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ENVER HOXHA



ON NE PEUT SURMONTER LES DIFFICULTES ET REMPORTER LA VICTOIRE

QU'AVEC UNE JUSTE LIGNE POLITIQUE ET UNE UNITE SOLIDE



Entretien avec une délégation du Mouvement de

Libération nationale de Palestine

«AI-Fatah»


(Extraits)


3 août 1970



Nous sommes très heureux, frères palestiniens, de vous a accueillir dans notre pays. Nous nous sommes beaucoup réjouis d'apprendre que votre délégation visiterait l'Albanie. La visite de nos amis palestiniens réjouira infiniment le peuple albanais, parce qu'il aime de tout cœur les peuples arabes et en particulier le peuple combattant palestinien. Je dis .bien en particulier le peuple palestinien, parce que votre sort est moins heureux que celui des autres peuples arabes, vos difficultés et vos souffrances sont innombrables, et elles continuent d'être plus lourdes que les leurs.

Les peuples arabes sont honnêtes, généreux et sincères et, comme nous ils montre l'histoire, ils ont mené de durs combats, ils se sont toujours battus héroïquement. Ce sont des révolutionnaires qui ont un passé e lutte armée.

Les peuples arabes possèdent non seulement des traditions de combat, mais aussi des traditions culturelles. S'initiant aux oeuvres de la culture antique d'autres pays, ils se sont engagés dans la voie du savoir et du progrès, puis ils ont apporté la contribution que l'on sait au développement de Ila culture mondiale. Grâce aux savants arabes, le monde a connu de nombreuses oeuvres philosophiques, littéraires et scientifiques de l'antiquité -grecque et romaine, les idées de Socrate, de Platon, d'Aristote, etc., traduites en arabe. Les peuples arabes ont donné le jour à de grands penseurs et philosophes, à des poètes renommés et à des historiens, des médecins et des savants éminents. Toutes ces grandes traditions guerrières et culturelles ont été transmises de génération en génération parmi vos peuples.

Mais comme les hommes, il est aussi des gouvernements et des Etats qui dégénèrent. Vous connaissez mieux que nous G'histoire de votre peuple, et vous savez sans aucun doute que l'empire arabe, dont les !possessions s'étendaient sur de très vastes territoires, depuis la frontière chinoise jusqu'en Espagne, a dégénéré du fait de la dégénérescence des chefs et des riches, alors que Ile peuple, lui, est toujours resté fort. Depuis ce temps-là, nombre de peuples arabes oint traversé de grandes difficultés, dues au fait que leurs terres, bien qu'en majeure partie propriété des riches, ont, en raison même des richesses qu'elles renfermaient, attiré les convoitises des ennemis perfides qui ont occupé petit à ;petit vos pays. Ainsi, les impérialistes ont réussi pendant très longtemps à asservir vos ;peuples. Mais malgré tout, grâce à leurs luttes, plusieurs pays arabes ont conquis leur liberté, bien qu'ils ne soient pas, et que vous surtout, frères palestiniens, ne soyez pas ,au bout de vos peines.

Nous comprenons fort bien votre situation difficile et nous sommes, du fond du cœur, entièrement avec vous. Nous .avons suivi et nous suivrons avec attention la lutte du peuple palestinien, nous l'appuierons de toutes nos forces, et nous considérons que nous nous battons à vos côtés. Nous vous le disons avec la plus grande sincérité et sans aucune intention malveillante. Nous ne disons jamais rien de nos amis derrière leur dos.

Vous êtes les représentants de l'organisation «Al-Fatah», dont nous connaissons en général l'orientation ,poli-tique. Bien que nous soyons des marxistes-léninistes, et que nos conceptions idéologiques soient différences ides vôtres, nous soutenons les orientations de votre organisation, car le programme de votre mouvement assigne comme tâche fondamentale la lutte armée jusqu'au bout pour la libération de la patrie et du peuple palestinien, aussi soyez sûrs que vous aurez toujours dans les marxistes-léninistes albanais des amis des plus sincères.

Nous disposons, comme vous, d'une certaine expérience acquise au cours de notre Lutte de libération nationale. Bien entendu, nous n'avons pas entraîné dès ils début toutes les masses dans la lutte. Au sein de notre peuple, il existait gomme partout ailleurs, des pauvres, des gens moyennement aisés et aussi des riches. Nous avons décidé d'encourager les couches populaires pauvres, de leur ouvrir des perspectives et de nous appuyer sur elles, parce qu'elles constituent la base de la victoire. En Albanie la terre était l'aspiration essentielle des masses pauvres de la paysannerie qui constituaient la majorité de la population. Dans nos conditions, celui qui possédait la terre. guidait aussi les destinées de la patrie, aussi avons-nous montré au peuple que la terre devait appartenir à celui qui la travaille et l'une des premières de nos taches après la victoire devait être de distribuer la terre aux paysans. Ceux-ci avaient lutté au cours des siècles pour la terre, mais ils n'avaient jamais pu réaliser leur rêve. C'est pour cette raison qu'au début, lorsque nous avons lancé le mot d'ordre «la terre à ceux qui la travaillent», les paysans avaient du mal à croire que !la terre serait à eux.

Nous avons perdu beaucoup de nos camarades dès le début de la lutte, mais leur sacrifice a fait naître petit à petit chez nos paysans la confiance et la certitude que la Lutte de libération nationale dirigée par les fils du peuple leur donnerait immanquablement la terre. C'est ainsi que les paysans se sont mis à s'unir à nous. J'estime que vous avez agi très judicieusement en considérant la question de la terre comme l'une ides plus importantes de votre programme de lutte. Du moment que vous vous êtes dressés et que vous luttez pour la libération de la patrie. vous devez aussi lutter fermement et inébranlablement pour mener jusqu'au bout cette grande question.

