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Luan Omari

LA QUESTION DU POUVOIR PENDANT LA LUTTE

ANTIFASCISTE DE LIBERATION NATIONALE

DU PEUPLE ALBANAIS





L'Etat socialiste albanais tire ses origines de la Lutte antif asciste de libération nationale, car les conditions dans lesquelles vit le jour et se développa le Mouvement de libération nationale dans notre pays, la composition de ses forces motrices, le róle dirigeant du. Parti conimuniste d'Albanie et les rapports de classe établis dans netre pays à cette époque-là, étaient autant de facteurs qui mirent à l'ordre du jour, parallèle~ment à la question de la libération nationale, celle de la mise sur pied d'un Vouvoir nouveau essentiellement différent du. pouvoir antérieur.

La fondation du Parti connnuniste d'Albanie, en novembre 1941, créa les pr,émisses qui allaient permettre à la classe ouvrière d'assumer la direction de la lutte de libération nationale, car désormais seule la classe ouvrière quelque réduite qu'elle fút avait son parti politique organisé et militant qui s'appuyait sur la riche expérienee u mouvement révolutionnaire international.

Le rapide développement révolutionnaire de la situation en Albanie ne peut étre compris que si l'on tient compte de la profonde différenciation de classe qui s'opéra au sujet de la Lutte antifasciste de libération nationale. Alors que la petite et moyenne bourgeoisie et surtout la paysannerie ainsi que les intellectuels patriotes, qui souhaitaient voir libérer le pays et accoftnplir une révolution anti-impérialiste et antiféodale se rangèrent sous la direction cle la classe ouvriere et de son IJarti dans le Front de lioération nationale, les principales classeb explolteuses, les propriétaires fonciers et la bourgeolsie reactionnaire, qui avalent gouvernè jusqu'alors l'Etat albanais independant, se mirent en géneral au service da l'italie fasciste afin de garder intacts leurs privilèges, aidant de cette maniere à la création et au renforcement de ladministration d'occupation.

Les propriétaires fonelers et la bourgeoisie réactionnaires ayant trahi les intéréts du. pays, le Mouvement de libération nationale tourna contre eux aussi le fer de lance de sa lutte, car ils ctaient devenus un appui social et des collaborateurs de l'ennemi. Cette lutte nienée sous la conduíte de la classe ouvrière et de son Parti et qui était dirigée tant contre l'occupant fasciste que contre ses. collaborateurs dans le pays, les principales classes exploiteuses, ne pouvait pas étre seulement une lutte de liberation nationale; son objectif était en méme ltemps la libération sociale, le renversement de l'ancien système féodalo-bourgeois, l'instauration d'un nouveau regime et la mise sur pied d'un pouvoir nouveau, démocratique et populaire, issu de la lutte de libération nationale.

Le Parti communiste d'Albanie a eu, depuis sa fond.-tíon, le grand nicrite historique de ne jagnais détacher la question de la libération nationale de celle de la prise du pouvoir par les ,masses laborieuses, les considérant toutes deux toujours comme des táches d'un seul et méme objectif stratégique. D'autre part, l'expérienee historique montrait le bien-fondé de cette attitude. Ainsi, les événements de 1924, au cours d.esquels on vit triompher la contre-révolution avec à sa téte Ahmet Zogu, aidé par le gouvernement yougoslave, et surtout ceux du 7 avril 1939, avaient clairement démontré que l'índépendance nationale ne pouvait étre séparée de l'instauration d'un pouvoir véritablement démocratique qui s'appuierait puisamment sur les masses du peuple et réaliserait leurs aspirations. Non seulement l'ancien pouvoir des classes expIoiteuses s'était montré complètement incapable d'assurer ie moindre progres sociai ainsi que i l'indepenedance et ia souverainete nationales, mais il avait aussi mis ces dernieres a l'encan au prolit d'une inlime majorite d'exploiteurs.

En posant le prolème de la libération nationale et de la mise sur pied d'un pouvoir nouveau notre Parti considérait comme principai tralt distinetil de sa tactique la voie ae la lutte armée et conséquente contre l'occupant.

Les masses populaires s'engagèrent dans la lutte armée, ce qui allaít leur permettre de décider elles-memes de leur avenir.

Cette lutte isola les classes exploiteuses, elle mit à nu la fausseté de leurs déclarations patriotiques et montra au grand jour qu'elles avaient trahì les intéréts nationaux. La lutte armée frappa également l'appareil de l'ancien régime féadalo-bourgeois qui se mit au service de l'occupant afin d'étouffer la Lutte de libération nationale.

En Albanie, la question du pouvoir d'Etat ne fut pas résolue d'un seul coup, mais graduellement, par étapes successives.

La Résolution de la conférence des principaux groupes communistes sur la création du parti (le 8 novembre 1941) fixa comme táche de mener parallèlement au combat pour l'indépendance nationale, la lutte <<pour un gouvernement démocratique populaire dans une Albanie libre du fascisme".* *( Documents principaux du PTA, éd. alb., Tirana 1971, t. 1, p. 23.)

Comme on le voit, cette táche stratégique avait été formulée en termes généraux sans préciser la façon dont serait menée cette lutte et encore moins la composition du gouvernement démocratique populaire ainsi que le moment de sa formation. On peut en déduire que dans ces circonstances fuì envisagée la créationd'un gouvernement populaire démocratique "dans une Albanie libre du fascisme". La Résolution ne définìssait pas le caractère de classe de ce gouvernewnent ni l'attitude du Parti calumuniste envers lui. Toutefois, à voir de près la formulatíon suamentionnée et les autres táches fíxées par la Résolution, on peut conclure qu'il slagissait d'un gouvernement démocratique qui, revétant un profond caractère représentatif, réaliserait <<Jes droits à la vie du peuple albanais travailleur>> évoqués dans la Résolutíon. Le Partì communiste, ayant été le promoteur de l'idée sur la création d'un tel gouvernement, ne pouvait pas manquer d'y participer.

A peíne deux ou trois mois s'étaient-ils écoulés depuis la fondatíon du Parti que les táches relatives à la créatíon du pouvoir nouveau se concrétísèrent à mesure que les événements se précipítaient et que l'on acquièrait de l'expéríence. Dans ses documents, le Parti se fixait désormaís pour táche principale et ìmmédiate la mise sur pied, à la base, de tels organes, qui devaient mobiliser le peuple dans la Lutte de líbération nationale t en méme temps remplir quelques fonetions élémentaíres de gouvernement. Ces organes, c'étaient les consells de libératíon nationale. Dans la lettre que le Comité central du Partì envoyaìt aux comités régionaux en février 1942, les conseils de líbératíon natíonale étaient qualifíés d'<<embryons de notre futur gouvernement>>, <<qui exerceront le pouvoir judiciaire, assureront l'ordre publíc dans nos arrières et assisteront les pauvres", "Tout cela, poursuívait la lettre, pose les fondements de notre pouvoír"

Les directíves que le Comité central du Parti communíste d'Albanie donnaít aux organisatíons du Parti en juin 1942 sur la créatíon des conseils de líbération naticnale demandalent aux <<communistes de proposer aux masses un mode de gouverner vérítablement démocratique et populaire capable d'assurer au peuple albanais tous les droits démocratiques>> (souligné dans le texte).

