FRANCAIS

 


LES EVENEMENTS TRAGIQUES DU CHILI, LEÇON POUR TOUS LES REVOLUTIONNAIRES DU MONDE

 

Article publié dans le «Zëri i popullit»

 

2 octobre 1973



Au Chili, la tempête contre-révolutionnaire continue à se déchaîner contre les masses travailleuses, les patriotes et les combattants. Les forces de droite qui se sont emparées du pouvoir à la suite du coup d'Etat du 11 septembre ont instauré une terreur qui aurait fait envie aux hitlériens eux-mêmes. Les exécutions sommaires sous le moindre prétexte sont à l'ordre du jour. Les stades ont été transformés en camps de concentration. Sur les places publiques on se livre, comme le faisaient autrefois les hitlériens, à des autodafés d'ouvrages marxistes et les cultures progressistes sont foulées aux pieds. Les partis, les syndicats et les organisations démocratiques ont été mis hors la loi, et un obscurantisme moyenâgeux s'est abattu sur le pays. Les forces les plus noires, les ultraréactionnaires fanatiques et les agents de l'impérialisme américain occupent l'avant-scène politique. Les libertés démocratiques que le peuple avait conquises au prix de sa lutte et de son sang ont été abolies en un jour.

Les événements du Chili concernent non seulement le peuple chilien mais encore toutes les forces révolutionnaires, progressistes et éprises de paix dans le monde. Ce ne sont donc pas seulement les révolutionnaires et les travailleurs du Chili qui doivent tirer des conclusions de ces événements, mais aussi ceux des autres pays. Nous n'entendons pas, bien sûr, analyser des détails, des moments ou des faits particuliers, essentiellement nationaux, de la révolution chilienne, des lacunes et des erreurs qui restent dans le cadre intérieur de cette révolution. Nous avons à l'esprit seulement les lois générales auxquelles aucune révolution ne peut se dérober, que toute révolution doit nécessairement appliquer. Il s'agit de considérer, à la lumière des événements du Chili, les diverses conceptions relatives aux questions de la théorie et de la pratique de la révolution, pour définir lesquelles sont justes et lesquelles sont fausses, pour déterminer les thèses révolutionnaires et les thèses opportunistes, et préciser enfin

quels sont les attitudes et les actes qui concourent à la révolution et ceux qui favorisent à la contrerévolution.

En premier lieu, il convient de dire que la période durant laquelle le gouvernement Allende a été au pouvoir ne sera pas facile à effacer de la vie du peuple chilien et de toute l'histoire de l'Amérique latine. Se faisant l'interprète des revendications et des aspirations des plus larges masses populaires, le gouvernement d'Unité populaire adopta une série de mesures et introduisit un ensemble de réformes qui visaient à renforcer la liberté et l'indépendance nationale, le développement indépendant de l'économie du pays.

Ce gouvernement porta un rude coup à l'oligarchie intérieure et aux monopoles américains qui occupaient les postes-clés et faisaient la loi dans le pays. Cette ligne progressiste et anti-impérialiste avait pour inspirateur le président Allende, une des plus nobles figures qui ait vu le jour en Amérique latine, éminent patriote et combattant démocrate. Sous sa direction, le peuple chilien lutta pour la réforme agraire, pour la nationalisation des sociétés étrangères et pour la démocratisation de la vie du pays, il lutta pour soustraire le Chili à l'influence américaine. Allende a vigoureusement soutenu les mouvements de libération anti-impérialistes en Amérique latine et il a fait de son pays un asile pour tous les combattants de la liberté persécutés par les gorilles et les juntes militaires de l'Amérique latine. Il a soutenu sans réserve les mouvements de libération et anti-impérialistes des peuples et a été solidaire jusqu'au bout avec la lutte des peuples vietnamien, cambodgien, palestinien, etc.