Chez nous il y avait aussi des riches, des nationalistes honnêtes qui étaient contre les occupants. Dans ces circonstances, il nous a fallu faire une distinction entre eux. Ceux qui possédaient une certaine fortune et étaient contre le fascisme, nous les avons invités à nous suivre. Au début, beaucoup d'entre eux étaient plutôt sceptiques et ne se sont pas unis immédiatement à nous, mais voyant leurs fils et leurs filles rejoindre nos rangs, ils se persuadèrent, se rallièrent à nous, au point que les maisons de certains d'entre eux devinrent des bases de notre mouvement. Et cela est si vrai que moi-même, le Secrétaire général du Parti, j'ai été ,parfois hébergé chez ces gens alors que les ennemis qui m'avaient condamné à mort me cherchaient dans tous les coins. Naturellement, sur nombre de problèmes nous ne pouvions avoir les mêmes vues qu'eux, qui étaient riches, mais une partie d'entre eux, étant animés de sentiments patriotiques et se rendant compte que les communistes albanais étaient des gens honnêtes, que leurs fils et leurs filles s'étaient ralliés à nous, regardaient nécessairement notre lutte avec sympathie.

Nous avons expliqué clairement aux nationalistes honnêtes, qui provenaient des couches riches de la population, les objectifs de notre lutte, nous leur avons fait comprendre qu'eux non plus ne pouvaient plus vivre avec les fascistes étrangers qui avaient occupé notre pays, qui visaient à l'asservir et l'asservissaient effectivement toujours plus. C'est avec les patriotes non organisés dans le parti, ceux des couches moyennes et pauvres, des divers courants antifascistes, des campagnes et des villes, que nous avons créé le Front de libération nationale. A cette organisation se rallièrent plus tard les nationalistes qui avaient été au début contre les communistes, mais qui, pour la plupart, grâce à un patient travail d'explication de notre part, sont devenus des combattants et nos alliés. Certains d'entre eux ont même été élus aux instances dirigeantes, et jusqu'au Conseil général antifasciste de libération nationale, où ils ont lutté et travaillé très honnêtement, devenant après la libération de solides soutiens de la Réforme .agraire et des autres transformations économiques et sociales du pays.

Mais il y eut aussi des nationalistes, comme un certain Abaz Kupi, qui étaient en fait des pseudo patriotes, et qui, lorsqu'il fut question d'agir concrètement, n'ont pas accepté de lutter contre les occupant:s. Nous avons alors adopté une ferme attitude à leur égard, nous leur avons dit que nous ne pouvions pas les considérer comme des alliés, tant qu'ils ne combattraient pas côte à côte avec le peuple et avec nous contre les occupants allemands. S'ils ne font pas fait, comme ils n'entendaient du reste nullement le faire, c'est parce qu'en réalité, ainsi qu'on l'a vu par la suite, ils entretenaient des liens avec les nazis allemands. Nous avons dénoncé jusqu'au bout toute attitude de leur part qui ne se conciliait pas avec notre ligne et notre lutte intransigeantes contre les occupants italiens et allemands, jusqu'au moment où ils ont finalement enlevé leur masque et se sont opposés au Front de libération nationale, au peuple, et se sont ralliés ouvertement aux occupants allemands.

Je ne sais s'Il existe un parti communiste chez vous, mais il peut y avoir des communistes dans la clandestinité, et ceux-ci doivent lutter côte à côte avec vous, parce que l'organisation d'«Al-Fatah» a un programme clair et bien défini, pénétré de l'idée de la lutte résolue pour la libération de la Palestine contre l'Etat sioniste d'Israël mis sur pied par l'impérialisme. Nous ne les connaissons pas, mais d'après ce que j'ai entendu dire, il y en a. Certains prétendent que ce sont des guévaristes. S'il en est ainsi, alors ce ne sont pas des marxistes. Vous tous devez vous efforcer de créer l'unité dans la lutte, de vous panser mutuellement vos plaies, car ce n'est que d ans l'unité de toutes les forces révolutionnaires et à travers la lutte armée que vous pouvez vous tirer de la grave et pénible situation dans laquelle vous êtes plongés du fait d'autrui.

Dans un discours d'un de vos dirigeants que j'ai lu récemment j'ai constaté que le programme de votre organisation «Al-Fatah» n'est ~pas dirigé contre le peuple israélien, ni contre la religion juive, parce que vous n'êtes pas -des racistes, bien au contraire vous êtes des hommes de progrès, mais vous ne pouvez, à juste titre d'ailleurs, admettre que dans votre pays le sionisme international crée un Etat comme celui d'Israël qui opprime le peuple palestinien. Sur cette question vous avez adopté une attitude tout à fait juste, aussi en marxistes nous y adhérons pleinement; s'il en était autrement, nous ne vous soutiendrions pas. Dans certains documents j'ai lu qu'il y a aussi des Palestiniens qui ont déclaré qu'ils extermineraient les juifs en tant que peuple. Cette conception n'est pas 'du tout juste. La vôtre, par conIl faut bien se dire que tous ne conçoivent pas de la même façon l'importance de l'unité et la voie à suivre ipour sa réalisation. Mais ~'unité ne peut être assurée si le mouvement n'a pas à sa tête une direction forte.

L'unité -dans les rangs de votre organis-ation et son unité ~avec le peup'le sont ,donc, à notre sens, les facteurs ~principaux nécessaires à l'obtention de la viotoire. Si vous assurez cette unité et préservez dans toute sa pureté la juste ligne politique et coinbattante, soyez sûrs -que vous rem~porterez toujours des suecès, sinon vous aurez ~à affronter beaucoup de difficúltés. Une ligne juste et une unité solide vous permettront de surmonter toutes les difficultés.

Votre unité avec les autres peuples arabes frères est également d'une extrême importance. Cette unité est vitale. pour assurer la libération de la Palestine et la défaite de vos ennemis, en ce que le .peuple ide ~ce ~pays est partie intégrante des peuples arabes, aussi leur opinion sur la libération de votre peuple ne peut être un facteur extérieur secondaire, c'est au contraire un facteur intérieur primordial.

~La véritable unité de tous les peuples arabes contre l'ennemi commun et pour leur bien commun est indispensable, mais elle doit être créée dans la lutte et non pas en paroles. Nous, marxistes; nous pouvons collaborer même avec un petit roi, comme Hussein de Jordanie, de la dynastie hachémite, (bien que nous sachions quels «bienfaits» les rois ont apportés aux peuplles), s'il combat pour la liberté des peuples arabes. Mais si Hussein cherchetre, l'est et c'est pour cela qu'elle trouve et trouvera partout le soutien des forces progressistes. A plus forte raison, les communistes palestiniens doivent être unis comme de vrais frères et en pleine unité avec vous dans ils lutte contre l'ennemi commun, pour la libération totale de ils Palestine.

