français
ENVER HOXHA
OPPOSONS PUISSAMMENT
NOS TACTIQUESREVOLUTIONNAIRES
AUX TACTIQUES REACTIONNAIRES DE LA BOURGEOISIE
CAPITALISTE ET REVISIONNISTE
Entretien avec un membre du Bureau politique du
C.C. du P.C. (m-1) d'Indie
(Extraits)
14 novembre 1970
Je vous remercie beaucoup d'avoir entrepris un si long voyage pour nous rencontrer et vous entretenir avec nous ici, en Albanie. Nous sommes un petit pays d'Europe et notre parti également est numériquement petit; vous comprenez vous-mêmes le grand besoin que nous éprouvons de nous consulter avec nos camarades ides partis marxistes-léninistes.
Nous vouons un attachement profond et sincère au grand et ancien peuple indien qui possède une riche histoire séculaire. Votre peuple a joué un rôle important dans l'histoire de l'humanité et nous pensons qu'il jouera dans l'avenir un rôle de plus en plus grand dans la révolution.
Le mal est venu à votre peuple de notre continent, l'Europe, qui continue d'être le repaire de l'impérialisme et du colonialisme. C'est d'Europe que sont partis non seulement; les impérialistes français, anglais et autres, mais c'est là qu'ont aussi leur origine leurs successeurs, qui se sont établis en Amérique du Nord, où existe aujourd'hui l'impérialisme le plus féroce au monde, celui des U.S.A.
A présent les temps ont beaucoup évolué au détriment de l'impérialisme et du colonialisme et en faveur des peuples et de la révolution. Les ennemis des peuples connaissent une grande crise alors que la révolution monte constamment. Nous poursuivrons notre combat contre les impérialistes en l'intensifiant sans cesse, car les ennemis impérialistes, la bourgeoisie et la réaction ne déposent pas les armes par la voie pacifique ou parlementaire, comme le prêchent les révisionnistes moderne,. Lénine, théoricien et penseur immortel du prolétariat mondial, nous enseigne à lutter de toutes nos forces contre l'impérialisme et la bourgeoisie réactionnaire. Entre nous et eux il ne peut y avoir ni il n'y aura jamais de réconciliation.
En Europe la révolution est le socialisme l'ont emporté et ils triomphent seulement dans la petite Albanie. La révolution l'avait emporté aussi ailleurs, en Union soviétique et dans certains pays d'Europe de l'Est, mais par la suite là-bas est produite la contre-révolution et le capitalisme l'a emporté de nouveau comme dans tous les autres pays du monde où domine la bourgeoisie. Les marxistes-léninistes permettront-ils que les peuples, le prolétariat mondial et la paysannerie héroïque dans tous les pays qui subissent la sauvage exploitation capitaliste soient mystifiés? Non, ils ne peuvent le supporter ni le permettre. A cet égard nous pouvons prendre l'Inde comme un exemple de souffrances, où, du fait de la féroce exploitation capitaliste, des centaines de milliers de personnes meurent chaque année. Brejnev, Kossyguine et consorts ont beau discourir qu'en Inde le socialisme l'emportera soi-disant par la voie pacifique, ils situation chez vous ne changera pas sans combat. Le prolétariat et la paysannerie indienne ne peuvent attendre qu'Indira Gandhi et les maharadjahs, leurs fils et leurs filles rendent eux-mêmes les terres et remettent les clés de leurs trésors. Brejnev, Kossyguine et consorts, ou leurs successeurs, auront beau clamer que l'Union soviétique, cette grande force, changera soi-disant le destin du monde ! Non, le destin du monde ne sera changé que par les peuples, par la révolution déclenchée les armes à la main, dans la voie que nous indiquent Marx, Engels, Lénine et Staline. Par des palabres comme celles des révisionnistes, on ne peut rien changer. Avec des palabres, les Nixon et tous les capitalistes vivront indéfiniment.
Actuellement, après toute cette action de diversion menée à l'encontre de la révolution par ces traîtres que sont les révisionnistes soviétiques, la situation est devenue quelque peu plus compliquée. Ainsi, en Inde, par exemple, les révisionnistes. par leur trahison, outre le soutien qu'ils apportent au gouvernement réactionnaire d'Indira Gandhi et à la ,bourgeoisie indienne, ont même désorienté l'ancien parti communiste et font divisé en trois fractions, dont deux ne sont pas marxistes-léninistes, mais s'intitulent ainsi, alors que seule la troisième fraction, votre parti, se tient sur des positions marxistes-léninistes.