Les grands propriétaires terriens chiliens qui voyaient leurs domaines distribués aux paysans pauvres pouvaient-ils lui pardonner cette politique et cette action ? Les fabricants de Santiago qui furent chassés de leurs usines quand elles furent nationalisées pouvaient-ils supporter cela ? Ou encore les sociétés américaines qui avaient perdu la haute main qu'elles avaient eue sur l'économie chilienne pouvaient-elles se résigner à un tel état de choses ? Un jour ou l'autre, c'était certain, ces forces devaient s'unir pour renverser le régime établi et recouvrer leurs privilèges perdus. Mais ici on en vient naturellement à se demander : Est-ce qu'Allende avait conscience de l'atmosphère qui l'entourait : se doutait-il des complots qu'on tramait contre lui ? Certainement. La réaction agissait au grand jour. Elle faisait abattre des ministres, des fonctionnaires des partis gouvernementaux et de simples employés. A son instigation et sous sa direction, furent organisées les grèves contre-révolutionnaires des

camionneurs, des commerçants, des médecins et des autres couches petites-bourgeoises. A la fin. Elle éprouva ses forces avec le coup d'Etat militaire manqué de juin dernier. C'est alors que furent découverts certains plans de la CIA pour renverser le gouvernement légal.

Ces attaques de la réaction intérieure et extérieure auraient dû suffire à donner l'alarme et à faire réfléchir. Elles auraient dû suffire pour faire appliquer la grande loi de toute révolution, à savoir qu'à la violence contre-révolutionnaire il faut opposer la violence révolutionnaire. Le président Allende ne fit rien, il ne bougea pas. Bien sûr, on ne peut pas lui reprocher d'avoir manqué d'idéal. Il était attaché de toute son âme à la cause pour laquelle il luttait, et il croyait jusqu'au bout à la justesse de cette cause.

Le courage ne lui faisait pas défaut et il était décidé, comme il l'a démontré, au sacrifice suprême.

Mais sa tragédie consiste dans le fait qu'il croyait pouvoir, par la raison, convaincre les forces réactionnaires de renoncer à leur activité et d'abandonner de bon gré leurs positions et leurs privilèges d'autrefois.

Au Chili, on croyait que les anciennes traditions plus ou moins démocratiques, le parlement, l'activité légale des partis politiques, l'existence d'une presse libre étaient autant d'obstacles insurmontables pour toute force réactionnaire qui aurait essayé de prendre le pouvoir par la violence. Or, la réalité a démontré le contraire. Le coup d'Etat des forces de droite a prouvé que la bourgeoisie tolère certaines libertés dans la mesure où ses intérêts essentiels ne sont pas atteints, mais, dès qu'elle constate que ces

intérêts sont en danger, elle abandonne toute considération morale.


Les forces révolutionnaires et progressistes au Chili, ont, pour le moment, essuyé un échec. Cela est grave, mais temporaire. On peut renverser un gouvernement constitutionnel, on peut tuer les gens par milliers et créer des dizaines de camps de concentration, mais on ne peut ni tuer ni emprisonner l'esprit de liberté, l'esprit de révolte du peuple. Le peuple résiste, ce qui prouve que les masses travailleuses ne se résignent pas à la défaite, qu'elles entendent tirer des conclusions de cet échec et aller de l'avant dans la voie révolutionnaire. La lutte de libération contre la réaction et l'impérialisme a ses détours, ses hauts et ses bas. Nul doute que le peuple chilien, qui a fait preuve en tant d'occasions d'un patriotisme élevé, qui est si attaché à la liberté et à la justice, qui hait à un si haut point l'impérialisme et la réaction, saura mobiliser ses forces, se battre à couteaux tirés contre l'ennemi et remporter la victoire finale.

Mais ce qui, pour les Chiliens, est un grand malheur, mais un malheur provisoire, constitue, pour les révisionnistes, une défaite sur toute la ligne, un retentissant échec de leurs théories opportunistes. Les révisionnistes, depuis ceux de Moscou jusqu'aux italiens, français et autres, citaient l'«expérience chilienne» comme un exemple concret de leurs «nouvelles théories» sur «la voie pacifique de la révolution», sur le passage au socialisme sous la direction de plusieurs partis, sur l'adoucissement de la nature de l'impérialisme, sur l'extinction de la lutte de classes dans les conditions de la coexistence pacifique, etc. La presse révisionniste spéculait beaucoup sur «la voie chilienne», comme une illustration des thèses opportunistes du XXe Congrès du PCUS et des programmes réformistes et utopistes du type togliattien.

