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ENVER HOXHA
POURQUOI LES REVISIONNISTES SOVIETIQUES CRAIGNENT-ILS QUE
L'AFFAIRE TCHECOSLOVAQUE
NE SOIT EVOQUEE A LA CONFERENCE DE MOSCOU?
Article publié dans le «Zëri i popullit»
14 juin 1969
Bien avant que la conférence des partis révisionnistes à Moscou ne commence ses travaux, on savait que les chefs du Kremlin allaient suivre la tactique du silence quant à l'agression fasciste qu'ils ont perpétrée en août dernier contre la Tchécoslovaquie. On était au courant des pressions brutales qu'ils exerçaient sur leurs partenaires révisionnistes pour que ceux-ci ne parlent pas de cet acte; qu'ils ne fassent même pas allusion .à l'un des actes de banditisme international les plus vils, qui ébranla profondément la conscience des peuples et ,indigna à l'extrême les véritables internationalistes dans le monde. Ils auraient voulu que l'on passe en douceur sur l'«affaire tchécoslovaque», comme s'il s'a gissait là d'un événement fortuit, d'un simple épisode dans les relations entre «pays frères» et «partis frères», d'un événement sans conséquence.
Le fait même que les révisionnistes soviétiques n'aient pu imaginer rien de mieux que cette lâche attitude, est la preuve la plus vivante et une reconnaissance indirecte de la décomposition des fondements qui soutenaient toute leur «argumentation» officielle sur le caractère «nécessaire» et «indispensable» de l'intervention en Tchécoslovaquie, sur l'«aide internationaliste» qu'ils ont soi-disant prêtée au peuple tchécoslovaque contre les «ennemis de classe», etc. En réalité la question se pose en termes nets et non ambigus, sous la forme d'une seule alternative: ou bien l'intervention a vraiment été «indispensable», une «aide» vraiment «fraternelle», partant, un acte positif, et, dans ce cas, ses auteurs peuvent se présenter le front haut et la conscience nette à la réunion et devant le monde entier, ou bien il s'est agi là d'une agression barbare contre un pays socialiste, d'une violation flagrante de sa souveraineté et de son indépendance, et, dans ce cas-là, les coupables doivent être confrontés avec leur acte abject, avec leur infamie mise au jour. En cherchant une feuille de vigne pour couvrir leur honte, les révisionnistes du Kremlin semblent avouer eux-mêmes qu'ils sont cloués au pilori.
Les dirigeants soviétiques auraient voulu donner à la conférence un spectacle pompeux de «solidarité prolétarienne», qui aurait eu précisément pour thème l'affaire tchécoslovaque, et transformer ainsi cette réunion en un festival d'hymnes panégyriques vantant les «mérites» de l'Etat «guide» et du parti «père». Ce n'est pas de gaieté de cœur qu'ils ont décidé de se replier sur eux-mêmes comme une bande de gangsters endurcis qui, leur crime commis, cherchent à en supprimer les traces.
Le fait est que l'aventure tchécoslovaque leur a coûté fort cher. L'opération de l'invasion a tourné, sur le plan politique, en une défaite catastrophique pour les agresseurs. La résistance du peuple tchécoslovaque a déjoué les plans des occupants: les listes, préparées d'avance, des membres pressentis du «gouvernement ouvrier révolutionnaire» leur ont été brûlées dans les mains. Bon gré, mal gré, ils se sont enfermés dans les salles du Kremlin et, avec leurs otages tchécoslovaques, y ont mis en scène, derrière un rideau de fer, la farce des discussions «sur un pied d'égalité». Au lieu de renverser l'équipe révisionniste Dubcek-Svoboda, comme elle avait déclaré vouloir le faire dès le premier jour de l'occupation, la clique Brejnev-Kossyguine a été obligée de battre en retraite et de se contenter. pour le moment, de la capitulation de l'équipe en place.
Une autre surprise, étroitement liée à la première, est le retentissement que les événements de Tchécoslovaquie ont eu dans les rangs des partis révisionnistes des autres pays. Ils ont été envahis d’un grand désarroi. et le front révisionniste a commencé à donner de dangereux signes de désintégration. Les slogans fallacieux de la «diversité des voie5 menant au socialisme». de la «libéralisation». de «l’humanisme», ont fait naître maintes illusions et engendre chez ces partis des tendances à s'affranchir de la tutelle du plus grand. Or le révisionnisme soviétique ne serait pas révisionnisme s'il renonçait à la lutte pour l'hégémonie. C'est d'ailleurs là un des traits les plus marquants du processus de sa transformation capitaliste. Les nouveaux patrons de Moscou ont clairement montré qu'ils sont décidés à résoudre, par la «dubinka» (1a trique), là où ils le peuvent, les contradictions qui les opposent à leurs partenaires.
