre Days au cours des mouvements libérateurs et démocratiques de 1912, 1920 ou 1924.

Ainsi, les forces populaires insurgées, mais polítiquement non lormées, apres avoir remporte une victoire que propriaíent aussitót les classes dominantes deposaient leurs armes et rentraient chez eux en espérant que leurs aspirations sociales seraient réalisées par les classes au pouvoir. Un cas significatif à cet égard est celui de la bataille de Vlore en 1920 à l'issue de laquelle, comme l'a affirmé un des participants au III Congrès du Front démocratique d'Albanie, " ... après avoir remportè la victeire, les combattants se virent donner à chacun une toque blanche et furent renvoyés chez eux".

L'armée dirígée par le PCA était une armée de type nouveau. Le Parti la mit sur pied pour réaliser non sculement la libération nationale, mais aussi la libération sociale. Il étendit le réseau de ses membres à tous les postes dirigeants des formations e Dartisans attribuant ainsi aux communistes un róle dirigeant dans l'armée. Le Parti mena une vaste activité politique et idéologique parmi les masses des combattants afin de leur faire prendre pleinement conscience de leur mission et conserver jusqu'au bout, méme quand les rangs de l'aimée eurent très rapidement grossi, son caractère populaire révolutionnaire. Cette armée, composée dans son immense majorité par les classes opprimées et exploitées, dìrigée par le Parti de la classe ouvrière, était Farme la plus efficace non seulement pour assurer la liberté et Findépendance du pays, mais aussi pour détruire jusque dans ses fondements le pouvoir féodalo-bourgeois, porter le peuple au pouvoir et défendre ce méme pouvoir. L'armée de libération natìonale albanaise, en tant qu'armée populaire révolutionnaire, joua un róle extrémement important dans la transformation de la lutte antifasciste en révolution populaire. Contrairement à ce qui s'était produit dans le passé, le Parti ne dispersa pas, mais conserva et consolida son armée pour en faire un puissant appui indispensable au développement incessant et victorieux de la révolution populaire, à sa transformation en révolution socialiste, à la défense de ses victoires face aux visées et aux agissements hostiles de la réaction intérieure, des impérialistes et des révisionnistes modemes.

La mise sur pied d'un pouvoir démocratique populaire entièrement nouveau fut le résultat logique, inévitable, aussi bien de la Lutte de libération nationale et sociale du peuple albanais, dirigée par un seul parti, le PCA, que des rapports de classe et politiques créés dès le début de cette Lutte et qui se développèrent par la suite. On sait que la question essentielle de toute révolution est la question du pouvoir d'Etat. Ce pouvoir, dans les conditions historiques concrètes de notre pays, ne pouvait étre qu'un pouvoir nouveau par sa forme comme par son contenu, et en tant que tel, il devait étre la pure négation de l'ancien pouvoir.

Aussi les conseils de libération nationale n'avalentils rien qui rappela l'ancienne forme des communes, des sous-préfectures, des mairies, etc., et encore moins leur contenu. Leur nouveau contenu devalt inévitablement correspondre en tous points au caraetère méme de la révolution. Ces conseíls seraient donc des organes profondément démocratiques dirigés par le Parti et qui combattralent pour une application fidèle de sa ligne.

L'action du PCA en vue de mettre sur pied et d'-étendre les conseils de libération nationale à tout le pays, de les renforcer sur le plan organisationnel et en Daiticulier d'assumer entièrement et sans partage leur clirection, rev&tait une importance décisive pour le sort de la lutte et, de la révolution. La création, l'extension ef, la mobilisation de ces conseils pour résoudre les problèTnes politiques, économiques et sociaux à l'ordre du inur, étaient égaleTnent des facteurs importants qui con~ duirent à une différenciation de classe et politique touinurs nlus marauée du mouvement de libération. conférèrent à la révolution populaire un caractère démocratique, antiféodal et anti-impérialiste de plus en plus prononcé et créèrent ainsi la prémisse fondamentale du passage de la révolution de l'étape démocratique à une étape supérieure, socialiste.

Si ces conseils s'acquittèrent de leur mission historique en tant que <<fondements du régime démocratique el véritables organismes de la Lutte de libération nationale>>* *( Enver Hoxha, CEuvres, éd. alb, t 2, p. 19.) c'est en premier lieu parce qu'ils conservèrent jusqu'au bout leur caraetère révolutionnaire et populaire.