Les marxistes-léninistes tout aussi tien que les nationalistes honnêtes et tous les combattants résolus à libérer la patrie, doivent absolument bien discerner dans la lutte contre les occupants quels sont leurs amis et quels sont leurs ennemis qu'ils doivent combattre. Afin de lutter avec succès contre les ennemis, il faut d'abord assurer l'unité entre les combattants eux-mêmes, puis entre ceux-ci et les masses populaires pour lesquelles ils se battent. Et celles-ci, de leur côté, doivent savoir pourquoi on lutte pour pouvoir juger si elles doivent soutenir cette lutte ou pas. Si le peuple juge justes et apprécie les objectifs de la lutte, alors les combattants deviendront invincibles. Quel que soit celui qui .prétend faire ceci ou cela et la dénomination qu'il se donne, c'est le peuple qui jugera en dernier ressort, et non pas sur des paroles, mais sur les actes accomplis pour lui. Lorsque le peuple verra que quelqu'un agit justement, honnêtement et se sacrifie pour lui, alors il le soutiendra sans réserve et s'unira à lui. Aussi l'unité au sein du mouvement et l'unité de celui-ci avec le peuple constituent des facteurs décisifs.

Il faut bien se dire que tous ne conçoivent pas de la même façon l'importance de l'unité et la voie à suivre pour sa réalisation. Mais unité ne peut être assurée si le mouvement n'a pas à sa tête une direction forte.

L'unité dans les rangs de votre organisation et son unité avec le peuple sont donc, à notre sens, les facteurs principaux nécessaires à l'obtention de la victoire. Si vous assurez cette unité et préservez dans toute sa pureté la juste ligne politique et combattante, soyez sûrs -que vous rem~porterez toujours des succès, sinon vous aurez à affronter beaucoup de difficultés. Une ligne juste et une unité solide vous permettront de surmonter toutes les difficultés.

Votre unité avec les autres peuples arabes frères est également d'une extrême importance. Cette unité est vitale. pour assurer la libération de la Palestine et la défaite de vos ennemis, en ce que le .peuple ide ce pays est partie intégrante des peuples arabes, aussi leur opinion sur la libération de votre peuple ne peut être un facteur extérieur secondaire, c'est au contraire un facteur intérieur primordial.

La véritable unité de tous les peuples arabes contre l'ennemi commun et pour leur bien commun est indispensable, mais elle doit être créée dans la lutte et non pas en paroles. Nous, marxistes; nous pouvons collaborer même avec un petit roi, comme Hussein de Jordanie, de la dynastie Hachémite, (bien que nous sachions quels «bienfaits» les rois ont apportés aux peuples), s'il combat pour la liberté des peuples arabes. Mais si Hussein cherche à manœuvrer avec les impérialistes américains contre la cause de la liberté des peuples arabes et contre la liberté du peuple palestinien en particulier, nous ne pouvons nous unir à lui, nous rejoindrons au contraire la lutte contre lui jusqu'à ce qu'il connaisse le sort de Fayçal, qui, venu de Médine, mit sous sa coupe le peuple irakien, ou le sort de Nuri Saïd. Nous référant à l'expérience de notre pays, nous vous disons que notre ancien roi, Ahmet Zogu, pilla le peuple, puis, lorsque la patrie fut en danger, enleva l'or public comme un !brigand et laissa les Albanais à da merci des agresseurs fascistes. Par conséquent, nous ne pouvions en aucune manière être dans l'unité avec ce brigand et bourreau du peuple. L'unité, donc, ne se crée et ne doit se créer que dans la lutte.

L'alliance internationale avec les travailleurs et les peuples du monde entier revêt une ,grande importance pour la lutte de votre peuple et l'obtention de la victoire sur les occupants. En cette question il est indispensable que votre peuple mette à profit toutes les possibilités pour bien faire la distinction entre ses amis et ses ennemis extérieurs. Si je dis cela, c'est parce qu'actuellement les situations dans le monde sont très complexes. Chaque peuple a besoin de bien connaître ses amis, pour se lier étroitement à eux et pouvoir faire face avec succès à toutes les difficultés et à tous les pièges que peuvent lui tendre les ennemis. Mais avant de savoir quel est l'ami véritable, il faut agir comme le dit un dicton de notre peuple: «Il faut mesurer sept fois avant de couper une fois», se demander si l'amitié avec tel ou tel pays est. en premier lieu, dans l'intérêt de son peuple. Nous. Albanais, nous agissons ainsi, nous nous en tenons toujours à ce principe dans le choix de nos amis. Si l'amitié avec un pays est dans 1'intérêt du peuple, il faut s'entendre avec lui pour se lier d'amitié, si elle porte préjudice au peuple, alors il ne faut pas se lier avec ce pays. Quelqu'un pourrait nous dire que nous sommes petits et que nous avons besoin d'amis, qu'il nous faut donc courber l'échine et nous lier à lui. Non, nous n'accepterons jamais une amitié de ce genre, fondée sur la soumission. Bien que nous soyons un petit peuple. nous ne courberons jamais le dos. Cela est valable pour les grands peuples comme pour les petit. Les seuls vrais amis sont ceux oui vous soutiennent surtout quand vous êtes dans 'le besoin. en difficulté. Notre peuple a un dicton: «On reconnaît ses vrais amis dans les jours d'épreuve». Aussi est-il très important de bien connaître ses amis.

En général, tous les peuples sont vos amis, alors que les cliques qui dominent dans divers pays et ceux qui assument la direction des Etats ne le sont ni ne peuvent l'être tous. Les impérialistes américains, anglais, français et autres ne peuvent pas être vos amis. Mais maintenant, à ces impérialismes en est venu s'ajouter un mitre. l'impérialisme soviétique. Les chefs de file révisionnistes soviétiques. qui se posent en marxistes-léninistes. ne sont en fait quo des traîtres à cette idéologie, qui vise uniquement à la liberté, à la prospérité et au bonheur des peuples et c'est pourquoi ils trahissent les peuples soviétiques et en même temps votre peuple, notre peuple, les peuples arabes. etc.