Dans l'«expérience chilienne» les révisionnistes voyaient aussi bien une démonstration de leurs «théories» sur «la voie parlementaire» que l'exemple «classique» de l'édification du socialisme sous la direction d'une coalition de partis marxistes et bourgeois. Ils s'attendaient à voir prouver qu'on pouvait passer au socialisme par des élections parlementaires et sans révolution, qu'on pouvait édifier le socialisme non seulement sans briser l'ancien appareil d'Etat bourgeois, mais encore avec l'aide de celui-ci, non seulement sans instaurer un pouvoir révolutionnaire populaire, mais même en le niant.

Les théories des révisionnistes soviétiques en premier lieu, et aussi des révisionnistes italiens, français et de leurs tenants, sur «la coexistence pacifique» et «la voie pacifique parlementaire», sont responsables dans une grande mesure de la propagation d'illusions pacifiques et d'attitudes opportunistes envers la bourgeoisie, et de l'abandon de la lutte révolutionnaire.

Dans tous les documents-programmes des partis révisionnistes d'Occident, adoptés après le Xxe Congrès du PCUS, la primauté absolue est accordée à «la voie parlementaire» du passage du capitalisme au socialisme. La voie non pacifique est complètement exclue. De ce fait, pratiquement, ces partis ont définitivement renoncé à la lutte révolutionnaire et ils s'appliquent à faire mettre en oeuvre des réformes anodines d'un caractère économique ou administratif restreint. Ces partis se sont transformés en partis de l'opposition bourgeoise et ils se sont portés candidats pour assurer la gestion des richesses de la bourgeoisie comme l'ont fait jusqu'à présent les anciens partis sociaux-démocrates.

Le Parti communiste du Chili, une des forces motrices du gouvernement d'Allende, était un chaud partisan des thèses khrouchtchéviennes sur «le passage pacifique» aussi bien dans la théorie que dans la pratique. Suivant à la baguette les instructions de Moscou, il prétendait que la bourgeoisie nationale aussi bien que l'impérialisme sont devenus plus modérés, tolérants, raisonnables, et que, dans les nouvelles conditions de classe créées soi-disant par l'évolution mondiale actuelle, ils ne sont plus en

mesure de passer à la contre-révolution.

Or, comme le cas du Chili l'a démontré une fois encore, ces théories, et d'autres qui s'y apparentent, ont pour effet dé rendre les masses travailleuses indécises, de les désorienter, d'affaiblir leur esprit révolutionnaire, de les démobiliser face aux menaces de la bourgeoisie, de paralyser leur capacité d'entreprendre des actions révolutionnaires décisives contre les plans et les actions contrerévolutionnaires de la bourgeoisie.


Comme les véritables partis marxistes-léninistes l'avaient prévu et comme le temps l'a démontré, les révisionnistes étaient contre la révolution et ils visaient à convertir le pays, comme ils ont fait de l'Union soviétique, en un pays capitaliste, à le transformer de base de la révolution en base de la contre-révolution. Depuis très longtemps ils travaillaient à semer la confusion dans les rangs des révolutionnaires et à torpiller la révolution. Partout et dans tous les cas, ils ont agi en sapeurs-pompiers

des grandes batailles révolutionnaires et de la flambée des luttes de libération nationale. Par démagogie, les révisionnistes prétendent être pour la révolution, mais par leurs vues et par leurs actes, ils cherchent à l'étouffer dans l'oeuf, ou à la saboter quand elle éclate. En s'écartant du marxismeléninisme, en abandonnant les intérêts de classe du prolétariat, en trahissant la cause de la libération nationale des peuples, les révisionnistes ont été conduits à une négation complète de la révolution. Ils ont réduit la théorie et la pratique de la révolution à quelques revendications réformistes qui peuvent être réalisées dans le cadre de l'existence du régime capitaliste et sans toucher à ses fondements. Les révisionnistes cherchent à démontrer qu'il n'existe pas maintenant de ligne de démarcation entre la révolution et les réformes, que dans les conditions présentes de l'évolution mondiale les bouleversements révolutionnaires sont inutiles étant donné que l'actuelle révolution technique et scientifique supprime soi-disant les contradictions sociales de classe de la société bourgeoise et constitue un moyen d'intégration du capitalisme dans le socialisme, un moyen de créer une «nouvelle société» où le bien-être sera assuré à tous. Suivant cette logique déroutante, on ne peut donc plus parler d'exploiteurs et d'exploités, la révolution sociale ne sert à rien et, aussi bien, il est inutile de briser l'appareil d'Etat bourgeois et d'instaurer la dictature du prolétariat.