Le Parti communiste et son dirigeant, le camarade Enver Hoxha, ont eu le mérite d'avoir su apprécier à leur juste valeur l'importance colossale des conseils de libération nationale en tant que puissants leviers dans les mains du Parti et de leur avoir fait appliquer leur ligne politique. A la suite des succès remportés par le mouvement antifasciste dans toutes les régions du pays, la II Conférence de Labinot prit, en septembre 1943, une décision historique aux termes de laquelle les conseils de libération nationale devalent &tre reconnus comme l'unique pouvoir du peúple en Albanie. Un mols plus tard, en octobre 1943, le camarade Enver Hoxha donnait aux comités régionaux du Parti des instructions catégoriques : <<Seul le pouvoir des conseils de libération nationale dolt exister et aucun autre; sur cette question il ne saurait y avoir ni compromis, ni dualité>>. Par cette décision, le PCA sanctionnait les attributions exclusives des conseils de liberation nationale en tant qu'organes de pouvoir et barralt la route à toute tentative et à tout espoir des organisations traltresses du "Balli kombëtar" et du <<Legaliteti>> de partager le pouvoir avec lui. Ainsi, les fondements étaient jetés et les perspectives ouvertes pour la transformation des conseils, d'organes de la dietature des masses révolutionnaires qu'ils étaient. en organes de la dietature du prolétariat. Voilà pourquoi le carnarade Enver Hoxha écrivait que le pouvoir qui s'édifiait était <<... tout l'avenir de notre pays et de notre peuple>>.* *( Enver Hoxha, CEuvres, éd. alb.. t. 2, p. 427.)

Les rapports de notre révolution populaire avec les puissances de la coalition antifasciste et les mouvements de libération natíonaIe des peuples opprimés expríment également son contenu antiféodal, anti-impérialiste et démocratique. Trois grands Etats à système politìque et social différent s'étaient: engagé-s dans la lutte contre le fascisme : un pays socialiste, l'Union soviétique, et deux pays capitalistes, l'Angleterre et les Etats-Unis. Du point de vue de la stratégie militaire, ces Etats avaient un objectif commun: vaincre les agresseurs fascistes alle mands, italiens et japonais. C'était là le fondement méme de l'alliance anglo-soviéto-américaine. Notre Parti fitune très juste appréclation de cette alliance "la jugeant comme une alliance militaire requise par les circonstances pour sauver le monde du péril de la servitude fasciste".* *( Histoire du Parti du Travail d'Albanie, éd. alb., Tirana, 1968, p. 79.) Mais vu la grande différenpe de système politique et social entre l'Union soviétique, d'une part, et la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, de l'autre, leur rôle dans la guerre et les buts finals de leur politique et stratégie n'étaient pas identiques. Les peuples soviétiques, qui constituaient la force principale de la coálition antifasciste, se battalent non seulement: pour défendre la liberté et l'indépendance de leur patrie socialiste et instaurer une paix iuste et durable dans le monde, mais aussi pour alder à la libérati ' on des peuples asservis par le fascisme et dressés dans la Tutte pour la liberté, afin, de leur créer les conditions nécessaires ppur qu'ils décident librement de leur destinée et choisissent le régime politique qui leur conviendrait le mieux. Les Etats-Unis et l'Angleterre, pour leur part, en tant qu'Etats impérialistes, visaient à liquider leurs coneurrents capitalistes, à affaiblir autant que possible l'Union soviétique, à restaurer des régimes politiques réactionnaires dans les pays libérés et à établir après la guerre leur domination sur le monde.

Il était donc naturel que, dans ces circonstances, notre Parti, qui dirigeait la révolution populaire chez nous, fit une appréciation différente du róle rempli par chacun de ces trois Etats dans la guerre et définit à leur égard une attitude différenciée. L'Union soviétique était la principale force de la coalition antifasciste et offrait un gage súr de la victoire sur les forces ténébreuses du fascisme. Avee son engagement dans la guerre, <<... notre petiple prit conscienee que le sang versé ne le serait pas en vain".* *( Histoire du Parti du Travail d'Albanie, éd. Alb. Tirana. 1968, p. 68.) L'Union soviétique, dirigée par le Parti communiste avec à sa téte J. Staline, était, aux yeux des ouvriers et des paysans de notre pays dressés dans la révolution, non seulement un alliè de guerre, mais aussi un allié de classe. Les deux partis communistes qui conduisaient ces pays avaient une idéologie commune et, chacun dans son propre pays, poursuivaient les mémes obiectifs inimédiats et à plus long terme. Les piincipes de la politique étrangère soviétIque concordaient entièrement avee les aspirations des masses populaires albanaises et le programme de notre mouvenent de libération nationale. Aussi notre Parti considérat-il l'Union soviétique comme l'alliée fidèle et sincère du peuple albanals. C'est ce qui explique le vaste travall de propagande en vue de populariser l'Union soviétique, ses grandes réalisations socialistes, la lutte héroique de l'Armée rouge, etc. Gette popularisation était nécessaire, dit le camarade Enver Hoxha, pour que le peuple se persuadât aue c'étalt l'Union soviétique qui défendralt également les intéréts et la liberté des petits peuples contre les vagues de la réaction.* *( Enver Hoxha, CEuvres, éd. alb., t. 2, pp. 10-11. )

