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"La Révolution sera floraison de l' humanité

comme l'amour est la floraison du cœur."

Louise Michel (1830 - 1905)

 

Marx - Engels

et la Commune de Paris

 

 

 

 

 

Lénine

À la mémoire de la Commune

Avril 1911

 

 

 

 

 

 

Discours sur la Commune

Association Internationale des Travailleurs

K. Marx

23 mai 1871

 

A la réunion du Conseil général du 25 avril 1871, Marx a fait un rapport d'information sur la Commune. « On ne peut s'imaginer, a-t-il déclaré, la force de l'enthousiasme du peuple et de la garde nationale. » Le 9 mai 1871, Engels fit le rapport sur la Commune. Le 23 mai 1871, en pleine «semaine sanglante », Marx prononça un grand discours sur la Commune dont seule fut conservée une courte note de procès-verbal.

Le citoyen Marx a déclaré qu'il était malade et qu'il n'était pas à même de terminer l' « Adresse » qu'il a accepté de faire, mais il espérait la terminer pour le mardi suivant. A propos de la lutte à Paris, il a dit qu'il craignait que la fin fût proche, mais si la Commune était battue, la lutte serait seulement ajournée. Les principes de la Commune sont éternels et ne peuvent être détruits : ils seront toujours posés à nouveau à l'ordre du jour, aussi longtemps que la classe ouvrière n'aura pas conquis sa libération. On abat la Commune de Paris avec l'aide des Prussiens qui agissent en qualité de gendarmes de Thiers. Le plan de sa destruction a été élaboré par Bismarck, Thiers et Favre. A Francfort, Bismarck a déclaré que Thiers et Favre lui avaient demandé d'intervenir. Le résultat a montré qu'il était prêt à tout faire pour leur venir en aide, sans risquer la vie des soldats allemands, non parce qu'il estimait la vie humaine quand il s'agissait du profit, mais parce qu'il désirait une chute encore plus profonde de la France, afin d'avoir la possibilité de la piller. Il a permis à Thiers de recruter plus de soldats qu'il n'était convenu dans l'accord; par contre, il n'a autorisé le passage des vivres à Paris qu'en quantités limitées. C'est une vieille histoire. Les classes supérieures se mettent toujours d'accord pour tenir sous leur talon la classe ouvrière. Au XIe siècle, il y eut une guerre entre les chevaliers français et normands, et les paysans se soulevèrent. Les chevaliers oublièrent immédiatement leurs querelles et se réunirent afin d'écraser le mouvement paysan. Pour montrer comment les Prussiens s'acquittaient de leur tâche de policiers, il suffit d'indiquer qu'à Rouen, occupé par les Prussiens, 500 personnes ont été arrêtées parce qu'elles appartenaient à l'Internationale. L'Internationale fait peur. A l'Assemblée nationale française, le comte Jaubert - momie desséchée, ministre de 1834 - connu comme partisan des mesures de répression contre la presse, a prononcé un discours dans lequel il dit qu'après le rétablissement de l'ordre le premier devoir du gouvernement doit être une enquête sur l'activité de l'Internationale, et son anéantissement.

A la même séance, on a examiné la question de la protestation du Conseil général contre les atrocités des Versaillais et la question de l'aide à accorder aux émigrés de la Commune. Marx a déclaré :

Nous pouvons démasquer l'activité du gouvernement versaillais, mais nous ne pouvons lui faire part de notre protestation, parce que cela signifierait que nous nous adressons à ce même gouvernement que nous qualifions de brigand.

 

 

 

La Commune de Paris 

chronologie

 

1870 

la guerre, le siège de Paris et le début du mouvement révolutionnaire

 

 19 juillet :

Déclaration de guerre de la France à la Prusse.

 

 2 septembre :

Défaite de Sedan. Capitulation de l’armée de Mac Mahon à Sedan. Napoléon III est prisonnier.


 4 septembre :

Le Palais-Bourbon est envahi par les manifestants. Proclamation de la République à l’Hôtel de Ville de Paris. Formation du gouvernement de la Défense nationale présidé par le général Trochu.


 5 septembre :

Formation du Comité central des vingt arrondissements issu des comités de vigilance formés dans les arrondissements.


 15 septembre :

La 1re affiche rouge, signée par les membres du comité central des vingt arrondissements réclame la guerre à outrance et la levée en masse dans les départements. Échec des négociations Bismarck-Jules Favre à Ferrières.


 19/20 septembre : Blocus de Paris. La capitale est encerclée par 180 000 Prussiens.


 28 septembre : Capitulation de Strasbourg.

 

 7 octobre :

Départ de Gambetta en ballon : il gagne Tours où se trouve la Délégation du gouvernement et commence à organiser des armées de secours pour Paris.