Il est, dans les pays arabes, des gens qui, s'imaginant être «aidés» par les révisionnistes soviétiques, les traitent en amis. mais nous déclarons hautement qu'ils commettent là une grave erreur. Même les aides éventuelles qu'accordent les révisionnistes soviétiques sont sans lendemain, ceux-ci visent à tromper les peuples et à leur donner l'impression qu'ils les défendent sui-disant eux et leurs luttes de libération, alors que par ailleurs. ils s'assurent bien que ces «aides» n'aillent pas en faveur des Arabes. mais qu'elles leur profitent à eux-mêmes. Il est erroné de faire confiance à l'amitié du social-impérialisme soviétique au nom des prétendues aides qu'il accorde à des fins déterminées.

Personne ne doit se laisser duper par les «aides» promises par les révisionnistes. Aussi. quiconque a le souci des intérêts de son peuple et lutte pour eux. ne doit pas fonder ses espoirs sur les aides des révisionnistes. Ceux-ci peuvent fournir même des armes à quelqu'un mais encore faudra-t-il se demander pourquoi ils les fournissent. Ils ne vous ont pas. que nous sachions. fourni d'armes jusqu'à présent à vous. Palestinien, et cela justement parce que vous êtes résolus dans la lutte contre les ennemis de votre peuple, et nous estimons qu'ils ne vous en fourniront pas tant quo vous continuerez à combattre pour la libération intégrale de votre patrie.

On peut dire que les révisionnistes soviétiques ont donné quelques armes au Vietnam. Ce qu’il faut avant tout avoir en vue c’est qu’il s’agit de quelques vieilles armes dont ils n'ont plus besoin. D'autre part, ils sont obligés de le faire, car là-bas, la situation pour eux est différente: l'attitude à l'égard de la guerre du Vietnam est une question de vie ou de mort pour les révisionnistes soviétiques, leur autorité en dépend grandement, car pour donner le change ils se sont posés et se posent en défenseurs de la République démocratique du Vietnam. Mais les chefs de file révisionnistes soviétiques ne sont pas bêtes, et par leur attitude hypocrite à l'égard du Vietnam, ils visent, d'une part, à y défendre leurs propres intérêts, et d'autre part, à sauver la face devant les peuples soviétiques et tous les peuples du monde, tout en freinant la, lutte du peuple vietnamien, ce qui convient bien aux agresseurs américains.

Les révisionnistes soviétiques ont livré aussi quelques armes à l'Egypte, mais ils les administrent eux-mêmes, ils en disposent de sorte qu'elles ne puissent pas être utilisées contre les occupants israéliens. Le but des révisionnistes soviétiques qui se posent en amis des Arabes, c'est de mettre 1a main sur les ports de leurs pays afin de s'assurer un libre accès à la Méditerranée. Chez nous aussi, ils ont cherché à s'assurer le port de Vlore et justement là ils se sont accrochés à nous, mais nous avons braqué nos armes de toutes parts sur leurs sous-marins et les avons, finalement forcés à vider les lieux. Soyons réalistes, si les révisionnistes soviétiques souhaitent la paix et la tranquillité au Proche-Orient, où ils ont mis les pieds et où ils sont en train de renforcer leurs positions, c'est pour ne pas avoir eux-mêmes de tracas et non point parce qu'ils se soucient de la véritable paix des peuples de cette zone.

L'apparition de la flotte des révisionnistes soviétiques en Méditerranée créera beaucoup de difficultés. Pour pouvoir concentrer leur flotte dans cette zone, ils s'efforceront maintenant d'y construire aussi des bases navales et des aérodromes. Pour nous il est clair que si les révisionnistes soviétiques ont amené leur flotte en Méditerranée ce n'est pas parce qu'ils veulent défendre les peuples, mais pour réaliser leurs objectifs impérialistes. Nous, Albanais, nous en sommes convaincus par notre propre expérience. Pensant que nous étions un petit peuple, et qu'ils nous mettraient facilement à la raison, ils ont cherché à nous poignarder dans le dos, mais ils n'ont pu atteindre leur but, parce que nous avons braqué sur eux nos fusils, et ils s'en gardent.

Les révisionnistes soviétiques nous traitent de «sectaires» parce que nous disons toujours la vérité et que nous ne nous mettons par à leur remorque. Les révisionnistes, qui se posent en comm2mistes mais ne le sont pas en réalité, ne veulent pas notre bien. Les épithètes que nous collent nos ennemis ne nous font ni froid ni chaud. Nos justes attitudes de principe est notre vérité sont comprises par tous les révolutionnaires, même par ceux qui ne -sont pas marxistes, et ils nous honorent, tandis que les révisionnistes nous vilipendent. Cela précisément nous fait honneur. Quand l'ennemi ne vous loue pas, cela veut dire que l'on est dans la bonne voie. Les Soviétiques redoutent aussi beaucoup les Palestiniens, parce que ceux-ci sont des combattants résolus, c'est pourquoi, t ut en restant, comme toujours, modestes, ayez confiance dans la force de votre peuple, en la force de vos fusils et de votre résistance. Ne déposez jamais les armes, et malgré les difficultés qui pourront vous être créées, ne perdez .pas courage.

Nous nous trompons peut-être, mais nous sommes convaincus que des difficultés vous seront créées tant par vos ennemis déclarés que par vos faux amis. Les réfugiés palestiniens qui se sont dispersés sur le territoire des pays arabes frères, continuent ide vivre comme ides émigrés, sans patrie. D'après ce que j'ai lu, en Jordanie l'oncle du roi Hussein aurait été sur le point de vous exterminer, si vous n'aviez pas pris les armes. Vous avez dit halte! aussi au Libanais Karame et à ses semblables, qui sont entretenus par les banques de l'impérialisme américain et britannique. Tous ces ennemis de votre peuple et en général des peuples arabes sont prêts à se dresser contre vous et à vous opprimer, aussi, comme je d'ai déjà dit, ne devez-vous jamais déposer les armes, car ce sont elles qui vous ont sauvés et elles constituent le seul moyen pour assurer aussi votre salut à l'avenir.