En pays impérialistes qu'ils étaient, les Etats-Unis et l'Angleterre avai,ent toujours suivi une politique hostile au peuple albanais. Or, maintenant, la lutte contre le fascisme rangeait notre peuple sur le méme front qu'eux. Mais notre Parti les considérait comme des alliés temporaires. Il ne relácha jamais sa vigilance ni n'oublia son devoir sacre qui consistait à défendre jusqu'au bout les intéréts vitaux de la révolution populaire contre toute ingérence des Anglo-Américains portant atteinte à ces intéréts.

"Nous savons qui sont les Anglo-Américains, écrivait le camarade Enver Hoxha en octobre 1943, et nous n'oublions en aucun moment que ce sont des capitalistes, qu'ils sont hostiles au communisme, au socialisme, et que pas plus que nous n'oublions qui ils sont, ils n'oublient qui nous sommes".* *( Enver Hoxha, CEuvres, éd. alb., t 1, p. 435.)

L'activité de la mission militaire soviétique et les menées des missions anglo-américaines en Albanie pendant la guerre confirmèrent au mieux les prévisions de notre Parti et la justesse de son attitude envers elles.

Le développement et l'approfondissement de la révolution populaire dans notre pays fit apparaltre au grand jour les vi des Etats-Unis et de l'Angleterre. La polarisation des forces politiques du pays condulsit &autre part à une claire définition de deux orientations dans les rapports de ces forces avee les grands Etats de la coalition antifasciste: le mouvement de libération nationale s'orienta vers l'Union soviétique, alors que le "Balli kombétar", le <<Legalitet>> et toute la réaction albanalse se rapprochèrent des Etats-Unis et de l'Angleterre. Les diverses forces politiques du pays observèrent également des attitudes différenciées envers la résistance antifasciste des peuples asservis. Le Parti communiste d'Albanie et les organes dirigeants du pouvoir populaire exprimèrent plus d'une fois leur entière solidarité avec les mouvements antifascistes de libération nationale des peuples; opprimés par le fascisme, en particulier des peuples voisins, avee lesquels ils nouèrent d'étroits liens fraternels. Ces liens se tradulsirent avec une grande force dans Ies actions militaires communes contre les envahisseurs fascistes et surtout dans les combats hérolques que menèrent les VI, et VI divisions de l'Armée de libération nationale albanaise aux cótés des partisans yougoslaves en décembre 1944 et en janvier-février 1945 au Monténégro, au Sandjak et dans la partie sud de la Bosnie pour la libération des peuples de Yougoslavie. Dans les pays voisins, tout comme en Albanie, les forces réactionnaires avaient créé leurs organisations et forces armées. C'est justement avec ces forces de la réaction balkanique que le "Balli kombëtar" tenta d'établir des contacts et de coordonner son action pour réprimer les mouvements populaires révolutionnaires.

La Lutte antifasciste de libération nationale fut une grande épreuve historique pour la maturité politique, les capacités d'organisation et le courage de notre Parti et de notre pcuple. La victoire remportée fut payée très chère. Des milliers de fils et de filles de notre peuple donnèrent: leur vie dans le feu de la lutte en jetant grAce à leur sang versé les fondements inébranlables de la liberté et de l'indépendance du pays, de l'Albanie socialiste. A la suite de cette victoire sur les ennemis, non seulement l'Albanie fut libérée du joug des envahisseurs fascistes et des traltres au pays, mais aassi "tout le pouvoir passa complètement et définitivement dans les mains du peuple travailleur, sous la direction du Parti communiste, rendant ainsi possible le progrès du pays dans la voie radieuse du socialisme".* *( Enver Hoxha, Víngt années d'Albanie nouvelle, socialiste, éd. alb., Tirana, 1964, p. 11.)