Les révisionnistes soviétiques ont dû beaucoup peiner pour reconduire le troupeau au bercail. La conférence, qui aurait dû se tenir l'an dernier, a été ajournée et, à sa place, ont commencé les rencontres en tête-à-tête, les discussions en groupe, les échanges de vues dans les commissions préparatoires, qui ont abouti petit à petit à un accord de compromis pour ne pas rouvrir la plaie tchécoslovaque. Mais toute cette mise en scène risquait de s'écrouler si la «normalisation» en Tchécoslovaquie n'était pas assurée. La résistance opiniâtre de la classe ouvrière et de la jeunesse en Tchécoslovaquie, non seulement contre l'occupation étrangère, mais encore contre la capitulation du parti révisionniste tchécoslovaque, rendait pratiquement impossible la conclusion d'un accord hors de Tchécoslovaquie et aux dépens de ce pays.
Dans ces circonstances, le Kremlin décidait que Dubcek lui était désormais inutile. Celui-ci avait montré son incapacité de rétablir l'«ordre» dans le pays et d'appliquer jusqu'au bout la «normalisation» révisionniste-fasciste dans la période qui suivit le mois d'août. Attaché qu'il était à la barque ballottée sans répit par les vagues de la résistance populaire et la pression de l'occupant, il n'offrait aucune assurance quant à son attitude à la prochaine conférence de Moscou. Ainsi, un autre citron qu'on avait bien pressé fut jeté au panier et le choix de Brejnev s'arrêta sur Husak. Bien sûr, cela ne veut pas dire que pour les potentats du Kremlin Husak soit un homme sûr à cent pour cent, mais c'est l'homme de l'étape actuelle, l'homme qui a notamment assumé le rôle délicat de faire fonctionner la conjuration du silence à la conférence de Moscou. S'il est prêt à accomplir la tâche qui lui a été confiée, il peut être autorisé à goûter les «joies du pouvoir». Et plus tard? Pour plus tard également, les «pièces de rechange» sont prêtes.
Il est d'ores et déjà clair que la relève de la garde qui a eu lieu à Prague il y a deux mois s'inscrivait dans le cadre des mesures préparatoires de la conférence qui se tient à Moscou. Il est également clair que, sur la base du programme soviétique du déroulement des travaux de la conférence. le seul orateur autorisé à parler de l'«affaire tchécoslovaque» a été le nouveau chef du révisionnisme tchécoslovaque Husak. On comprend bien que ce «droit» était, dès le début, doublement conditionné ; d'une part, Husak ne devait parler que si se manifestait quelque cas d'indiscipline, et d'autre part, s'il était autorisé à parler, il le serait non pas pour exposer les soucis de son peuple victime de l'agression, mais pour épauler la tactique soviétique tendant à justifier l'agression.
Avant même l'ouverture de la conférence, les révisionnistes de Prague, s'agenouillant devant l'occupant, publièrent des résolutions et des déclarations où ils qualifiaient toute tentative d'évoquer l'affaire tchécoslovaque à la conférence d'«ingérence dans les affaires intérieures» de la Tchécoslovaquie.
De son côté, le quotidien soviétique, la «Pravda», sur un ton ouvertement menaçant, mettait en garde les délégués à la conférence contre toute «tentation d'accroître leur popularité dans leurs propres pays par des prises de position antisoviétiques». L'allusion à ceux qui avaient eu tendance à évoquer tant soit peu l'affaire tchécoslovaque était très claire.