27 octobre :

Le maréchal Bazaine capitule à Metz.


28/30 octobre :

Echec de la tentative de sortie du Bourget.


 31 octobre :

Journée insurrectionnelle à Paris. Flourens et ses tirailleurs de Belleville prennent l’Hôtel de Ville, perdu dans la soirée.

 

 1 er novembre :

Arrestations parmi les insurgés, malgré les promesses faites.


 3 novembre :

Un plébiscite confirme à Paris les pouvoirs du gouvernement de la Défense nationale.


 5/7 novembre :

Élection des municipalités d’arrondissement.

 

2/3 décembre :

Dislocation de la 1re armée de la Loire à Patay et Artenay. Orléans est repris par les Allemands.


 3 décembre :

Échec de la tentative de sortie de Champigny.


 21/22 décembre : Échec de la seconde tentative de sortie du Bourget.

 

 

1871 

la fin de la guerre et la Commune

 

 5 janvier :

Début du bombardement de Paris par les Prussiens.


 6 janvier :

La 2e affiche rouge du Comité central des vingt arrondissements appelle à la lutte à outrance et à la formation de la Commune.


 3/17 janvier :

Défaites des armées de Gambetta dans le Nord, sur la Loire et dans l’Est.


 18 janvier :

Guillaume II, roi de Prusse est proclamé empereur d’Allemagne à Versailles, dans la galerie des glaces du château.


 19 janvier :

Échec de la tentative de sortie de Buzenval et de Montretout. Défaite de l’Armée du Nord à Saint-Quentin.


 21 janvier :

Des gardes nationaux libèrent Flourens, détenu à Mazas, et d’autres détenus arrêtés après le 31 octobre 1870. Flourens est réinstallé à la mairie de Belleville.


22 janvier :

Échec d’une tentative insurrectionnelle place de l’Hôtel de Ville. Une fusillade fait cinq morts parmi les manifestants. Le général Vinay dirige la répression.


 28 janvier :

Signature de l’armistice.


 29 janvier :

Défaite de l’Armée de l’Est dont les débris passent en Suisse.

 

 8 février :

Élection de l’Assemblée nationale : 36 des 43 députés de la Seine sont des républicains hostiles à la capitulation.


 15 février :

Constitution provisoire de la Fédération de la Garde nationale.


 17 février :

À Bordeaux où s’est réunie l’Assemblée nationale, Adolphe Thiers est désigné comme chef du pouvoir exécutif.


 24/26 février :

Manifestations des gardes nationaux à la Bastille.


 26 février : Signature à Versailles des préliminaires de paix qui prévoient la perte de l’Alsace-Lorraine.

 

 1er mars :

Les préliminaires de paix sont ratifiés par l’Assemblée nationale réunie à Bordeaux par 546 voix contre 107.


 1er/3 mars :

Les Allemands entrent à Paris et occupent les Champs-Élysées.


 3 mars :

Le général d’Aurelle de Paladines - accusé par les Républicains d’être responsable de la défaite de la 1re armée de la Loire - est nommé commandant de la Garde nationale.


 7 mars :

Retour au fonctionnement antérieur du Mont-de-Piété.


 10 mars :

Abrogation du moratoire des loyers et des effets de commerce. La solde des gardes nationaux est supprimée. L’Assemblée décide de siéger non à Paris mais à Versailles.


 11 mars :

Le général Vinoy qui commande les troupes de Paris interdit plusieurs journaux républicains.


 10/15 mars :

Constitution du Comité central de la Garde nationale.


 17 mars :

Un conseil des ministres présidé par Thiers au Quai d’Orsay décide de faire enlever les canons qui sont à Montmartre et de faire ensuite arrêter les principaux meneurs révolutionnaires.


 18 mars :

Début de l’insurrection communaliste. Échec de l’enlèvement des canons à Montmartre et Belleville. La troupe fraternise avec les insurgés. Les généraux Lecomte et Clément Thomas sont fusillés. Les autorités évacuent Paris et le Comité central de la Garde nationale s’installe à l’Hôtel de Ville.


 19 mars :

Proclamation de la Fédération de la Garde nationale. Le Comité central de la Garde nationale annonce des élections communales.


 19/24 mars :

Échec des négociations entre les maires d’arrondissement et députés de Paris, d’une part, et Comité central de la Garde nationale, d’autre part, pour éviter la guerre civile. Les maires de Paris sont accueillis par des huées à l’Assemblée nationale.


 22 mars/4 avril :

Mouvements communalistes en province : à Lyon (22-25 mars), à Marseille (23 mars-4 avril), à Narbonne (24 mars), à Toulouse (24-27 mars), à Saint-Étienne (24-28 mars), au Creusot (26 mars).


 26 mars :

Élections de la Commune de Paris.


 27 mars :

Installation de la Commune de Paris.