Nous considérons que le «plan Rogers» est le résultat d'une grande trahison de la part des révisionnistes soviétiques. Ceux-ci se sont accordés avec les impérialistes américains pour régler entre eux le problème du Proche-Orient, afin d'y renforcer leurs positions dominantes, économiques et militaires, et d e briser la volonté des révolutionnaires arabes, qui sont aujourd'hui sans conteste les éléments les plus révolutionnaires d'Afrique, ce pour quoi les ennemis cherchent à réprimer là bas tout foyer et tout élément révolutionnaire. Désormais les révisionnistes :soviétiques se sont intro

duits en Méditerranée; ils se sont liés «d'amitié avec certains pays arabes, y compris même la Libye, dont ils cherchent en fait à s'emparer des ports.

Une pareille situation dans cette région est à l'avantage du social-impérialisme soviétique, mais aux dépens des impérialistes américains et anglais, qui, se rendaient bien compte de ne pouvoir, dans ces conditions, avancer un plan pour la soumission du Proche-Orient sans aboutir à un accord avec les révisionnistes soviétiques, furent contraints pour parvenir à leurs fins de faire des concessions à ceux qui se posent en marxistes.

Si les impérialistes occidentaux font ces concession à l'Union soviétique, c'est parce que cette dernière n'est plus un pays marxiste-léniniste. Cela signifie que les nouveaux gouvernants du Kremlin ne souhaitent pas en fait la véritable liberté des peuples égyptien, jordanien et palestinien, bien qu'ils mènent une propagande trompeuse pour faire croire que l'Union soviétique reste soi-disant le pays du communisme et de la défense de la liberté des peuples.

Le «plan Rogers», est contre les intérêts des peuples arabes et en particulier du peuple palestinien. Il va dans le sens des intérêts de l'impérialisme américain et de l'impérialisme soviétique et surtout -du sionisme israélien. Les ennemis des peuples arabes ont beau s'évertuer à passer ce compromis, le «pian Rogers» se heurtera nécessairement à de nombreux obstacles et difficultés, et en premier lieu à la lutte des Palestinien, votre lutte, qui a apponté un soutien considérable aux peuples arabes et rehaussé leur renom.

Nous nous sommes réjouis de la ;prise de position de Boumediene contre le «plan Rogers» lorsqu'il à déclaré publiquement que l'Algérie est pour la libération de tous les territoires arabes occupés par les Israéliens et pour la lutte du peuple palestinien. C'est là une juste attitude. Nous avons aussi apprécié les prises de position de la Syrie et de l'Iraq. Nous avons écouté également avec attention le discours de monsieur Nasser. Mais, lorsqu'il a parlé du rétablissement des droits des Palestiniens, nous avons été impressionnés de voir qu'il n'était pas tellement catégorique dans ses déclarations. Il se peut que nous ne l'ayons pas bien compris, mais nous estimons qu'il y a droits et droits, qu'il faut donc définir chaque chose clairement et sans équivoque, et bien faire comprendre à tous quels sont concrètement les droits dans lesquels les Palestiniens doivent être rétablis.

Nous, Albanais, nous avons une amère expérience dans ce sens. L'histoire de notre peuple est riche en événements de ce genre. Le peuple albanais a été l'un des premiers à se dresser les armes à la main contre (l'empire ottoman. Pendant la guerre balkanique il a aidé les peuples voisins, grec et serbe, contre les Turcs osmanlis, mais lorsque vint le moment de libérer l'Albanie de la servitude du «malade du Bosphore», tous les Etats voisins, soutenus par les grandes puissances de l'époque, Angleterre, Allemagne, France, Russie etc., se sont ruées pour démembrer notre pays. Lors de la Conférence des Ambassadeurs réunie à Londres en 1913, les Serbes ont profité du débat sur la délimitation des frontières de l'Albanie, pour en détacher la Kosove, région considérable et très fertile de notre territoire, qu'ils gardent aujourd'hui encore sous leur domination. Le Monténégro, entre autres, s'est également emparé d'une partie de nos terres.

Le Prince Nicolas du Monténégro a vu s'accroître ses appétits. Non content des terres albanaises dont il s'était emparé avec l'appui des impérialistes, il chercha aussi, aidé en cela par le tsar de Russie, à annexer Shkodra et son district. Mais nos grands-pères prirent les armes, se battirent avec détermination et parvinrent à sauver cette partie de la Patrie. A propos de cet événement, un diplomate de l'époque a dit que le tsar de Russie est prêt à mettre le feu à l'Europe pour faine cuire l'omelette du Prince Nicolas.

Nous pensons que ce qui s'est passé dans le temps avec l'Albanie se reproduira également avec la Palestine, lorsqu'on en viendra à l'application du «plan Rogers». Quand le ministre actuel des Affaires étrangères du Kremlin, Gromyko, se posant, comme jadis Sazonov pour les Serbes, en défenseur des intérêts des Palestiniens, tendra la marin aux impérialistes pour leur demander pour le compte des Palestiniens, 5 km de territoire ici et 7 autres là, Rogers aura l'occasion de dire que le Russe Gromyko veut mettre le feu au monde pour faire cuire l'omelette de Hussein et de quelqu'un d'autre. Je veux dire par là qu'il faut combattre de toutes ses forces le «plan Rogers» sur le prétendu règlement pacifique de la question du Proche-0rient, parce qu'il est contraire aux intérêts des peuples arabes eh en particulier du peuple palestinien.

Nous aimons le petit et courageux peuple palestinien, ce peuple si éprouvé, car il est notre frère et nous sommes convaincus que sa cause est juste et triomphera. Bien que nous soyons nous-mêmes un petit peuple, nous élèverons la voix pour ~défendre osa cause contre le «plan Rogers», qui est très néfaste et dans le seul intérêt des deux grandes puissances impérialistes.

,Ce qui est décisif pour l'avenir libre de votre peuple, c'est, .à notre sens. votre juste voie et votre juste lutte, aussi renforcez le plus possible votre unité, car vous serez certainement la cible de flèches de toutes sortes et même scintillant théoriques, surtout de la part des révisionnistes soviétiques, qui, en jurant leurs grands dieux qu'ils sont «pour la libération des peup1es», qu'ils sont des «léninistes», etc., s'efforceront de vous persuader d'agir selon leur volonté, c'est-à-dire, dans une première phase, de cesser d'abord votre lutte, de signer des accords avec vos ennemis, en vous laissant espérer qu'ils ,considéreront la cause du peuple palestinien dans une période future. Mais cette première phase visera à consolider les positions de l'Etat d'Israël, ce qui par la suite rend ra vos positions plus difficiles.