La grande majorité des partis révisionnistes s'empressa de répondre à l'«appel», et leurs représentants à la conférence, à leur honte et à celle de la conférence elle-même, tout en débitant de longs discours contre le Parti communiste chinois, ont respecté la consigne et passé l'affaire tchécoslovaque sous silence. De-ci de-là on a bien entendu quelques rares «voix discordantes», mais c'étaient des voix éraillées et éteintes. C'est ainsi que les délégués australien; suisse, norvégien et quelque autre eurent le «courage» de dire que l'agression contre la Tchécoslovaquie avait été une «erreur». Les révisionnistes italiens, préoccupés qu'ils sont de donner des preuves d'autonomie dans le cadre de leur campagne en vue de s'intégrer dans le gouvernement bourgeois, ont exprimé une fois de plus leur prétendue «profonde désapprobation» de l'intervention en Tchécoslovaquie. Cela a suffi pour mettre en marche tout le mécanisme préparé d'avance. Selon certaines indications, il s'est déroulé ces jours-ci dans la coulisse, entre le délégué italien et le délégué tchécoslovaque, un conflit de procédure quant au droit d'intervenir en dernier. Bien sûr, les organisateurs soviétiques avaient également avisé à cela et, comme on pouvait s'y attendre, le conflit de procédure a été réglé en faveur de Husak.
Le discours de Husak à la conférence est un document qui donne une juste idée de l'abîme de trahison et de dégénérescence où peut mener le révisionnisme moderne. Ce laquais sans principe qui a fait une carrière foudroyante, passant de la prison au trône, accepte de servir ses patron~s du Kremlin.
«Ce qui nous surprend le plus, a déclaré le quisling tchécoslovaque, c'est le fait que certains partis frères, ici même, sur la base d'informations superficielles concernant nos affaires..., tirent à propos de l'affaire tchécoslovaque des conclusions hâtives qui vont à l'encontre de nos intérêts». Aussi, a-t-il poursuivi, «les autres doivent être plus patients et faire preuve de compréhension». Bref, ils doivent se taire et se rallier tous à la conspiration du silence.
Ainsi donc, selon la conception révisionniste des choses, les divisions, les tanks et les avions soviétiques sur le 'sol tchécoslovaque, n'existeraient que dans ces «informations superficielles». Les occupants ont mis le talon sur la gorge du peuple tchécoslovaque et ils ne font que ruiner le pays dans tous les domaines, le réduisant à l'état de simple colonie, tan dis que le quisling Husak déclare à grands cris à la conférence qu'il n'existe pas d'«affaire tchécoslovaque». Suivant cette même conception, il apparaît que certains partis ne doivent pas se hâter de tirer des «conclusions prématurées» sur les affaires de Tchécoslovaquie, tandis que certains autres doivent se dépêcher d'envoyer des troupes pour occuper militairement ce pays. «Ne vous mêlez pas de nos affaires intérieures, c'est une question qui ne regarde que nous» crie Husak, répétant les formules apprises par cœur. Mais comment peuton prendre au sérieux une telle affirmation lorsque, aux yeux de tout le monde, la Tchécoslovaquie est réduite au niveau d'un pays sans «affaires intérieures», que celles-ci relèvent des étrangers et que les révisionnistes soviétiques les manipulent selon leur bon vouloir? Qui ne sait que la clique Brejnev-Kossyguine est en état, dans les circonstances actuelles, de tirer les ficelles en Tchécoslovaquie suivant ses intérêts, de dissoudre le Parlement, de changer le gouvernement, d'organiser des sessions plénières du Parti et de publier déclarations et communiqués?
Donc, le discours de Husak n'est ni ne peut jamais être l'expression de la volonté de la classe ouvrière tchécoslovaque, des sentiments et des aspirations du peuple tchécoslovaque, de l'état d'esprit de la jeunesse tchécoslovaque, qui, tous, souffrent sous la botte de l'occupant étranger.
Husak a voulu rendre un autre service à ses patrons en évoquant la thèse infâme de la «souveraineté limitée». De la salade qu'il a faite il ressort en clair plus ou moins ceci : chaque pays socialiste jouit de la souveraineté intérieure; quant à ses relations avec l'étranger, en particulier lorsqu'il s'agit de défendre cette souveraineté, la notion de souveraineté est liée de façon indissoluble aux intérêts et à la politique d'hégémonie de la clique Brejnev-Kossyguine.