 28 mars :

Proclamation, à l’Hôtel de Ville, de la Commune de Paris.


 29 mars :

La Commune nomme dix commissions. Abolition de la conscription et des armées permanentes. Remise des trois derniers termes de loyers et suspension des ventes au Mont-de-Piété.

 

 2 avril :

Séparation de l’Église et de l’État. Offensive surprise des Versaillais sur Courbevoie.


3/4 avril :

Échec des tentatives de sortie des fédérés sur Rueil, Bougival et Châtillon. Flourens et Duval, faits prisonniers, sont fusillés sans jugement.


 6 avril :

En riposte à cette exécution, la Commune vote le décret des otages. Mac Mahon est nommé commandant en chef de l’armée de Versailles.


 11 avril :

Début des opérations menées par l’armée de Versailles. Constitution de l’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés.


 12 avril :

Décret sur les échéances : toutes les poursuites sont suspendues.


 16 avril :

Décret sur la réquisition des ateliers abandonnés.


 17 avril :

Moratoire des effets de commerce.


 19 avril :

Vote par la Commune de la Déclaration au peuple français.


 24 avril :

Réquisition des logements vacants.


 27 avril :

Décret interdisant dans les ateliers le système des amendes et des retenues sur salaires.


 28 avril :

Publication de l’Appel au peuple de campagnes. Interdiction du travail de nuit dans les boulangeries. Formation d’une commission pour organiser l’enseignement laïc, primaire et professionnel.


 30 avril :

Démission de Cluseret, délégué à la Guerre, remplacé par le colonel Louis Rossel.

 

 1er mai :

Création par la Commune d’un Comité de salut public.


 7 mai :

Dégagements gratuits des objets déposés au Mont-de-Piété et d’une valeur inférieure à 20,00 F.


 9 mai :

Prise du fort d’Issy par les Versaillais.


 10 mai :

Démission de Rossel, remplacé le lendemain par Delescluze.


 15 mai :

Appel de la Commune aux grandes villes de France. Sécession de la minorité de la Commune qui refuse les dérives autoritaires du comité de salut public.


 16 mai :

La colonne Vendôme est abattue.


19 mai :

Décret de laïcisation de l’enseignement


 21 mai :

Les troupes de Versailles entrent dans Paris par la porte de Saint-Cloud. Delescluze lance un appel à la Résistance.


 21/28 mai : La Semaine sanglante : des milliers de communards sont exécutés sans jugement. Massacres et incendies. Les otages sont exécutés. Dernières barricades dans l’est de Paris.


 29 mai :

Reddition du fort de Vincennes qui était aux mains des communards mais qui n’avait pas participé à la guerre civile. Plusieurs officiers sont fusillés.

 

 Juin :

Mise en place des conseils de guerre.

 

 28 novembre : Exécution de Rossel, de Ferré et du sergent Bourgeois du 45e de ligne au camp de Satory.

 

 

1872

 14 mars :

Dissolution générale des gardes nationales. Loi Dufaure interdisant l’affiliation à l’Internationale.

 

 3 mai :

Départ du premier convoi de déportés pour la Nouvelle-Calédonie.

 

 29 septembre :

Arrivée à Nouméa (Nouvelle-Calédonie) du 1 er convoi de déportés.

 

 

1875

 

 30 janvier :

L’amendement Wallon, voté à une voix de majorité permet l’instauration de la République.

 

 

1876

 

 Février et mars : Les élections donnent une forte majorité aux républicains à l’Assemblée nationale.

 

 

1879 et 1880 

l’amnistie et le début de la célébration

 

 

 3 mars 1879 :

Vote d’une loi d’amnistie partielle.

 

 23 mai 1880 :

1re commémoration de la Commune au mur des fédérés.

 

11 juillet 1880 :

Vote de la loi d’amnistie pleine et entière.

 

 

 

 

 