Le Parti fixait pour táche de mmettre sur pled, aussí bien dans les zones libérées que dans celles occupées, les conseils de libérat;oin nationale, ces liens de notre Parti avec Ies rnasses~~.- Ces directives du CC du Parti définissaient Ie róle des conseils de libération nationale en tant qu'organes à travers lesquels serait réalisée la mobílísation générale du peuple dans l'insurrection de libération nationale.

Conformément aux instructions du Comité central du Parti, pendant le printemps et l'été de 1942 on commença dans plusieurs villages du pays à mettre sur pied les conseils de libération nationale.

Toutefois, les fondements du pouvoir nouveau, populaire, furent jetés à la I Confèrence de libération nationale qui se tínt au village de Peza, près de Tirana, le 16 septembre 1942, à l'initiative du Parti communiste d'Albanie.

La Confèrence de Peza procéda à la création du Front de libératìon nationale et définit de fagon claire le róle des conseils en tant qu'organes de lutte et de pouvoir et surtout en tant que noyaux du futur pouvoir en Albanie, comme il ressort égalet,rnent du contenu de la Résolution de la Conférence, car "ces conseils ont les attributions d'un gouvernement".* *( Résolution de la Conférenee de Peza, dans Documents des organes supérieurs du pouvoir révolutionnaire de libération nationale, éd. alb, Tirana 1962 p. 13.) Les conseils avalent, dès le début, revétu un caractère d'organes de pouvoir, mais à cette époque-là ils étaient confrontés, en premier lieu, à des táches qu'ils devaient accomplir en tant qu'organes du. Front de libération nationale travaillant à la union et à la mobilisation du peuple dans l'insurrection générale contre l'occupant.

Les Conseils étaient des organes à direction collégiale, composés de représentants des larges masses populaires. Bien que ressemblant aux soviets, les conseils de libération nationale en Albanie virent le jour dans les conditions particulières de la Lutte de libération nationale de notre peuple, ils avaient une composition différente de celle des soviets et devaient s'acquitter de táe,hes qu,e leur étalent propres. Les conseils de libération nafionale reposaient sur des fondements de classe plus larges. Ils étaient des organes du Front de libération nationale qui était, lui, un rassemblement des ouvriers, des paysans, des intellectuels, des autres travailleurs et de tous les patriotes albanals qui s'unirent dans la lutte contre le fascisme. Ces conseils furent mis sur pied en opposition avec l'ancien appareil d'Etat non parce que celuí-ci était un instrument entre les mains des classes exploiteuses, mais parce qu'il s'étalt mis au service des occupants fascistes. Le peuple albanais pouvaít facilement faire sienne l'idée de la mise sur pied des conseils de libération nationale comme ses propres organes représentatifs, car, dans sa lutte contre l'occupant étranger, il avait réuni à plusieurs reprises ~des forums populaires comme organes de résistance et en méme tetrnps comme organísmes d'autogouvernement. dont les décisions aval ent eu force de lo! pour toute la population. Mais en méme temps, les conseils étaient, par leur contenu méme,

la négation de toute autre ancienne forme de pouvoir.

Avec l'élection du Consell général de libération nationale (provisoire) à la Conférence de Peza, il fut proeédé tout naturellement à l'organisation des conseils en tant que système unique d'organes, depuis les maillons inférieurs jusqu'aux supérieurs. Ce système était dirigé gar le Conseil général de libération nationale, qui étalt l'organe politique supréme de la lutte contre l'ennemi et les traltres au pays. La Résolution de la Conférence de Peza ne définit gas de fapon particulière les tâches dil Consell général de libération nationale. Mais tant de cette Resolution qup de l'appel lancé au peuple par le Conseil général de libération nationale lui-même, il ressort au'il est l'organe, dirigeant du Front du libération nationale, l'organe politiaue supreme de la lutte contre l'ennemi et les traîtres. Le Consell général de libération nationale n'était gas investi de fonetions de pouvoir, car on pensalt que l'organe central du pouvoir serait <<Le Conseil supérieur provisoire d'Albanie>> qui allait sortir de la lutte armée en méme temps que <<l'Etat-major>>. Mais le fait mgme qu'il se trouvait à la téte du système des conseils de libération nationale qui étaient, à l'époque, investis expressément de fonetions de pouvoir, mène à la conclusion logique que lui aussi, en principe, ne pouvait Rre dépouíllé de ces fonctions, bien que, jusqu'à l'automne 1943, il n'en avait pas rempli de pareilles.

La Conférence de Peza fut d'une importance particulière pour la Lutte de libération nationale du peuple albanais, pour la création du pouvoir nouveau, populaire. La Résolution de cette Conférence constitue le premier acte qui définit la forme et l'organisation dù pouvoir nonulaire en Albanie quoique, vu les circonstances de l'époque, elle ne fút pas encore formulée sous une forme juridique précise, mais de manière générale.

La Conférence de Peza donna un nouvel essor à la mise sur pied des conseils de libération nationale. Cette rapide extension des conseils fut déterminée par un certain nombre de facteurs: Premièrement, les conseíls de libération nationale étaient, par leur nature méme, des organisations d'un caractère largement représentatif qui, ayant gagné à leur cause les masses travailleuses, leur montrèrent dans la pratique leur supériorité sur les anciens organes de pouvoir. Les conseils pouvaient ainsi mobiliser un grand nnmbre de leurs membres et en méme temps ils rassemblalent autour d'eux un encore plus grande nombre d'áctivistes et de tenants de la Lutte de liberation nationale; aussi lenrs décisions, surtout dans les zones rurales, étaient-elles adoptées avee la participation directe du peuffle et tracluisalent pleinernent sa volonté.

Deuxlémement, les conseils de libération nationale revétalent un caractère démocratique qui était d'autant plus frappant que les organes de l'ancien pouvoir étaient d'une nature antipopulaire qui fut encore plus accentuée lorsqu'ils se mirent au service de l'occupant. A la différence de ces organes, les conseils pouvaient Rre élus, méme dans les conditions difficiles de la clandestinité et leurs membres qui n'étaient pas dignes de la confiance de leurs électeurs pouvaient étre révoqués par ces derniers; la composition méme des conseils de libération nationale a étà, à plusieurs reprises, renouvelée au cours de la Lutte afin de remplacer tant leurs meimbres qui avaient rejoint les rangs de l'armée ou avaient été arrétés par l'ennemi que ceux qui manquaient de fermeté.