Pour argumenter de façon encore plus «convaincante» cette thèse antimarxistes et contre-révolutionnaire, les révisionnistes soviétiques ont poussé sur la scène, pour épauler Husak, une doublure: le chef de file tristement célèbre du révisionnisme hongrois, Janos Kadar. Le révisionniste fieffé Janos Kadar, qui, après être sorti de prison, s'est uni au fasciste Imre Nagy pour conduire avec lui la contre-révolution criminelle en Hongrie en 1956 et liquider le parti hongrois, devient maintenant 1°«idéologue» de la théorie brejnévienne de la «souveraineté limitée», de l'agression fasciste contre la Tchécoslovaquie. «Nous devons savoir, a-t-il déclaré, et l'expérience le prouve, que lorsqu'il est question des destinées d'un pays socialiste; alors tous les autres pays socialistes interviennent».
Et quels autres propos pouvait-on attendre d'un contre-révolutionnaire endurci qui a vendu, en même temps que le marxisme-léninisme, la souveraineté de son pays, où fleurit le capitalisme sous toutes ses couleurs, qui se maintient au pouvoir grâce aux baïonnettes des troupes d'occupation de ses patrons de Moscou et qui, tel un mercenaire de profession, a envoyé des troupes hongroises aider à dépouiller le peuple tchécoslovaque de sa liberté? On conçoit bien que, même pour les chefs du Kremlin, le quisling vétéran Kadar est le personnage le moins qualifié pour défendre leurs théories agressives, mais, comme on dit, «faute de grives on mange des merles».
Plus les jours passent, et plus il devient clair, même pour les participants à la conférence révisionniste de Moscou, que cette conférence, dans les plans de la clique Brejnev-Kossyguine qui l'a organisée, a pour mission de légaliser sa politique contre-révolutionnaire de complots et d'agressions, d'hégémonie dans le front révisionniste et de stratégie globale impérialiste-révisionniste.
Une conférence des partis marxistes-léninistes authentiques n'aurait pas manqué de mettre au banc des accusés Brejnev, Kossyguine et consorts pour les crimes qu'ils ont commis au détriment de la grande cause du communisme, pour la dégénérescence capitaliste de la vie politique, économique et sociale en Union soviétique, pour leur collusion avec l'impérialisme américain, pour leurs prises de position traîtresses sur les plus grands problèmes actuels : Vietnam, Moyen-orient, etc., pour leur politique hostile à l'égard de la R.P. d'Albanie. Une conférence vraiment communiste se serait transformée en un tribunal sévère de l'agression :soviétique contre la Tchécoslovaquie. Car, pour la conférence également, la question se pose sans termes voilés, sous la forme de l'alternative que nous avons énoncée plus haut: ou bien l'intervention en Tchécoslovaquie était une action méritoire et elle doit alors être soutenue et louée, ou bien au contraire c'était un crime et il est alors du devoir des communistes de la stigmatiser sévèrement comme un acte incompatible avec le marxisme-léninisme et avec une juste conception des relations entre partis communistes et entre Etats socialistes. Et la juste réponse à cette question s'obtient non pas en ajoutant foi à ce que dit Husak, qui n'est qu'un homme de paille sans scrupules, mais en écoutant le peuple tchécoslovaque qui souffre sous le joug étranger. Une véritable conférence communiste n'aurait jamais observé le silence sur un problème aussi sérieux, mais elle aurait flétri du sceau du crime et de la trahison la clique agressive et impérialiste du Kremlin.
En dépit des efforts de la clique révisionniste de Moscou, des conférences et des déclarations «internationales», la cause du peuple tchécoslovaque ne peut pas être enterrée. L'agression fasciste contre la Tchécoslovaquie se dresse comme un acte d'accusation vivant et écrasant contre la clique de Moscou et tous ceux qui sont à sa remorque. Aucune conspiration du silence ne peut faire échapper les agresseurs révisionnistes soviétiques à .la responsabilité qui leur incombe à l'égard du peuple tchécoslovaque, du marxisme-léninisme et de la classe ouvrière de tous les pays, des forces vives révolutionnaires qui traduisent les véritables aspirations et les véritables intérêts des peuples. En Tchécoslovaquie, les occupants soviétiques se sont assis sur le volcan de la colère et de la vengeance d'un peuple qui lutte pour ses droits fondamentaux. Ces droits, le peuple tchécoslovaque saura les conquérir par la voie révolutionnaire. Il a été opprimé par la force des armes, et, c'est par la force des armes qu'il se délivrera du joug odieux des occupants fascistes-révisionnistes et des traîtres au pays, et rétablira la dictature du prolétariat sous la direction de la classe ouvrière et de la véritable avant-garde marxiste-léniniste qui sortira de son sein dans le cours de la lutte.
FIN