Sous le couvert du léninisme et de son développement créateur, les révisionnistes se sont fixé pour objectif de dominer le monde en se transformant en social-impérialistes. Ils ont commencé par la «coexistence pacifique», par la «compétition pacifique», par le «monde sans armes et sans guerres», par la «voie parlementaire», khrouchtchévienne, etc., et ils ont fini par instaurer le capitalisme en Union soviétique et faire dégénérer le socialisme en social-impérialisme.

C'est pour cela qu'ils étaient contre la révolution et la lutte libératrice des peuples, contre les partis communistes qui sont restés fidèles au marxisme-léninisme et l'ont défendu. Pour atteindre cet objectif, en particulier pour étouffer les luttes de libération et les mouvements révolutionnaires, les révisionnistes ont fondé toute leur «théorie» sur la «voie pacifique». En révisant le marxisme sur la question fondamentale qu'en constitue la théorie de la révolution, et en prônant leurs thèses opportunistes, ils s'efforçaient de convaincre les travailleurs de renoncer à la lutte révolutionnaire de classe, de se soumettre à la bourgeoisie et d'accepter l'esclavage capitaliste.

D'autre part, la «coexistence pacifique» proclamée par les dirigeants soviétiques comme ligne principale de leur politique étrangère, ligne qu'ils ont cherché à imposer à tout le mouvement communiste et de libération nationale dans le monde, n'était qu'un plan stratégique pour aboutir à une large entente avec l'impérialisme dans le but d'étouffer les mouvements révolutionnaires et les luttes de libération, de préserver et d'étendre leurs sphères d'influence respectives. Les révisionnistes voulaient utiliser, comme ils l'ont fait, cette sorte de «coexistence», qui convenait parfaitement à l'impérialisme et à la bourgeoisie, comme une grande manoeuvre de diversion pour désarmer idéologiquement et politiquement les masses, mettre en sommeil leur vigilance révolutionnaire, les démobiliser et les laisser sans défense face aux futures attaques des impérialistes et des social-impérialistes.

Les révisionnistes soviétiques et les autres révisionnistes qui ont réussi à usurper le pouvoir, ont sapé le parti en le dépouillant de la théorie révolutionnaire, ils ont rejeté et foulé aux pieds toutes les normes léninistes», ils ont frayé la voie au libéralisme et à la dégénérescence. Propageant leurs thèses antimarxistes suivant lesquelles «le capitalisme s'intègre dans le socialisme», que «des partis non prolétariens peuvent devenir les porteurs des idéaux du socialisme et les dirigeants de la lutte pour le socialisme», et que «des pays où la bourgeoisie nationale est au pouvoir peuvent également marcher vers le socialisme», les révisionnistes ont cherché non seulement à nier la théorie sur le parti d'avantgarde de la classe ouvrière, mais ils ont voulu priver celle-ci de direction face aux attaques organisées de la bourgeoisie et de la réaction.


L'histoire a démontré — et les événements du Chili, où il ne s'agissait pas encore de socialisme mais d'un régime démocratique, l'ont clairement prouvé à nouveau — que l'instauration du socialisme par la voie parlementaire est absolument impossible. Il convient de souligner en premier lieu que jusqu'à présent on n'a jamais vu la bourgeoisie permettre aux communistes d'acquérir la majorité au parlement et de former un gouvernement. Et même s'il est arrivé, dans un cas particulier, que les communistes et leurs alliés aient réussi à s'assurer un équilibre en leur faveur au parlement et à entrer dans le gouvernement, cela n'a jamais changé le caractère bourgeois ni du parlement ni du gouvernement, et leurs actions ne sont jamais allées jusqu'à briser l'ancien appareil d'Etat bourgeois pour le remplacer par un nouveau. Dans les conditions où l'appareil bureaucratique est entre les mains de la bourgeoisie, la constitution d'une «majorité parlementaire» qui soit décidée à changer les destinées du pays, est impossible et, si l'on admet même cette éventualité, il s'ensuivrait une situation incertaine. Le pouvoir politique, économique et les forces armées forment le corps principal de l'appareil d'Etat de la bourgeoisie. Or, tant que ces forces resteront intactes, ou plutôt tant qu'elles ne seront pas dissoutes et remplacées par de nouvelles forces, tant que le vieil appareil de la police et des services secrets sera maintenu, l'existence d'un parlement ou d'un gouvernement démocratiques sera toujours en danger.