Notre mouvement antifasciste de libération nationale marque donc une étape supérieure par rapport aux mouvements de libération antérieurs et un tournant radical dans l'histoire du pays et ce, non seulement parce qu'il se développa idans de nouvelles conditions intérieures e. extérieures, qu'il était plus massif, mieux organisé et plus conscient, mais aussi parce que durant la lutte eurent lieu d'importants processus politiques et soclaux qui étaient sans précédent dans l'histoire du pays. Ces processus conférèrent graduellement au mouvement de libération les traits <rune révolution populaire antiféodale, anti-impérialiste et profondément démocratique au. sein de laquelle se firent jour des éléments socialistes. Ces éléments se développèrent en revétant une forme et un contenu clairement définis à la libération totale du pays et surtout à l'adoption de la première Constitution de la République populaire d'Albanie en mars 1946. A cette époque "fut achevé le processus d'organisation politique du système de démocratie populaire en tant qu'Etat de dietature du prolétariat".* *( Histoire du Parti du Travail d'Albanie, éd. alb., Tirana, 1968, p. 217.)

Les prémisses d'un développement ininterrompu de la révolution furent donc créées au cours méme de la Lutte de libération nationale. La grande victoire politique du 29 novembre 1944 en fut le faeteur déterminant. Avec la libération complète du pays commença la phase supérieure de la révolution populaire, qui plongealt ses racines dans la Lutte de libération nationale, mais qui se dota d'un contenu nouveau. La lutte contre les ennernis intérieurs et les classes renversées, qui persistaient dans leur résistance désespérée, ainsi que contre les ennemis extérieurs, les impérialistes et leurs instruments, passait maintenant au second plan pour laisser la place à une lutte tout aussi difficile sinon plus, pour la reconstruetion de la patrie détruite par la guerre et l'édification de la société socialiste.

Mener jusqu'au bout la révolution démocratique dans De domaine économique également et, parallèlement, amorcer des transformations à caractère socialiste, devint une nécessité historique, car le pouvoir nouveau, révolutionnaire ne pouvait pas se maintenir sur une base économique et sociale ancienne. Ces transformations furent favorisées entre autres, par les nouveaux rapports politiques et de classe qui existaient à la fin de la guerre. Grâce à sa juste ligne, à sa ferme lutte et à sa fidélité à la cause de la patrie et du peuple, le Parti communiste d'Albanie jouissait d'une très grande autorité auprès de la classe ouvrière, mais aussi parmi la paysannerie et les couches de la moyenne et petite bourgeoisie des villes. Reconnu par l'immense majorité du peuple, comine le dirigeant unique et incontestable, se fondant sur l'enthousiasme populaire qui jaillit et se développa au cours de la lutte et après la victoire totale sur l'ennemi, et vu que les gros propriétaires terriens, la bourgeoisie réactiennaire des villes et la paysannerie riche avalent été politiquement démantelés, notre Parti se mit à appliquer sur-le-champ et avec courage une politique de profondes transformations démocratiques et socialistes dans le domaine de l'économie et de la culture. Ces transformations devraient liquider non seulement le capitaI étranger, les accords asservissants conclus avee les impérialistes par le régime zoguiste et les survivances féodales, mais aussi les rapports capitalistes, en créant ainsi des conditions favorables à la construetion du socialisme dans les villes comme dans les campagnes.

La socialisation des principaux moyens de production et la réforme agraire, réallsées dans les années qui suivirent la Libération, apportèrent des changements radicaux dans la structure économique et sociale du pays. L'économie du pays rev&tit trols formes principales: la forme socialiste qui, en 1947, couvrait 95 pour cent de la produetion industrielle globale, la forme de la petite production qui englobait la plus grande partie des masses travailleuses et représentait environ 90 pour cent du volume total de 1'économie nationale, et la torme capitaliste, dont la part dans le volume global de 1'économie nationale était d'environ 5 pour cent. Des trois classes sociales qui cori espondaient à ces tr ois iormes d'économie, la classe ouvrière et la paysanner ie travailleuse devinrent les deux classes principales de la société albanaise, alors que la bourgeoisie alla disparaissant. C'étaient la des transforrnations colossales, réalisées en un laps de temps relativement court. Mais, en ce qui concernait les perspectives d'avenir, ces transformations ne firent que jeter les fondements d'un développement socialiste plus poussé du pays. L'édification du socialisme dans un pays économiquement et culturellement arriéré oa prédominait la petite production agricole et qui avait une population essentiellement petite-bourgeoise, constituait une tàche très difficile dont la solution exigeait non moins de sagesse et de clair vgyance, de travail inlassable et héroique que pendant la Lutte de libération nationale.