Troisièknement, du point de vue de leur structure et de leur fonctionnement, contrairement à l'ancien appareil d'Etat dont les principes reposaient sur le centralisme bureaucratique, les conseils de libération nationale étaient fondés sur le principe du centralisme démocratìque. Dans leur activité comme organes collectifs, les conseils de libération nationale appliquaient avec esprit de suite laméthode de la direction collégiale et leur présidence agissalt au nom de la collectivité. Les conseils des maillons inférieurs appliqualent toujours les principes de la direction collégiale en étroite collaboration avec le peuple. Lorsque plus tard les conseils des maillons supérieurs eurent formé leurs organes exécutifs dont l'obíectif était de leur faciliter la táche, ils préservèrent le droit de contróle et de révocation de ces organes. Ainsi. Le svstème des conseils et leur manìère d'agir permirent de combiner, dans les rnaillons inférieurs, la démocratie directe avec le principe de la démocratie représentée.

Ce qui est propre au processus de la création du pouvoír des conseíls de líbération nationale en Albanie, c'est que dès le début il fut créé dé bas en haut. La mise sur pied des conseils s'effectua d'abord dans les zones rurales et ce n'est que plus tard que fut crée le Conseil général de la liberation nationale. Certes, cela ne signifie pas que ce processus se développa spontanéinent et sans aucune direction. Au contraire, il fut mené dès le début sous la direction directe du Comité central du Parti communiste qui donna les instruetions nécessatres et dirigea le travall effeetué pour la mise sur pied et le fonetionnement des consefis. Les unités partisanes ont joué elles aussi un róIe important dans la formation des conseils. Ce qui est typique a cet égard, c'est que l'Armée de libération nationale remplit, à travers ses diverses formations et surtout ses commandements, au niveau des régions et des localités, des fonetions de pouvoir jusqu'à Pété 1944, époque à laquelle ces commandements furent placès sous la dépendance administrative des conseils de líbératíon nationale.

La IIe Conférence de libératìon nationale qui se réunit, à Labinot, près d'Elbasan, en septembre 1943, marqua le début d'une nouvelle étape dans le raffermissement et l'extension des conseils de libération nationale.

Sur la base de l'expérienee acquise, les conseils de libération nationale s'affirmaient toujours plus coImme les seuls organes du pouvoir populaire, ils avaient tenu tkte à la caxnpagne orchestrée par la réaction qui cherchait à les dicréditer et à entraver leur extension. L'apparition sur la scène politique du "Balli kombétar", en tant quorganisation politique de la bourgeoisie réactionnaire, et les rapports que cette organisation entretenalt avee les notables des campagnes surtout en Albanie du Sud, furent à l'origine de auelques hésitations chez plusieurs membres des conseils de libération nationale, ce qui conduisit méme à la dissolution d'une partie des conseils. Mais la ferme apposition du Parti et du Front de líbération nationale. leurs actions concrètes de concert avec les forces partisanes, ainsi que la dénonciation de la politinue du compromis avec l'occupant que poursuivait le <<Balli kombëtar>>, áccrurent la confiance du. peuple dans les cnnseils de libération nationale, en tant qu'organes de lutte et de pouvoir, et permirent en méme temns à ces derniers de surmonter les obstacles créés. En appliquant les directives de la I Conference nationale du PCA Pour leur meilleure organisation dans les villes vomme dans les campagnes, les conseils de libération nationale acquirent une riche expérienee pendant l'aecomplissement méme de leurs táches. Généralisant cette expérienee, le Conseil général de libération nationale approuva, dans sa réunion de juillet 1943, convoquée à l'initiative du CC du PCA, les statuts et le Règlement des conseils qui furent souimis à l'approbation définitive à la II Conférence de libération nationale. Les décisions prises par cette Conférence, qui figurent dans sa Résolution et dans les Statuts et le Règlement des conscils de libératìon nationale, reflètent la montée de la lutte de notre peuple, la profonde diffèrenciation de classe qui s'était opérée et se poursulvait ainsi que l'extension graduelle du pouvoir des conseils dans le pays tout entier.

La reconnaissance des conseils par la majorité du peuple comme son pouvoir authentique, de méme que la proche perspective de la libération ide l'Albaníe, à la suite de la destruction des puíssances fascistes, fit prévcir dans ces documents des mesures concrètes pour le renforcement organisatìonnel des conseils de libération nationale en tant que pouvoir unique qui exìsterait en Albanie après la victoire sur le fascisme.

La Conférence de Labinot constitue un très important pas en avant dans le processus de la consolidation du pouvoir populaire. Malgré les grands succès remportés, la Conférenee constata qu'il n'y avait pas eu jusquelà de liens solides entre le Conseil général et les autres conseils, que le premier, en raison du petit nombre de sw meknbres, n'avalt pas assumé la direction effective des conseils à la base et que ces derniers accusaient beaucoup de faiblesses dans leur travall. C'est pourquoi la Conférence jugea opportun d'arréter des mesures visant le renforcement des conseils du poínt de vue organisationnel afin que ces derniers puissent exercer effectivement leur pouvoir civil en étroite collaboration avee les commandements de l'Armée de libération nationale.

Le Conseil général de libération nationale issu de la Conférence devait élire une présidence en tant qu'organe exécutif. Dans le méme temps, la Conférence décida de ceréer au sein du Conseil général diverses sections comme la section de l'intérieur, la section des finances, celle de la presse et de la propagande, de la santé, etc. En fait, ces sections furent crées au sein non pas du Conseil général, mais de sa présidence qui peut étre considérée comme le noyau d'un organe supréme de l'administration d'Etat, du futur gouvernement démocratique. La Conférence de Labinot réalisa de cette manière l'objectif, fixé par la Conférence de Peza, de la création du "Conseil supérieur provisoire d'Albaníe" de méme qu'en juillet 1943 avait été créé à Labinot l'Etat-major général de l'Armée de libération nationale.

Dans le RègIement et les actes adoptés par la Conférence de Labinot les compétences des conseils de libératí(,n nationale furent mieux définis et avee une plus grande ampleur que dans la Résolution de la Conférenee do Peza. Dans le méme temps, l'organisation du système des conseils depuis leurs maillons inférieurs jusqu'aux supéríeurs, y fut défini pour la première fols et de fapon détaillée.

La Conférenee de Labinot condulsit au. renforcement et à la centralisation du pouvoir populaire. Toutefois, elle revét une encore plus grande importance du falt qu'elle prit des décisions afférentes à un grand nombre de questions de principe conirne la reconnaissance di, pouvoir de libération nationale en tant qu'unique pouvoir dans notre pays et la liquidation de tous les organes du pouvoir ennemi dans les zones libérées.