Non seulement l'exemple du Chili, mais encore ceux de beaucoup d'autres pays, ont prouvé que les coups d'Etat contre-révolutionnaires ont été précisément organisés par les forces armées commandées par la bourgeoisie.

Les révisionnistes khrouchtchéviens ont embrouillé à dessein les thèses si claires et précises de Lénine sur la participation des communistes au parlement bourgeois et sur la prise du pouvoir des mains de la bourgeoisie, et ils ont créé une grande confusion à ce sujet. On sait que dans certains cas déterminés, Lénine admettait la participation des communistes au parlement bourgeois. Mais il ne voyait dans cette participation qu'une occasion de s'assurer une tribune pour défendre les intérêts de la classe ouvrière, pour dénoncer la bourgeoisie et son pouvoir et les obliger à adopter quelques mesures en faveur des travailleurs. Toutefois, Lénine indiquait qu'il fallait, tout en luttant pour utiliser le parlement dans l'intérêt de la classe ouvrière, se garder des illusions parlementaires et de la fausseté du parlementarisme bourgeois.


«Le Parti du prolétariat révolutionnaire, indiquait Lénine, doit participer au parlementarisme bourgeois, instruire les masses grâce aux élections et à la lutte parlementaire des partis. Mais limiter la lutte des classes à la lutte parlementaire, ou bien considérer cette dernière comme la forme de lutte supérieure, décisive, à laquelle doivent être subordonnées toutes les autres, c'est passer en fait aux côtés de la bourgeoisie, contre le prolétariat». (V. Lénine, OEuvres, éd. alb., t. 30, pp. 304-305.)


Critiquant le «crétinisme parlementaire» des représentants de la IIe Internationale, qui avaient fait de leurs partis des partis électoraux, Lénine a montré clairement où mène le parlementarisme en idéologie, en politique et dans la pratique. Il indiquait que


«Celui-ci (l'Etat bourgeois, N.R.) ne peut céder la place à l'Etat prolétarien (la dictature du prolétariat) par voie d'«extinction», mais seulement, en règle générale, par la révolution violente». (V. Lénine, OEuvres, éd. alb., t. 25, p. 473.)


Il soulignait aussi que


«la nécessité d'inculquer systématiquement aux masses cette idée — et précisément celle-là — de la révolution violente, est à la base de toute la doctrine de Marx et d'Engels». (Ibid.)


S'en tenant encore à la «voie parlementaire», les révisionnistes modernes ne font que suivre aveuglément la ligne de Kautsky et de ses tenants. Or, plus ils s'engagent à fond dans ce chemin et plus ils se voient dénoncés, plus leurs défaites se multiplient. Toute l'histoire du mouvement communiste et ouvrier international a démontré que la révolution violente, le renversement de l'appareil d'Etat bourgeois et l'instauration de la dictature du prolétariat constituent la loi générale de la révolution prolétarienne.


«La marche en avant, c'est-à-dire vers le communisme, soulignait Lénine, se fait en passant par la dictature du prolétariat, et elle ne peut se faire autrement, car il n'est point d'autres classes ni d'autres moyens qui puissent briser la résistance des capitalistes exploiteurs.» (V. Lénine, OEuvres, éd. alb., t. 25, p. 548.)


A l'étape de l'impérialisme, à ses débuts comme à présent, le danger a existé et existe toujours qu'une dictature militaire fasciste s'instaure toutes les fois que les monopoles capitalistes estiment leurs intérêts menacés. De plus, il a été prouvé, en particulier depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu'à nos jours, que l'impérialisme américain, l'impérialisme britannique et consorts ont aidé les bourgeoisies de divers pays à écarter les gouvernements ou à écraser les forces révolutionnaires qui, d'une façon ou d'une autre, mettaient tant soit peu en péril les bases du système capitaliste.