La signature d'un compromis, gomme celui auquel les révisionnistes soviétiques cherchent à aboutir, est loin d'être à notre goût, nous vous le disons franchement, car il rendrait difficile le règlement de votre grande cause. Ce compromis prévoit la reconnaissance ils l'Etat d'Israël pour lequel les cliques de Ben Gurion, Golda Meir, du pirate Moché Dayan, etc., ont combattu depuis 1948 et auparavant contre les peuples arabes. Des efforts tendent maintenant à faire entériner et légaliser cette question par l'O.N.U. C'est justement dans ce sens que les impérialistes américains et les impérialistes soviétiques font des efforts et prennent des engagements, tandis que le peuple palestinien continue de vivre sous des tentes avec une aumône de l'O.N.U. de 500 grammes de sucre et 300 grammes d'huile par mois, une couverture tous les trois ans est l'«assistance» d'un médecin pour 10.000 personnes. Les Palestiniens qui se montreront disposés à soutenir ce compromis, qui prononceront quelque discours contre les intérêts de leur peuple seront, en récompense, envoyés faire un séjour aux Etats-Unis, ou recevront peut-être une belle villa au Liban ou ailleurs, etc.

Les révisionnistes soviétiques, à leur tour, feront des éloges à quiconque soutiendra leur politique, ils diront de lui que c'est un homme honnête, intelligent, capable, etc., ils lui donneront une villa et une voiture à Moscou, ils l'enverront passer ses vacances à Yalta, etc. C'est ainsi qu'ils ont agi avec Larbi Bouhali, qui vivait loin du peuple algérien et de sa lutte, et dont le peuple algérien a bien fait de se débarrasser. Nous avons nous-mêmes traversé des phases analogues avec les révisionnistes khrouchtchéviens, mais nous les avons remis à leur place, et c'est pour cela que notre peuple nous a soutenus. Si l'on ne se die pas au peuple et si l'on compte sur ses ennemis, on est perdu. Ceux qui se détournent des gens du peuple ne peuvent être des communistes. Il y a des moments, lorsque la situation l'exige, où les communistes peuvent rester dans la clandestinité, mais quand la situation change, la clandestinité aussi doit cesser. De toute manière et quelles que soient les conditions de leur lune, les communistes doivent se lier au peuple et marcher toujours avec lui.

Nous sommes convaincus que pour les révisionnistes soviétiques comme pour les impérialistes américains les choses au Proche-Orient ne marcheront pas comme dans 'du beurre, et cela parce qu'en premier lieu vous, Palestiniens, en hommes intelligents, résolus et courageux que vous êtes, vous ne supporterez pas de vivre toujours avec un baluchon sur le dos. Vous rencontrerez certainement des difficultés dans votre lutte, car le roi Hussein, comme l'avait d'ailleurs fait son oncle avec le conseiller britannique Lawrence, continuera d'ourdir des intrigues à l'instigation des impérialistes et des révisionnistes. Quoi qu'il en soit, votre cause triomphera, personne ne pourra étouffer la volonté de votre peuple combattant.

Nous vous jugeons sur vos attitudes et sur votre action. Nous. trouvons juste l'action de votre direction, à la suite 'du coup que voulait monter Hussein avec sa clique. D'aucuns ont fait courir le bruit que Hussein était encerclé par les troupes d'«Al-Fatah», mais cette organisation a fait preuve de pondération réussissant ainsi à apaiser la situation et elle a demandé à Hussein de renvoyer son premier ministre et son commandant en chef. Ce fut à nos yeux l'une des premières preuves de la justesse de jugement d'«Al-Fatah», sinon La situation aurait pu se compliquer encore plus. Mais même dans une telle éventualité, nous avons confiance en vous, vous agirez comme il se doit. Par ailleurs, si des circonstances plus favorables venaient à se créer et qu'il semblât que tous les objectifs fussent atteints, vous, combattants palestiniens, ne resteriez .pas les bras croisés, au contraire vous maintiendriez votre vigilance au degré requis. Aucune situation ne trouverait non préparés les fedayins palestiniens qui ont toujours tenu le fusil à ils main. Dans ces conditions, ni Israël ni les Soviétiques, ni personne d'autre ne pourraient rien contre vous. Les fedayins d'«Al-Fatah», luttant résolument, ne resteront lus avec les couvertures de l'O:N.U. sur le dos, mais, dans l'unité avec l'armée et le peuple jordaniens, ils lèveront haut le drapeau de la lutte libératrice des peuples arabes, ils combattront les impérialistes et Israël, ils parviendront .à libérer de haute lutte leur patrie et à recouvrer leur sol natal, une véritable patrie pour y vivre, et alors vos nombreux amis dans le monde salueront votre victoire.

Nous sommes certains que vous suivez avec vigilance les événements, c'est pourquoi nous jugeons superflu et ne nous permettrons pas de vous donner des leçons sus la manière dont un peuple conquiert sa liberté. Nous voulons seulement vous dire que lorsque nous étions dans les mêmes conditions où vous l'êtes aujourd'hui, nous avis en vue qu'il ne fallait par reculer devant des objectifs bien étudiés et conformes aux principes, mais agir au contraire hardiment pour les réaliser.

Les menaces que nos ennemis nous ont adressées et continuent de nous .adresser ne nous ont jamais fait peur. Durant des ,décennies, après avoir conquis sa liberté, le peuple albanais a continué de lutter résolument; il est ainsi sorti plus puissant de chaque bataille et il a rendu les frontières de sa patrie inviolables. Si notre peuple ne s'était pas montré aussi ,déterminé, nos ennemis nous auraient abattus. Aujourd'hui encore, nous sommes toujours prêts à faire face à toute attaque de n'importe quel ennemi, que ce soit l'Union soviétique social-impérialiste, la Yougoslavie révisionniste, la Grèce monarcho-fasciste, l'Italie fasciste, les Etats-Unis ou même tous ensemble. D'ailleurs, nous avons été en lutte avec eux tous, et cela nous a trempés et renforcés davantage, nous a rendus invulnérables; si nous ne l'avions pas été, ils nous auraient engloutis depuis longtemps. L'ennemi est perfide il peut attaquer l'Albanie, mais soyez sûrs, camarades et frères, qu'il ne sortira qu'ensanglanté de notre pays. Ailleurs peut-être, il lui sera plus facile d'attaquer, en étant convaincu que l'objet de son attaque ne tardera pas à 'hisser le drapeau blanc, c'est-à-dire à se soumettre. Mais l'ennemi a peur de tenter quelque chose contre nous, parce qu'il sait qu'il ne lui sera pas facile de sortir vivant d'une telle aventure.