Le processus de la création et du développement du pnuvoir révolutionnaire était liè à l'attitude du Parti communiste d'Albanie et du Front de libération nationale envers l'ancien appareil d'Etat. Dès les premiers jours de l'occupation fasciste, l'appareil du régime féodalo-bourgeois se mit au service de l'ennmi.

L'ancien régime antipopulaire de Zogu était un régime réactíonnaire et pro-fasciste. L'invasion italienne

fit ressortir encore inieux la nature réactionnaire de cet appareil d'Etat aul se mit au service de conformant à ses exigences. Ainsi, l'appareil réactionnaire des classes <<nationales>> féodalo-bourgeoises fut mis sur pied en tant qu'appareil au service de l'occupant fasciste, bien qu'il gardât sa forme <<nationale>>.

Il va de sol que cet appareil d'Etat créé pour oppríiner les masses travalleuses, et dont l'objeetif, coniorinément aux nouvelles conditions, était d'assujettir le peuple albanaìs à l'occupant fasciste, ne pouvait ne pas étre liquide par le Mouvement de liberation nationale. Les conseils de lìbération nationale étaient done mis sui pied dans les zones libérées sur les ruines de l'ancien appareil d'Etat de l'occupant et des classes exploiteuses du pays liquidè par la lutte de libération nationale de notre peuple. Le Parti communiste d'Albanie agissait ainsi en confortnité avec les conditions concrètes de la lutte de libération nationale et les enseignements du marxisme-léninisme selon lesquels l'objectif d'une révolution véritablement populaíre est de líquíder l'ancienne machine d'Etat. Cette réalité de notre Lutte de libération nationale se refléta dans la Résolution de la Conférence de Labinot sur la suppression de tous les anciens organes d'Etat en Albanie.

Le Parti communiste d'Albanie a mené une lutte résolue pour que le :pouvoir passát entièrement aux mains du peuple et ne fút nullement partagé avec les anciennes classes exploiteuses qui cherchaìent, sous diverses formes, à garder intacte leur domination. L'histoire du Mouvement de libération nationale reflète la lutte ferme et de principes menée par notre Partì afin de dévoiler et de frapper les plans de la réaction qui voulait créer, avec le soutíen de l'occupant ou de l'impérialisme anglo-américain, dans le pays ou à l'étranger, un gouvernement à elle prét à fonctionner après la guerre. La Conférence de Labinot approuva l'attitude adoptée par leParti vis-à-vis de l',accord de Mukje*. *( Cest dans le village de Mukie, à proxinùté de Tirana, qu'eut lieu, en aoút 1943, une rencontre entre une délégation du Conseil général de Ubération nationale, dont faisaient partie Yrner Díshnica, Mustafg Gjinishi et Abaz Kupi, et les ckefs de file du <<Balli kombétar>>. La délégation du Conseil général de libération nationaie souscrìvit, contrairement aux instructions qu'elle avalt regues, à un accord qui était en opposition direete avec les intéréts de la Lutte de libération nafionale. Cet accord fut immédiatement réjété par le Cornité central du Parti communiste et le Conseil général de libération nationale.) Cet accord niait la Lutte de libération nationale, les vietoires remportées par cette Lutte, mettait le "Balli kombétar" sur le crnéme plan que le Front de libération nationale et acceptait le partage du pouvoir avec cette organisation de traltres qui s'était mise ouvertement au servioe de l'occupant. En un temps où le Front de libération nationale était en. train de mobiliser les larges masses travailleuses afin de vaincre le fascisme en Albanie et de liquider l'apparcil qu'il avait mis sur pied, les chefs de file de "Balli kombétar" à Mukje insistaient pour que fút annulée la décision de la prétendue Assemblée qui le 12 avril 1939 avait "donné" la couronne d'Albanie à Victor Emmanuel III, après quoi on proclamer-ait l'indépendance de l'Albanie. Accepter cette thèse signifiait entre autres reconnaltre légalement l'occupetion fasciste, attribuer une valeur juridique à la décision d'une "Assemblée" qui ne représentait rien et qui ne réunissait en son sein que des traitres et des vendus y compris, la plupart des chefs de file du "Balli kombétar-. En condamnant la capítulation de Mukje, la direction du Parti soulignait que "les conseils de libération nationale sont un pouvoir qui émane du peuple et de sa lutte, ils ont été élus de manière démocratique, aussi doivent-ìls, en tant que pouvoir démocratique populaire, étre reconnus par tout le monde"* *( Documents principaux du PTA, éd. alb., Tirana 1971, t. 1, p. 187.).

En condamnant sons hésitation l'accord de Mukje, le Comité central du Parti et le camarade Enver Hoxha sauvòr,ent le Mouvement de libération nationale et le peuple albanais d'un grand danger, qui apparait encore plus clairement à la lumière de ce qui se produisit dans les pays où les Mouvements de libération nationale avaient cédé à la pression de la réaction intérieure et des impérialistes anglo-américains. Accepter l'accord de trahison de Mukje aurait été pour notre pays lourd des mémes conséquences qu'evalt entrainées l'accord de Liban pour le Mouvement de libération nationale du peuple grec.

Face aux efforts du <<Balli kombétar>> et de la réaction intérieure, face au. danger d'un débarquement éventuel des Anglo-Américains en Albaníe, le camarade Enver Hoxha soulignait, dans une lettre directive adressée le 10 septembre 1943 aux comìtés régionaux du Parti au nom du Comité central, la, nécessité pour les conseils de liberation nationale de se présenter, en cas d'un débarqueinent pareil, comme l'unique pouvoir du peuple albanais. <<Les Alliés, était-il dit dans ce document, ne doivent se trouver en Albanie avec>> leurs arrhées que pour vaincre l'Allemagne et ses laquais, mais le gouvernement d'Albanie doit étre entièrement dans les maíns du. Mouvement de libération nationale". Cette directive était soulignée encore plus dans une autre lettre datée du I octobre 1943 où il était dit: <<Il y a d'abord la question du. pouvoir. Là-dessus, pas d'équivoque possible: seul le pquvoir des conseils de libération natíonale doit exister et aucun autre; sur cette question, il ne saurait y avoir nì compromis, ni dualité>>.