Tant qu'existe l'impérialisme, existe aussi la possibilité de le voir intervenir dans les affaires intérieures des autres pays, tramer des complots contre-révolutionnaires, renverser des gouvernements légaux, liquider les forces démocratiques et progressistes et étouffer la révolution, car il dispose pour cela d'une base et que sa politique demeure inchangée.

C'est l'impérialisme américain qui a maintenu et maintient au pouvoir les régimes fascistes en Espagne et au Portugal, c'est lui qui encourage la résurgence du fascisme allemand et du militarisme japonais, c'est lui qui soutient les régimes racistes de l'Afrique du Sud et de la Rhodésie et maintient dans son pays la discrimination à l'égard des Noirs, qui soutient les régimes réactionnaires de la Corée du Sud et des fantoches de Saïgon et de Pnom Penh, qui encourage l'agression sioniste et aide Israël à garder les

territoires arabes occupés. C'est des Etats-Unis que sont partis et partent tous les vents déchaînés de l'anticommunisme, de l'oppression nationale et de l'exploitation capitaliste. Dans tous les pays d'Amérique latine, à de rares exceptions près, l'impérialisme américain a porté au pouvoir des régimes fascistes tyranniques, qui oppriment et exploitent le peuple impitoyablement. Sur ce continent, toutes les armes avec lesquelles on tire sur les manifestants, on tue les ouvriers et les paysans, sont de

fabrication américaine et ont été livrées par les Américains.

Le coup d'Etat fasciste au Chili n'est pas seulement l'oeuvre de la réaction intérieure, c'est aussi celle de l'impérialisme. Pendant les trois années où le président Allende a été au pouvoir, les forces chiliennes de droite, encouragées, organisées et poussées par les Etats-Unis, n'ont cessé d'intensifier leur action contre-révolutionnaire. La réaction chilienne et les monopoles américains se sont vengés du président Allende et de sa politique progressiste et anti-impérialiste. L'action de sape des partis de droite et de toutes les forces réactionnaires, leurs actes de violence et de terreur étaient parfaitement synchronisés avec les pressions exercées du dehors par les monopoles américains, avec le blocus économique et la lutte politique du gouvernement américain contre le Chili. Derrière la junte militaire se tenait la CIA, la main criminelle qui a fomenté tant de coups d'Etat en Amérique latine, en Indonésie, Iran, etc. Les événements du Chili ont montré une fois de plus le véritable visage de l'impérialisme américain. Ils ont démontré à nouveau qu'il demeure un farouche ennemi des peuples, l'ennemi féroce de la justice et du progrès, des luttes pour la liberté et l'indépendance, l'ennemi de la révolution et du socialisme. Mais la contre-révolution au Chili n'est pas seulement l'oeuvre des forces réactionnaires déclarées et des impérialistes américains. Le gouvernement Allende a également été saboté et combattu avec la plus grande âpreté par les démocrates chrétiens et les autres courants de la bourgeoisie, dits radicaux démocratiques, qui sont autant de forces semblables à celles avec lesquelles les partis communistes d'Italie et de France prétendent avancer vers le socialisme au moyen de réformes et suivant la voie pacifique parlementaire. Le parti de Frey n'a pas seulement une «responsabilité morale» comme on voudrait le faire croire pour avoir refusé de négocier et de collaborer avec le gouvernement Allende ou pour avoir manqué de loyalisme envers le gouvernement légal. Il est responsable d'avoir saboté par

tous les moyens l'activité normale du gouvernement, de s'être associé aux forces de droite pour torpiller l'économie nationalisée et semer la confusion dans le pays, et de s'être livré à mille actes de subversion. Ce parti a lutté pour créer une atmosphère politique et un état d'esprit avant-courriers de la contre-révolution.