Notre Parti sut remplir avec succès cette tàche historique. L'industrialisation socialiste du pays qui entraina la croissance, 1'extension et la modernisation de 1'industrie, dota par ailleurs la classe ouvrière albanaise de nouveaux traits. Cette dernière augmenta numériquement en tant que classe et sa conscience socialiste se raffermit; par conséquent, la classe ouvrière commenqa à réaliser son hégémonie dans la révolution socialiste non seulement à travers son Parti, comme il en fut pendant la Lutte de libération nationale, mais aussi par elle-méme, par son nombre. Le r51e toujours plus prépondérant de la classe ouvriére dans la vie politique et ~conomique du pays était, d'autIT part, un facteur irnportant dans l'accélération des rytiìmes dc construction socialiste.

Mais 1'aspect le plus difficile et. le plus complexe de 1'édification de la société socialiste, c'était la coopéra,tion des paysans ot des artisans. Il fallait employer ici une méthode tout ìì fait differente de celle utilisée lors de l'industrialisation du pays. Il fallait changer le caractère de la propriété, transformer la propriété privée ci proprieté cooperative et, par consequent, bouieverser la tracation, la mentalité et la spontanéité petites-bourgeoises enracinées depuis des sciècles. A la elifférence cLe l'industrie qui avait appartenu à la bourgeoisie exploiteuse, dans l'artisanat et l'agriculture, les propriétaires des moyens de production etaient les artisans et la paysannerie travailleuse, qui avaient pris une part active à la Lutte de hbération nationale et représentaient la majeure partie de la population. La paysannerie riche ne posait aucun problème, car les fondements de sa domination économique avaient été sérieusement ébranlés au cours méme de la Lutte de libération nationale.

Par conséquent, le principe de base de la coopération dans les campagnes comme dans les villes ne póuvait étre que le principe du libre consentement. Mais il fallait mener un grand travaíl politique et idéologique pour convaincre les paysans et les artisans de la supériorité de la propriété coopérative sur la propriété privée. Il fallait donc déclencher une véritable révolution dans les rapports économiques et sociaux. Dirigée par le Parti, cette révolution aussi fut accomplie à la suite du triomphede l'ordre coopératif dans les campagnes comme dans leb villes. Cette victoire transforma la nature petitebourgeoise des paysans et des artisans. La paysannerie coopérée devint, à cette nouvelle étape de la construction socialiste, l'alliée de la classe ouvrière. Ces deux classes principales, dotées de traits nouveaux, déterminent aujourd'hui la physionomie de notre société socialiste. Quant aux autres couches sociales, ou bien elles ont disparu en tant que telles, ou bien elles se sont intégré.es ou sont en train de s'intégrer dans les deux classes principales, ou bien encore elles proviennent de ces deux classes.

La construction de la base économique du socialisme qui fut achevée en 1960, les nouvelles táches fixées pour la construction complète de la base matérielle et technique du socialisme, ainsi que les nouvelles conionetures internationales créées après la dégénérescence révisionniste d'un certain nombre de pays socialistes rendirent nécessaires l'intensification et l'extension sur un large front de la lutte contre les survivances de l'idéologie patriarcale, féodale, bourgeoise et petite-bourgeoise afin de créer les conditions nécessaires au triomphe complet de l'idéologie et de la morale communistes. Notre société socialiste est en train de vivre cette étape qui se caractérise par la révolutionnarisation plus poussée des coeurs et des esprits, de toute la vie du pays.

Le programme de la reconstruction et de la construction socialiste du pays, élaboré par notre Parti, est, dans son orientation générale comme dans ses composantes, un programme fondé sur les principes marxistes-léninistes et qui tient compte de la situation concrète intérieure et internationale du pays. Les voi~es suivies pour la Malisation de ce programme dans les domaines politique, économique, idéologique et culturel, ainsi que leur appréciation à partr de positions rétrospectives et perspectives historiques, revétent une grande importance. Les enseignements -du Parti etdu camarade Enver Hoxha, di, méme que l'expérience de la construotion socialiste du pays, constituent une précieuse contribution à l'application créatrice du. marxisme-léninisme et enrichissent la pratique révolutionnaire des peuples qui édifient le socialisme chez eux.





 

 

 

 

 

Parti du Travail d'Albanie

PTA