Cette attitude nette du, Partì barrait ainsi la voiie aux intrigues que les forces réactionnaires tramaient en vue de préserver leur pouvoir. Tant que l'Allemagne hitlérienne et l'Italie fasciste occupaient des positions solides, le pouvoir de l'occupant constituait pour les classes exploiteuses de notre pays un appui súr et ce, aux dépens des masses travailleuses. Une fois les puissances de l'Axe en déclin, les gros propríétaíres fonciers et la bourgeoisíe réactionnaire du. pays commencèrent à s'inquiéter, car l'élimination du pouvoir de l'occupant les laisserait désarmés face au Mouvement de libération nationale, faoe au pouvoir nouveau, populaire, qui étaít en train de naltre. Aussi les chefs de file du "Bolli kombétar" s'efforcèrent-ils, dès l'époque du gouvernement quisling d'Eqrem Libohova et surtout de celui de Maliq Bushati, de mettre sur pied une armée et une gendarmerie <,albanaises- qui allaient servir soi-disant à la défense des frontières du pays au cas où le fascisme serait liquidé. En fuit, cette armée et cette gendarmerie avaient pour objectif de réprimer la révolution populaire. Ces efforts du <<Balli kombétar>> se concrétisèrent davantage avee l'accord du 5 mars 1943 signé par le général Dalmazzo, commandant en chef des forces italiennes d'occupiation en Albanie, et Ali Kélcyra, un des chefs d,e file du <<Balli kombétar>>. Cet accord incarnait la collaboration bilatérale du <<Balli kombétar>> avec l'occupant contre la Lutte de libération nationale du peuple albaniais.

La réaction intéri,eure multiplia ses efforts en ce sens, surtout après la capitulation de l'Italie fasciste et l'occupation du pays par l'Allemagne hitlérienne, en créant le "Legaliteti", une autre organisation de tnaitres. Créée sur l'initiative des impérialistes anglais, cette organisation visait à se faire passer moins pour un parti politique que pour un vaste mouvement légitimiste zoguiste c'està-dire qu'elle voulait faire accepter la continuité et la riestiauration du régime du roi Zog. Dans la mise en ceuvre de sa politique, elle fut activement soutenue par l'occupant allemand qui non seulement laissa le champs libre à sa propagande, mais encouragea les gouvernants quislings de Tirana à réadopter les statuts fondamentaux du Royaume de Zog.

Mais ces plans de la réaction albanaise se soldèrent par un échec face à la nouvelle réalité albanaise créée par l'influence ininterrompue et croiss"nte du Front de libération nationale, par le raffermissement du pouvoir révolutionnaire et le renforcement du róle dirigeant du Parti communiste.

Depuis la Conférence de Peza jusqu'au le, Congrès de libération nationale de Pérmet, les conseils de libération nationale ne cessèrent d'étre le noyau du pouvoir futur en méme temps que des organes de lutte. Toutefois, iaprès la Conférence de Labinot, on constata un élargissement ìncessant de la sphère d'activité et des táchw des conseils de libération nationale en tant qu'organes de pouvoir. La libération de quelques villes d'Albanie, comme Gjirokastér et Kruje, par des forces partisanes, au lendemain d,e la capituliation de l'Italie fasciste, confronta les organes du nouveau. pouvoir à une importante épreuve. A un moment donné, bien que provispirement, ces organes ne pouvaient plus remplir seulement les táches qui avaient été jusque-là les leurs, ils devaient aussi assumer le gouvernement des zones et des villes libérées. Les conseils dans Ies régions libérées ne se contentaient pas de collecter des aides et de ravitailler l'armée de libération nationale en matériel divers, ils dirigeaient en plus toute la vie de leur ville et de leur région. Jouant le róle d'un véritable gouvernement, la Présiùence du Conseil général de libération nationale en particulier, iarréta des mesures en vue de l'organ,isation du travail de la part des conseils dans le domaine de l'économie, des finances, de la santé, de l'enseignement, etc. De cette manière on mettait en oeuvre la directive du camarade Enver Hoxha selon laquelle "notre Parti doit étre, en ce qui concerne l'organisation du pouvoir, à la hauteur de sa táche au méme titre qu'il l'a été dans l'organisation de la lutte."

L'essor inextinguible de la Lutte de libération nationale, l'élargissement des zones libé-rées iainsi que la perspective de la proche libération de toute l'Albanie fixa pour táche au 1 Congrès de libération nationale qui tint ses assises le 24 mai 1944 dans la ville de Pérrnet d'édifier une Albanie nouvelle et de créer un Etat albanais nouveau, démocratique et populaire.

Le Congrès, qui était une assemblée élue démocratiquement dans les limites permises par la guerre, adopta des Mesures très importantes en vue du développement plus poussé de la Lutte de libération nationale et du pouvoir populaire en Albanie.

En fixant comme objectif l'édifioation d'une Albanie nouvelle, démocratique et populaire, selon la volonté du peuple, le Congrès de Përmet élut le Conseil antifasciste de libération nationale en tant que principal corps législatif et exécutif qui représentait la souveraineté du peuple albanaìs.

En ce qui concerne sa structure organisiationnelle, le Conseil antifasciste de lìbération nationale était édìfié conformément au nouveau système de pouvoir. De ce point de vue, il n'était pas différent des autres conseils de líbération nationale. Le Conseil antifasciste de libération nationele peut étre considéré comm~e la continuation, à un niveau supérìeur, du Conseil général de libération nationale. Néanmoins, le Conseil antifasciste de libération nationale était en méme temps un nouvel organe, ayant une plus large composition et des compétences bien plus étendues. Il était avant tout l'organe supréme du pouvoir, alors que le Conseil général de libération nationale avait été en premier lieu, et surtout avant la Conférence de Labinot, la direction politique supréme du Mouvement de libératíon nationale sans que ses attributions de pouvoir en fussent pour iautant niées.

Au nom du Conseil antifasciste de libération nationale, sa Présidence forma le Comité antifasciste de libération natìonale ayant toutes les attributions d'un gouvernement populaire provisoire. Ce Comité, était-il dit dans les décisions du Congrès, était l'organe à travers Iequel le Conseil antifasciste de libération nationale réalisait sa fonction exécutive. Le camarade Enver Hoxha, secrétaire général du Parti communiste d'Albanie, fut élu président du Comìté antifasciste de libération nationale.

Bien que le Ccenité antifasciste de libération nationale eút toutes les attributions d'un gouvernement provisoire, du point de vue formel, il n'avait pas eneore été proelamé gouvernement. Ses attributions de gouvernement provisoire consistaient en ce qu'il était l'organe exécutíf et jégislatif supréme ;du pouvoir populaire, qu'il dirigeait toute la nouvelle administration d'Etat en cours de formation. S'il ne fut pas formellement appelé gouvernement, cela s'explique saùs nul doute par les cir constances de l'époque, par le fait qu'une bonne parti du pays n'avait pas encore été libérée, que l'administra tion d'Etat en était eneore à ses débuts et qu'il serai tactiquement prématuré de demander aussí la recon naissance juridique internationale d'un tel gouvernement.