Les révisionnistes soviétiques sont eux aussi impliqués dans les événements du Chili. Une infinité de fils rattachent les dirigeants soviétiques aux complots et aux intrigues de l'impérialisme américain. Ils n'ont pas voulu aider le gouvernement Allende lorsqu'il était au pouvoir de crainte de se heurter à l'impérialisme américain et de se brouiller avec lui. Ce n'est pas seulement à l'occasion des récents événements que l'on a vu les révisionnistes khrouchtchéviens adopter ces attitudes envers ce pays et sur la théorie de la révolution. Ils les avaient déjà adoptées lors des événements tragiques réitérés en Iran. Lorsque la réaction intérieure de ce pays tua ou jeta en prison des centaines et des milliers de communistes et de révolutionnaires progressistes, les révisionnistes soviétiques ne prirent pas la peine de remuer le petit doigt et encore moins de rompre les relations diplomatiques avec elle. Il en a été de même lors des événements dramatiques d'Indonésie où furent massacrés quelque 500 000 personnes, communistes et progressistes. Là aussi, les révisionnistes soviétiques se sont abstenus de faire le moindre geste et ils se sont bien gardés de retirer leur ambassade de Djakarta. [Les révisionnistes soviétiques chassèrent de leur pays le correspondant de «Harjan Rakjat», organe du PCI, et reçurent chaleureusement AdamMalik, alors ministre des Affaires étrangères du régime fasciste indonésien. Ils continuèrent par ailleurs de fournir des armes soviétiques à l'Indonésie.] Ces attitudes des révisionnistes soviétiques ne sont pas fortuites. Elles témoignent de leur collusion camouflée avec les impérialistes américains, collusion qui vise au sabotage des mouvements révolutionnaires et à l'extinction des luttes de libération des peuples.

Elles jettent également de la lumière sur le caractère démagogique de la rupture tapageuse, par l'Union soviétique, des relations diplomatiques avec le Chili. Voilà la réalité. Et les propos des révisionnistes sur leur prétendue solidarité avec le peuple chilien et tous les autres slogans démagogiques ne sont que des masques pour mystifier l'opinion publique et cacher leur trahison vis-à-vis de la révolution et des mouvements de libération des peuples.

Si le gouvernement soviétique a rompu les relations diplomatiques avec le Chili, c'est pour faire croire qu'il est du côté des victimes de la réaction, du côté de ceux qui luttent pour la liberté et l'indépendance, et que les révisionnistes défendent les régimes progressistes. Les révisionnistes soviétiques soutiennent certains régimes progressistes tant que ceux-ci servent leurs intérêts impérialistes, sans plus. De surcroît, ils n'ont pas honte de maintenir des relations diplomatiques régulières avec un régime aussi discrédité et failli que celui de Lon Nol, alors qu'ils ne disent pas un mot de la grande lutte de libération que mène le peuple cambodgien.

Les événements du Chili ont fait ressortir une fois encore toute la terrible tragédie que vivent les peuples de l'Amérique latine. Ils ont également mis en évidence les défauts, les lacunes et les faiblesses de la révolution dans ce continent, les voies difficiles et très pénibles qu'elle parcourt. Ils ne constituent pas une leçon seulement pour les révolutionnaires de l'Amérique latine. Tous les révolutionnaires dans le monde, tous ceux qui luttent pour la libération nationale et sociale, contre l'intervention et la violence de l'impérialisme, pour la démocratie et le progrès de l'humanité, doivent en tirer des enseignements. Et cela concerne tout aussi bien les révolutionnaires de l'Union soviétique,

qui doivent se dresser pour mettre à bas les gouvernants révisionnistes et, avec le révisionnisme, toutes les théories opportunistes et anti-léninistes. Les révolutionnaires d'Italie, de France et des autres pays capitalistes évolués doivent eux aussi tirer des leçons des événements du Chili. Ils doivent combattre le révisionnisme avec détermination et rejeter les théories réactionnaires sur les «voies parlementaires pacifiques» propagées par les togliattiens et les autres révisionnistes.

Nous sommes convaincus que les événements du Chili, l'attaque fasciste de la réaction contre les victoires démocratiques du peuple chilien, l'intervention brutale de l'impérialisme américain et son appui à la junte militaire inciteront tous les peuples du monde à aiguiser leur vigilance et à rejeter fermement les slogans démagogiques des impérialistes-révisionnistes et des opportunistes de tout acabit, à mobiliser leurs forces pour défendre courageusement leur liberté et leur indépendance nationale, la paix et la sécurité.


 

 

 

 

     

 

 

 

 

 

 

Enver Hoxha

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