Les ennemis suivent envers vous les mêmes tactiques et tendent aux mêmes buts, mais ils ont du mal à les réaliser, car ils doivent tenir compte de l'unité des peuples frères arabes, qui constitue un facteur très important. C'est ce que doivent aussi avoir en vue nombre de chefs de file des pays arabes. Qu'ils le veuillent ou non, lorsque la grande masse des Arabes verront que leurs frères palestiniens se font tuer, ils ne resteront pas indifférents, ils vous viendront en aide. Dans ce cas ils se demanderont: «Pourquoi nos frères palestiniens se battent-ils avec les Israéliens, avec les Soviétiques ou avec les Américains?» Et ils arriveront certainement à la juste conclusion que les ennemis étrangers ont ravi aux Palestiniens leur patrie, leur liberté, leurs produits et toutes leurs autres richesses, qu'ils les outragent et bafouent leurs droits, etc. Alors l'opinion arabe se dressera vigoureusement et dira: «Et nous, que faisons-nous, pourquoi ne nous dressons-nous pas tous dans la lutte contre le même ennemi commun?" Le million et quelques d'Albanais en Yougoslavie sont traités eux aussi de la -même manière, bien qu'ils vivent sur leur propre sol. Que Tito le veuille ou non, les Albanais qui vivent dans leur patrie libre ne peuvent pas ne pas penser à leurs frères de Kosove, du Monténégro et de Macédoine, que l'injustice du passé a .laissés en dehors .des frontières d'Etat albanaises, ils ne peuvent pas ne pas faire entendre leur voix à propos des efforts des Albanais de Yougoslavie pour préserver la pureté de la langue albanaise, pour avoir des organes de .pouvoir composés en grande majorité d'Albanais et non pas de Serbes et autres, pour mettre fin aux persécutions féroces dont ils sont l'objet de la part des chauvins serbes, etc., pour empêcher l'émigration des Albanais hors de leur territoire national et pour résoudre nombre de problèmes de nette nature. De notre côté, nous ne sommes jamais restés indifférents devant les événements montés en Yougoslavie aux dépens de nos frères de Kosove, nous les avons au contraire dénoncés constamment devant l'opinion albanaise et mondiale, à tel point que Tito a été finalement obligé de reconnaître certains droits à nos frères de Kosove, qui n'ont pas perdu et ne pendront jamais leurs sentiments nationaux. Le régime titiste peut bien ne pas reconnaître aux Albanais de Yougoslavi,e les droits qui leurs reviennent, il n'aura qu'à en pâtir, et nous, dans l'Albanie socialiste :libre, nous ne nous tairons jamais chaque fois que nous verrons nier ces droits à nos frères d'au-delà de notre frontière d'Etat.

Peut-être ai-je parlé trop longuement, mais cela tient à ce que je n'ai pas souvent l'occasion de m'entretenir avec vous.

Prenant la parole, le chef de la délégation palestinienne a déclaré entre autres:

Nous apprécions tout ce que nous venons d'entendre de vous comme de précieux et profonds enseignements, qui sont le résultat d'une riche et longue expérience.

A cette occasion qu'il me soit .permis de saluer les camarades albanais au nom du Comité central du Mouvement «Al-Fatah» et «Al-Asifa» de Palestine. Le peuple palestinien a toujours suivi avec sympathie la lutte du peuple albanais, sous votre direction clairvoyante. Aussi considérons-nous cet entretien comme une grande leçon qui sera très utile à notre organisation et à notre direction.

Au cours de notre visite dans votre pays, nous avons trouvé en votre peuple un ami sincère, un ami qui sympathise avec notre peuple, et soutient sa lutte sans réserve. Nous avons vu en Albanie qu e votre sage direction donne au peuple albanais la possibilité de comprendre justement notre lutte et de l'appuyer. Nous avons conscience de l'importance de votre soutien à la lune du peuple palestinien, et, de retour chez nous, nous ferons savoir à nos camarades ce que nous avons vu et appris de vous. Eux-mêmes, sans jamais avoir mis les pieds en Albanie, sont au courant de l'amour de votre peuple pour le nôtre, mais après cela ils verront dans votre appui une réalité palpable. Nous

sommes convaincus 'que votre soutien sera incessant. De notre côté, nous vous donnons notre parole, notre parole de camarade et de combattant, que jusqu'à notre dernier souffle, nous n'abandonnerons jamais la lutte armée.

A ce moment émouvant, le camarade Enver Hoxha se lève, embrasse le chef de la délégation et serre la main aux autres amis palestiniens présents.

Vous avez parfaitement raison, reprend le camarade Enver Hoxha, c'est là, camarades et frères, la seule voie de la libération des peuples, et surtout la seule issue pour l'héroïque peuple frère palestinien. Nous avons da conviction que votre peuple sera libéré. Cela dit, je vous répète encore une fois au nom du Parti et du peuple albanais, que vous avez et aurez dans l'Albanie un allié et un ami fidèle et inébranlable, .pour le meilleur comme pour le pire. Nous aiderons toujours de tout cœur le peuple palestinien frère. Vous avez bien dit que 1a lutte qu'il mène est difficile, mais ce qui importe c'est le fait que la ligne de votre lutte est juste, qu'elle se fonde sur les aspirations de votre peuple à la libération de sa propre patrie, et elle sera donc couronnée de succès. La lutte que vous menez est révolutionnaire et nous avons confiance qu'à travers elle vous poserez une peine angulaire aux fondements de la victoire du peuple palestinien, de son avenir.