Toutefois, en ce qui concerne les compétences d Comìté antifasciste de libération nationale et plus tar du Gouvernement démocratique, leur caraetère provisoir ne supposait aucune restriction.

Ayant décidè l'édification d'une Albanie nouvelle démocratíque et populaire, et sanctionné la mise sur pied d'un pouvoir nouveau, le Congrès de Përmet interdit Ahmet Zogu et à sa clique de rentrer en Albanie, puis que la question du régime à instaurer serait défínitive ment résolue après la libération totale du pays par le peuple albanais lui-méme. Le Congrès de Pérmet décid également de ne reconnaitre aucun autre gouvernemen qui pouvait étre formé en Albanie ou à l'étranger contre la volonté du peuple albanais qui n'était représenté que par le Conseil iantifasciste de libération nationale.

Réaffirmant la décision du Congrès de Përmet d'interdire le retour de Zog en Albanie, le Conseil antifasciste de libération nationale décida que tous les accords passé.s par le gouvernement de Zog avec des Etats étrangers devraient étre revus et que les liens économiques et politiques noués avec eux piar ce méme gouvernement aux dépens du peuple albanais devraient étre annulés; d'autres accords devraient étre conclus à leur place.



La décision du Congrès sur l'approbation de l'activité menée et de toutes les directives données jusque-là par le Conseil général de libération nationale et par l'Etat-major général de l'Armée de libération nationale, revétait une grande importance non seulement politique, rnais aussi juridique. En vertu de cette décision, toutes le, ordonnances émises par ces organes avant la créction de l'Etat démocratique populaire albanais prenaient entièrernent force de lui et devaient étre considérées comme partie intégrante du droit révolutionnaire.

A la suite des décisions du Congrès de Përmet et du Conseil antifasciste de libération nationale, qui sont d'une grande importance en tant qu'actes ayant posé les fondements de notre droit constitutionnel, la question du pouvoir regut une solution dans son ensemble. C'est précisèment au Congrès de Pérmet et avee la création du Conseil antifasciste de libération nationale en tant qu'orgene supreme du pouvoir, que fut achevée dans ses grandes lignes l'édification du nouveau systè:rne des organes d'Etat.

Avec la libération totale du pays du joug de l'occupant le 29 novembre 1944, le pouvoir populaire s'étendit à toute l'Albanie, mais on ne peut pourtant pas en con,clure que le nouvel Etat albanaís fut créé seulement après la victoire définitive remportée par le peuple dans sa Lutte de libération nationale, car l'étendue du territoire que couvre un pouvoír d'Etat dans un pays n'est pas un facteur déterminant de son existence.

De méme, il seriait injuste d'adrnettre que l'Etat nouveau, démocratique et populaire albanais fut créé avee la formation des premiers conseils de libération nationale dans les zones libérées du pays ou du moins à la Conférence de Peza à l'issue de laquelle fut constitué le Conseil général de libération nationale. Il est vrai que les premìers conseils assumaient des fonctions de pouvoir, qu'ils étaient la négation de l'ancien pouvoir et que le processus de démantèlement de ce dernier fut entamé ~avec la mise sur pied des conseils de libération nationale. Mais ces conseils ne constituaient pas encore un Etat. Ils ne représentiaient que l'embryon du futur Etat albanais, ses débuts. Un Etat est, en premier lieuv une organisatìon politique de pouvoir, c'est-à-dire un ensemble d'organes de pouvoir ayant une unité interne dans le cadre d'un système politique donné. Ce nouveau système de pouvoir ne fut pas entièrement mis sur pied à la Conférence de Peza, ni méme à celle de Labinot, bien qu'à cette dernière d'importants pas en avant furent enregistrés en ce sens.

Les Etats ne naissent pas sur la base de normes juridiques, fussent-elles des décrets d'organes désignés ou des décisions de congrès ou d'assemblées. Cela est d'autant Plus vrai quand il s'agit de notre pouvoir populaire qui est né du bout du fusil. Toutefois, les décisions ou les actes juridiques viennent sanctionner la sítuation révolutionnfaire qui appelle leur adoption. Aussi les décisions du Congrès de Pérmet ne peuvent-elles pas étre considérées isolément de tous les autres évén-ements révolutionnaires de l'époque, de tous les changements quantitatifs et qualítatifs survenus au cours de la Lutte de libération nationale qui conduisirent à la tenue de ce Congrès méme. C'est bien dans le cadre de cette Lutte que l'on se rend compte de la grande portée historique de ces décisions qui couronnèrent de succès les efforts du peuple albanais pour la création du. pouvoir populaíre.



Le Congrès de Përmet marqua un tournant décisif en faveur du système de pouvoir populaire. Ses dècisions sont le résultat du rapport entre l'insurrection de libération nationale et le processus de la révolution populaire, rapport qui, loin d'étre fortuit, fut déterminé par la stratégie du Parti communiste d'Albanie.

Les décisions iadoptées par le Congrès de Përmet et le Conseil antifasciste de libération nationale montrent que notre pouvoir populaire, qui venait d'étre mis sur pied, était un pouvoir nouveau, d'une type supérieur, par son contenu comme par sa forme.

Du point de vue de son contenu, il ne constituait pas simplement une dictature démocratiqu,e d~es forces révolutionnaires, mais un pouvoir qui avait pour embryon la dictature du prolétariat, cal l'hégémonie de la classe ouvrière y était assurée à travers le Parti communiste qui, dès le début, ne partagea le pouvoir avee aucun autre parti. Les décisions du Congrès de Prmet et du Conseil antifasciste de libération nationale sanctionnèrent le l'enversenient du pouvoir politique des gros propriétaires fonciers et de la bourgeoisie ainsi que le solution de la question 'du pouvoir au profit du peuple travalleur.

Du point de vue de sa structure, l'Etat nouveau, de démocratie populaire, fondé sur le principe de l'unité du pouvoir, diffèrait totalement du pouvoir de la bourgeolsie. Le principe de l'unité du pouvoir qui se traduisait dans la concentration des compétences législatives et exécutives dians l'organe supréme du pouvoir qu'était le Conseil antifasciste de libération nationale avec sa Présidence, émanait du principe de la souveraineté du peuple, dont le Conseil mentionné était aussi le gardien.

A ce propos, le pouvoir révolutionnaìre en Albanie suivìt la voie et profita de l'expérienee de la Commune de Piaris et du pouvoir soviétique, car, à l'instar de la Commune de Paris et des Soviets, nos conseils de lìbération nationale, depuis ceux des maillons inférieurs; jusqu'au Conseil antifasciste de libération nationale, étaient des organes non seulement représentatifs, mais aussi actifs.