Deux lettres à l'Association Internationale des Travailleurs

Luxembourg, le 13 août 1871

Citoyen Hins ,

Voilà bientôt quinze jours que j'ai reçu votre lettre et pendant ce laps de temps j'ai fait mon possible pour me conformer aux instructions que vous me donnez, afin de parvenir à grouper en un tout compact les sociétés ouvrières de cette ville, maintenant isolées et impuissantes, pour les affilier à la grande confrérie internationale. Mais je dois vous dire que cette tâche que j'ai d'abord cru aisée, est plus difficile que je me l'étais imaginé. S'il ne s'agissait que de nous compositeurs-typographes et des gantiers, cela irait vite ; mais les autres métiers ne sont pas si faciles à travailler. D'abord parce qu'ici chaque métier se tient, ne se fréquente pour ainsi dire qu'entre soi. Moi, personnellement, je ne connais que mes collègues et quelques gantiers ; quand j'aborde un menuisier, un serrurier ou autre, eh bien ! on se défie, on ne me croit pas ; mais avec le temps, j'espère que cela se fera pourtant. Nous irons lentement, mais nous avancerons tout de même. La seconde chose, ce sont les patrons qui sont tout à fait opposés à ce que l'Internationale s'implante ici. Ainsi voilà le mien qui, depuis que je re�ois " La Liberté " me bat froid et a l'air de me dire : " Mon ami, une fois que je serai sûr, tu fileras ! ". Vous comprenez que nous devons dès lors aller avec la plus grande circonspection pour ne pas éveiller les craintes folles de ces bourgeois qui croient que l'Internationale est une société qui n'a d'autre but que de piller les coffres et brûler ou plutôt " pétroliser " leurs bicoques. Pour toutes ces raisons, je ne puis donc encore vous donner de grandes nouvelles de nos agissements. Aller trop vite en besogne serait tout compromettre. Aussitôt que nous formerons le noyau de propagande, c'est-à-dire quand nous serons parvenus à grouper quelques membres des autres métiers avec nous , je vous le ferai savoir et je compte sur votre obligeance pour nous faire parvenir un modèle de règlement sur lequel nous pourrons nous confirmer. En attendant " La Liberté " circule d'atelier en atelier et sa lecture préparera également le terrain. J'espère que mes prochaines nouvelles seront meilleures.

Salut cordial.

Schwartz

PS. Je vous prie d'envoyer "La Liberté", non pas à notre atelier, mais chez M. Heuardt, rue Beaumont.

Luxembourg, le 23 septembre 1871

Monsieur Hins,

Il y a longtemps déjà que j'avais voulu avoir des renseignements sur la manière de créer une société embrassant tous les ouvriers du Grand-Duché en général, sans y parvenir. Grâce à Moriamé , un Arlonnais comme Schwartz et moi, nous sommes parvenus à connaître votre adresse et votre influence dans l'Internationale, le spectre rouge et le cauchemar des maltôtiers et exploiteurs bourgeois. Aussi dès réception de votre lettre à Schwartz, nous nous sommes mis à l'�uvre pour réunir en un faisceau les ouvriers qui, isolés, sont si faciles à exploiter. Comme le nom de l'Internationale est odieux au clergé qui a une si néfaste influence dans notre petit pays, nous avons pris le titre de " Luxemburger Allgemeiner Arbeiterverein " (Société des ouvriers luxembourgeois réunis) . Et sous le couvert de mutualité, nous continuerons jusqu'à ce que nous ayons les fonds nécessaires pour nous affilier avec la grande et sublime " Internationale ". Les gantiers, les chamoiseurs, les mégissiers, les typographes, et beaucoup de travailleurs d'autres métiers se sont empressés de répondre à notre appel. La première réunion, tenue le 17 septembre dernier, nous a apporté à peu près trois cents signatures. Malheureusement, nous ne sommes pas encore constitués que déjà le journal catholique le " Wort " nous fait une guerre acharnée. Il reproduit, en l'accompagnant d'invectives et de menaces, la circulaire que nous avons adressée aux ouvriers, mais malgré cela, vous voyez que notre première réunion a parfaitement réussi. Je vous prie de m'envoyer les Statuts de la Société, pour que nous puissions les traduire en allemand, l'ouvrier luxembourgeois, à de rares expressions, ne parle pas le fran�ais, et à en faire les changements nécessaires à la réussite. En suite veuillez adresser le journal " La Liberté " à moi, car Schwartz va partir. " L'Avenir " cessant de paraître vers le 1er octobre pour faire place au " Progrès ", journal plus petit, huit de nos compositeurs partent pour Paris. Je regrette beaucoup ce départ, parce qu'il nous prive de gar�ons très intelligents qui nous eussent été d'un grand concours. Je vous tiendrai au courant des progrès que nous ferons, et je vous enverrai de temps en temps quelques réflexions et inspirations que vous arrangerez de manière qu'elles puissent paraître dans " La Liberté ", je ne suis pas compétent en matière de rédaction. Si nous avions un homme indépendant et assez posé pour la présidence de notre société ! Jusqu'ici nous n'en avons pas, mais nous espérons en trouver un. Si j'avais trente ans au lieu de vingt-six, je n'hésiterais pas à la diriger ; mais il faut aux Luxembourgeois un homme posé, ils n'ont pas confiance en la jeunesse. J'ai l'honneur d'être votre frère et un chaud partisan de l'Internationale.

N. Schneider , correcteur au journal " L'Avenir "

PS : Schwartz regrette de ne pouvoir venir vous parler, dans tous les cas, il vous écrira. Ne m'écrivez pas à l'Imprimerie, mais rue du Rost à Luxembourg