De même que vous marchez sur les traces de vos pères et de vos aïeux dans leur lutte pour la libération définitive du peuple palestinien, de même notre lutte était le prolongement de la lune séculaire du peuple albanais, de ses insurrections successives, des efforts des patriotes et des hommes progressistes albanais qui, sans être communistes, n'en aimaient pas moins le peuple de tout leur cœur, et, de ce fait, étaient étroitement liés à lui et nourrissaient une haine profonde contre les occupants. Les générations passées nous ont laissé en héritage toute leur grande expérience et leurs glorieuses traditions de combat, afro que nous pour suivions leur lutte jusqu'à la victoire. Maintenant nous avons pour tâche de consolider les victoires remportées, parce que les dangers pour nous non plus n'ont pas disparu; bien que nous ayons gagné la liberté, ils restent menaçants. Pair rapport au passé, lorsqu’elle était complètement dédaignée, l'Albanie, où notre peuple est au pouvoir, s'est acquis maintenant, grâce à sa lutte, un grand respect dans le monde. Mais elle n'en est pas moins menacée par les impérialistes, les social-impérialistes soviétiques et leurs laquais.

Cependant, nous n'oublions jamais que nous ne sommes pas isolés, et nous rattachons étroitement la lutte et les victoires de notre peuple à la lutte et aux efforts de tous les autres peuples frères, notamment des peuples vietnamien, africains, arabes, et en particulier du peuple palestinien, qui combattent pour les mêmes buts. Nous sommes convaincus que la victoire définitive sera remportée, mais nous savons aussi que tant que nous luttons, nous devons, en même temps que les victoires, envisager aussi des défaites provisoires, qui ne font toutefois pas fléchir les véritables révolutionnaires.

Les exploiteurs qui dominent encore dans le monde, ne représentent, où qu'ils soient, que quelques cliques qui seront enterrées par les luttes .de libération des peuples. Nous considérons chaque lutte qui a pour but la libération d'un peuple comme notre propre lutte, chacune de ses victoires ou de ses défaites comme la nôtre. Lorsque nous voyons que les peuples arabes se battent, nous, ici en Albanie, nous nous sentons forts. Lorsque les révisionnistes soviétiques, les impérialistes américains ou d'autres ennemis s'efforcent d'éteindre la lutte des peuples arabes, nous sentons le danger s'accroître aussi pour notre pays. D'où la tâche pour les révolutionnaires authentiques de dessiller les yeux aux masses en Europe et partout ailleurs, de les empêcher de s'endormir et de tomber dans cette léthargie mensongère de la fausse paix, de la fausse coexistence, du faux désarmement, conçus par les grandes puissances pour éteindre les révolutions et les luttes de libération nationale des peuples qui les menacent sérieusement, et que .précisément pour cela elles s'efforcent d'étouffer.

Les pays socialistes sont, au premier chef, les alliés des luttes de libération nationale et les principaux soutiens des révolutions et des luttes de libération nationale. Pour toutes les raisons que je viens d'évoquer, l'Albanie socialiste, dans la mesure de ses possibilités et se fondant fermement sur le marxisme léninisme, soutient tous les vrais révolutionnaires et les peuples qui luttent contre l'impérialisme et le révisionnisme.

Abusant du nom de Lénine, les révisionnistes, avec leurs théories anti-léninistes, ont fait un très grand tort aux mouvements de libération nationale. Ils mènent leur action de sape par le biais des partis dits «communistes», qu'ils ont fait dégénérer en traîtres à la cause des peuples. En Jordanie également il existe un parti dit «communiste». Si je le mentionne, c'est parce que nous connaissons bien les «communistes» jordaniens et leur secrétaire, Massar, qui fait de si fréquentes visites à Moscou.

En 1960, lorsque Nikita Khrouchtchev a entamé son attaque contre nous, parce que nous lui avons dit ouvertement tout ce qu'il avait fait contre l'Albanie et les luttes de libération nationale des peuples, Massar nous a insultés. Vous pouvez montrer, s'ils le veulent, aux camarades palestiniens le discours prononcé par notre délégation à la Conférence des 81 partis communistes et ouvriers* *( Le camarade Enver Hoxha s'adresse à nos fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères présents à cette rencontre.) réunie à Moscou en 1960. Je considère que ce «communiste» est poussé par les révisionnistes soviétiques à saboter la lune de votre peuple. Et précisément pour vous combattre, il reçoit non seulement de l'argent mais aussi des armes de vos ennemis.

Le chef des «communistes» jordaniens est prêt à aider le roi Hussein contre vous. En outre, lorsqu'il verra que vous résistez, il s'efforcera, à l'instigation des Soviétiques, de créer des guérillas de «fedayins», dont, pour fausser la réalité, sa propagande lira qu'elles luttent soi-disant ,pour La libé

ration de la Palestine, alors qu'en fait elles chercheront à miner votre action.

L'HOTE PALESTINIEN: Nous savons qu'il a reçu des armes de la Bulgarie et ,de l'Union soviétique. Il prend ouvertement la défense du système monarchique en Jordanie et les .décisions de son parti sont au goût du régime au pouvoir. Massar a créé une organisation dénommée «Partisan» et il combat toutes nos organisations pour soutenir le plan de paix élaboré par nos ennemis.

LE CAMARADE ENVER HOXHA: Vous voyez comment ils agissent? En invoquant soi-disant l'appel de Lénine ils disent: Allons au combat côte à côte avec les Hussein. Notre Parti nous enseigne à être toujours durs envers les ennemis, mais justes, francs et sincères à l'égard des amis.

Camarades et frères, comme vous l'avez vous-mêmes dit, c'est là le premier contact que nous prenons ensemble. A l'avenir nous en aurons d'autres, et de plus fréquents. La situation actuelle est pour vous difficile, mais le temps viendra où la Palestine en connaîtra une meilleure.

Nous vous répétons, chers amis, que l'Albanie, dans la mesure de ses modestes possibilités, n'épargnera rien pour soutenir la lutte du peuple frère palestinien.

Au nom de notre Parti et de notre peuple, je vous souhaite de nouveaux succès, la poursuite jusqu'au bout de la voie de la lutte que vous avez choisie, car c'est la seule voie de salut, la voie de la libération. Il n'y en .a pas d'autre. Lorsque les impérialistes et les révisionnistes modernes n'existeront plus, alors s'instaurera dans le monde la paix véritable, et un petit peuple comme le vôtre sera réellement respecté.

Portons .ce toast à votre santé, à la santé du peuple frère palestinien!

Je vous remercie beaucoup de cet entretien. Transmettez mes amitiés à votre dirigeant Yasser Arafat.



Fin