Pour ce qui est de la notion de forme d'Etat, lia forme de gouvernement est un élément très important qui définit le caractère des organes suprémes du pouvoir d'Etat. Une question se pose: Quelle était la forme de gouvernement, ne fút-ce que temporaire, du nouvel Etat albanais? Dans les ouvrages juridiques et historiques albanais et étmngers on trouve à ce sujet divers points de vue. Selon un certain point de vue, bien que le Congrès de Pérmet éliminát de fait la monarchie cette forme de gouvernement fut conservée de droit jusqu'au 11 janvier 1946, date de la proclamation de la République populaire d'Albanie. Selon un autre point de vue, le Congrès de Përmet sanctionna la fin de lia monarchie de droit également. A notre avis, ce dernier point de vue est plus fondè.

En ce qui concerne la forme de gouvernement, et dans le cadre de la tactique très habile appliquée dès le début par le Parti dans une que-stion si épineuse susceptible de susciter des divisions ou des hésitations dans des couches et groupes sociaux donnés, le Congrès de Përmet ne supprima pias expressément la monare ie pas plus qu'il ne proclama la république. Mais cela ne signifie nullement qu'il n'observa pas une attitu~de bien définie envers la forme du gouvernernent futur. Au contraire, il condamna catégoriquement le régime monarchiqu'e de Zog en exigeant qu'il "ne puisse plus se répéter". Il est hors de doute que la monarchie zoguìste fut supprímée de fait, d'eilleurs cela ne datait pas du Congrès de Përmet, puisque la elique zoguiste était partie à l'étranger en trahissant le pays et laissant le peuple désarmé faoe à l'agresseur fasciste. Aussi la condamnation de la monarchie par le Congrès en question, qui exprimait la volonté du peuple albanais, était-elle plus qu'une liquidation de fait de la monarchie. C'est pourquoi on ne peut pas dire que le Congrès de Përmet et le Conseil antifasciste de libération nationale aient liaissé de droit la monarchie en vigueur, bien qu'ils n'aient pas expressément aboli la monarchie pour que le peuple puisse décider définitivement de la forme de gouvernement du. pays après la libération du pays.



La création méme de l'Etat albanais de démocratie populaire qui avait un caractère définitif, indépendamment de la forme concrète qu'il pouvait revétir dans l'avenir, excluait la monarchie comme forme de gouvernement. Il était inconcevable qu'un Etat sorti d'une lutte révolutionnaire et qui était, à son embryon, une dictature du prolétariat, eút, méme formellement, "de jure", la mobarchie' pour toute forme de gouvernement. La royauté fut danc définitivement enterrée par le Congrès de Përmet, bien que sa liquidation ne fút pas expressément déclarée à l'époque, mais seulement à la suíte de la décision de l'Assemblée constituante du 11 janvier 1946. Le fait que le Congrès de Përmet ne déclara pas expressément l'abolition de la monarchie, ce qui n'était en fin de compte qu'une question de second ordre, car elle avalt trait à la seule forme de l'Etat, peut apparaltre comme une réserve exagérée de sa part, alors qu'il favait décidé quel seralt le contenu de cet Etat, ce qui était une question primordiale. Mais on ne peut considérer cette décision en faisant abstraction des circonstances de l'époque, du cadre de la Lutte de lìbération nationale, des rapports avec les Alliés, de l'obligation de sen tenir au principe également reconnu dans les déclarations officielles de la coalition antifasciste selon lequel les p.euples décideraient une fois pour toutes de leur destinée après leur libéretion du joug fasciste. Cette décision se rattachait à la tactique du Parti qui avait décidé dès le début que la question de la forme d'Etat seralt résolue après la guerre et qui sIen tint avec esprit dt suite à cette prise de position.



C'est pour cette raison que le décision du Congrès de Përmet et du Conseil antifasciste de libération nationale concernant la condamnation de la monarchie était, quand au fond, claire et nette, mais en méme temps pondérée et en conformité avec lia situation intérieure et extérieure du pays.

Si nous admettons que la monarchie ne fut conservée ni de fait ni dedroit, la question se pose de savoir quelle fut la forme de gouvernement de l'Etat albanais depuis le Congrès de Pérmet jusqu'à la proclamation de la République populaire d'Albanie. Certes, il ne scurait y exister un Etat sans une forme de gouvernement bien définie, sans une direction, collégiale ou monocratíque, élue ou héritée; par conséquent, l'Etat albanais aussi rcvétait une forme de gouvernement. Ainsi, le nouvel Etat albaniais revétit en falt une forme républicaine, quoique formellement, pour les raisons évoquées plus haut, cette forme ne fut sanetionnée expressément dans aucun aete du pouvoir d'Etat. A notre avis, cela apparút claírement si l'on pense à la désignation, à la téte de l'Etat, du Conseil antifasciste de libération nationale représenté, entre deux sessions, par sa Présidence. Ces organes réalisaient le pouvoir d'Etat supréme de fagon collégiale. La PrésIdence du Conseil antifasciste de libération nationale remplissait effectivement et sans interruption les fonctions du chef d;e l'Etat qui, plus tard, furent attribuées au Prèsidium de l'Assemblée populaire conformément à la Constitution de la République populaire d'Albanie.

Le problème de la forme de gouvernement fut résolu intégralement, de manière définitive et sous une forme juridique lappropriée, par l'Assemblée constituante qui sanctionna une situation créée pratiquement depuls la guerre.

Lorsqu'on dit que l'Etat albanais de démocratie populaire fondé à la suite des décisions du Congrès de Përmet et du Conseil antifasciste de libération nationale, était un Etat nouveau, il s'ìagit de son contenu de classe, de son róle en tant qu'organisation politique d'une classe donnée. De ce point de vue, le nouvel Etat n'avait -rien à voir avec l'ancien Etat albanais indépendant, il n'étalt pas son prolongement, mais niaquit à la suite de l'élimination révolutionnaire de l'ancien appareil d'Etat dont sIétait servi également l'occupant. Toutefois, du point de vue du droit international, l'Etat albanals de démocrati,e populaire était bien le prolongement de l'Etat ialbanals indépendant antérieur. Il va de soi qu'il n'étalt pas tenu de reconnaltre d'office comme valables toutes les obligations juridiques internationaIes assumées par l'ancien Etat albanais (d'autant plus que nombre de ces obligations avaient été acceptées à la sulte de la dépendance de faít du pays vís-à-vis de l'impéríalisme étranger). Aussi le Consell antifasciste de Libération nationale décida-t-il leur révision et l'annullation des accords passés au détriment du peuple albanais. Ainsi donc, après une interruption provoquée par l'occupation étrangère et Fabsence d'un pouvoir souverain, l'Etat albanais recommençait sa vie en tiant que sujet indépendant dans les relations internationales, jouissant de tous les drolts qui découlaient de cette qualité et retrouvant toutes ses frontières reconnues par les divers traités internationaux. Mais l'Albanie nouvelle occupalt maintenant des positions internationales différentes de celles de l'Albianie de naguère. Gráce à sa lutte héroique, non seulement le peuple albanais sétait assuré une indépendance et une souveraineté intégrale telles qu'il ne les avalt jamais connues jusque-là, mais aussi s'était fait de nouveaux amis et àiés parmi les pays et les forces progressistes, il acquit également un grand prestige dont il n'avalt jamais joui dans le passé, en tant que membre de la coalition antifasciste des peuples qui avaient eu raison du fascisme.

Les décisions du Congrès de Përmet donnèrent un nouvel essor à la Lutte de libération nationale. En l'espace de cinq mois, depuis la tenue du Congrès de Pérmet et jusqu'à la 2 Réunion du Conseil antifasciste de libération nationale à Berat, furent libérés les trois quarts de l'Albanie. Avec la création du Comité antifasciste de libération nationale, le travail des conseils de libération nationale en tant qu'organes de pouvoir prit un grand essor. Le Comité antifasciste de libération nationale donna les instructions nécessaires pour la consolidatíon du pouvoìr et l'intensification de son áctivité dans tous les domeines, puisque la libération successive des diverses régions du pays posait d'importantes táches concernant le redressement de l'économie détruite par la guerre et l'organisation de la vie sociale, économique et culturelle.

La libération de la majeure partie du territoire du pays et la perspective immédiate de sa libération totale dictèrent la nécessité de réunir une seconde fois le Conseil antifasciste de libération nationale qui fut ainsi convoqué en octobre 1944 dans la ville libérée de Berat. Cette Réunion décida que le Comité antifasciste de libération nationele deviendrait Gouvernement démocratique d'Albanie. Le Conseil antifasciste de libération nationale approuva la "Déclaration des droits des citoyens" et la loi sur les conseils de libération nationale des localités, sous-préfectures et préfectures, qui constitue le premier acte organique sous forme de loi de notre droit démocretique populaire, ainsi que la loi sur l'élection des conseils de libération nationale. Dans la loi sur les conseils de libération nationale, ceux-ci étaient sanctionnés en tant qu'uniquies organes du pouvoir d'Etat. Depuis la Réunion de Berat, les conseils de libération natìonale, s'occupant exclusivement des problèmes du pouvoir, cessèrent d'étre en méme temps des organes du Front de libération nationale qui créa de son cóté ses propres organisations à la base. De cette faCon, les décisions du Congrès de Përmet, furent complétées et concrétisées davantage; à la veille de la líbération du pays, l'ancien apparell d'Etat et tous ses organes avaient été, pour la plupart, détruits jusqu'à leur,s fondements et sur leurs ruines avaíent été mis sur pied les organes nouveaux du pouvoir populaire. Ce processus révolutionnaire fut achevé le 29 novembre 1944 avec la libération complète de l'Albanie.

C'est ainsi, a souligné le camarade Enver Hoxha, que "à la libération du pays, gráce à la juste attitude de classe de notre Parti et à sa tactique résolue, tout le pouvoir passa, entièrement dès le début aux mains de la classe ouvríère en alliance avec toutes les masses travailleuses et patriotiques albanaises, aux mains d'un seul parti, le Parti communiste d'Albanie. Ce fut là la condition fondamentale qui permit à notre pays de s'engager sans délfai dans la vole du développement socialiste".

La création d'un tel Etat qui, à la libération complète de l'Albanie en novembre 1944, commença à assumer pleinement les fonetions de la dietature du proIétariat, est un trait dístínctif de la Lutte de libération nationale du peuple albanais. Cette Lutte, qui revétit en général un caractère national, anti-impérialiste et démocratique, étant en méme temps une révolution populaire, conduisit en fin de compte à l'instauration du pouvoir de la classe ouvrière et réalisa ainsi une des táches principales de la révolution socialiste. En Albanie, la vole de l'instauration d'un pouvoir socialiste passa non pas à travers une révolution socialiste classique, mais à travers la Lutte de libération nationale qui réalisa aussi les aspirations sociales du peuple.

L'union du peuple sur la base de ces objectifs nationaux et sociaux et à travers une profonde différenciation de classe ainsi que le r&le toujours plus considérable du Parti communiste en tant que force dirigeante de la Lutte de libération nationale, sont les principaux facteurs qui expliquent cette évolution rapide, irrésistible et ininterrompue qui eut une importance décisive pour le dévelappement de l'Albanie après son affranchissement du joug nazi.

A la différence de certains pays de l'Europe de l'Est et du Sud-Est, comme la Roumanie, la Hongrie ou la Tchécoslovaquie, qui, après leur libération, avant de procéder à l'instauration d'un pouvoir socialiste (en 1947 ou 1948), passèrent à l'étape d'un pouvoìr démocriatique et révolutionnaire, reposant sur une coalition qui comprenait des partis bourgeols, l'Albanie ne connut pas une pareille étape. Le Gouvernement démocratique d'Albanie était, par sa composition, le reflet du Front de libération nationale qui n'était pas une coalìtion de partis, mais une organísation unícIue des plus larges couches du peuple unies dans la Lutte antifasciste sous la condulte du Parti communiste, Iequel ne partagea le pouvoir avec aucun autre parti du fait, entre autres, qu'il n'y eut pos d'autres partis antifascistes en Albanie.



Tout ce que nous venons d'exposer ne fait que mettre en lumière le róle dirigeant joué par notre Parti dans la Lutte de libération nationale et le prestige incontesté dont il a jou! parmi les masses populaires, ce qui fut sans aucun doute conditionné également par la falblesse des forces bourgeoises qui participèrent à la Lutte de libération nationale, ainsi que par leur incapacité politique et organisationnelle. Ce fut done là un fiacteur qui favorisa la lutte du peuple àIbanaís pour sa libération nafioniale et surtout pour le triomphe de la révolution populaire et la réalisation des transformations socialistes.

La vole parcourue pour la mise sur pied du pouvoir populaire montre que le Parti communiste d'Albanie a appliqué de façon créatrice les enseignements du marxisme-léninisme dans les conditions concrètes de notre pays. Les conseils de ribémtIon nationale, en méme temps que l'armée, devinrent le facteur décisif de la victoire remportée dans la Lutte de libération nationale. Ce pouvoir populaire, révolutionnaire, a été, sous la direction du Parti, le facteur déterminant de tous les succès obtenus par le peuple albannis après la Libération. Il Constitue une arme puissante pour la défense des victories de la révolution socuialiste face aux menées des ennemis intérieurs et extérieurs, et pour de nouvelles vietoires dans la voíe de la construction intégrale de la société socialìste.




 

 

 

 

 

 

Parti du Travail d'Albanie

PTA