Face à la trahison des révisionnistes, -nous, marxistes léninistes est révolutionnaires, nous devons nous maintenir fortement sur les positions révolutionnaires marxistes-léninistes, car c'est seulement dans cette voie que nous viendrons à bout des attaques de d'impérialisme, du révisionnisme .soviétique et de la social-démocratie, de ces attaques farcies de mensonges, de «théories», de fourberies et. d'un tas d'autres choses. Nous ferons face à leurs attaques, parce que nous sommes des révolutionnaires, parce que nous nous guidons sur l'idéologie du prolétariat, le marxisme-léninisme, l'idéologie la plus avance de l'humanité, qui représente l'aspiration des masses les plus révolutionnaires des peuples : de la classe ouvrière et de la paysannerie.
Nous devons aller au combat organisés, car cela revêt une grande importance. Si notre Parti, mettant à profit l'expérience de tous les partis marxistes-léninistes et du prolétariat mondial, a tenu tête aux ennemis et les a vaincus, c'est seulement parce qu'il a été organisé et a serré fortement les rangs dans une unité d'acier, de pensée et d'action. Alors que nous nous dressons aujourd1hui comme un mur de granit bâti sur les fondements de notre idéologie révolutionnaire, les révisionnistes, eux, sont un mur de torchis. Ila sont comme un panier de crabes qui s'entredévorent.
Le prolétariat indien et la paysannerie indienne, forte de centaines de millions d'hommes, affamés et avides de terres pendant des siècles, ont toujours combattu les Anglais, l'idéologie réactionnaire de la «résistance passive» de Gandhi, les maharajas et leurs gouvernements, et aujourd'hui ils vont de l'avant comme un rouleau compresseur qui grossit constamment ,pour écraser les ennemis et aplanir le chemin de l'avenir par où passera le peuple indien.
L’histoire de notre peuple, de votre peuple et de tous les ,peuples du monde nous apprend que nos. prédécesseurs ont lutté contre les exploiteurs, mais que leurs insurrections ont toujours été réprimées, car chaque peuple a manqué de l'élément primordial, d'un état-major dirigeant inflexible, d'un parti fort et capable, comme le parti marxiste-léniniste, le seul qui puisse guider le peuple avec détermination vers la victoire. Cet enseignement de l'histoire, les marxistes-léninistes du monde doivent, salon le point de vue de notre Parti, l'avoir constamment présent à l'esprit pour pouvoir consacrer toutes leurs forces à la création et à la consolidation de leurs partis marxistes-léninistes dans le feu de la lutte et selon les conditions réelles de chaque pays.
Dans la création de véritables partis communistes, il importe de tenir compte des conditions concrètes, intérieures et extérieures, de chaque pays, en sachant bien que le facteur intérieur est décisif, alors que le facteur extérieur, bien qu'important, demeure un facteur auxiliaire. La révolution sera déclenchée nécessairement par les masses révolutionnaires à l'intérieur de chaque pays, elle triomphera si elle est conduite par le parti marxiste léniniste, sinon, même si l'on accède à l'indépendance, on ne réalisera- pas la libération sociale des travailleurs, est le pays sera administré non pas par le peuple, mais par les gouvernements bourgeois, anti-populaires.
Si le peuple albanais dans sa lutte n'avait pas été guidé par son Parti communiste, même si, sans ce parti, il avait conquis par sa lutte une certaine indépendance, il n'en serait pas moins resté sous le joug d'un roi. Le peuple albanais a combattu, a. vaincu et s'est emparé du. pouvoir, car il avait à. sa tête son Parti communiste. L'armée soviétique nous a aidés, bien qu'aucun soldat soviétique n'ait mis les pieds en Albanie; cette arde représentait,. certes, un facteur extérieur de .grande importance, mais si nous n'avions pas combattu nous-mêmes, il n'y aurait pas aujourd'hui ,de socialisme en Albanie, car des forces extérieures, comme les impérialistes anglais, américains, le renégat Tito, etc.,. que nous avons tous âprement combattus, sans jamais fléchir, rôdaient autour d'elle pour asservir à nouveau. notre peuple.
C'est précisément en tenant compte de ce facteur déterminant que le révisionnisme soviétique actuel met tout en oeuvre pour combattre le Parti communiste (marxiste-léniniste) d'Inde, donc pour vous combattre, car c'est votre parti qui organisera le prolétariat est la paysannerie, qui dirigera tout le peuple indien dans la révolution, en se fondant sur les principes du marxisme-léninisme. Vous menez en Inde une lutte complexe et multiforme et à coup sûr vous vaincrez, car vous n'êtes pas seuls. Avec vous sont tous ceux qui se battent -contre les forces impérialistes, contre les révisionnistes soviétiques et leurs satellites.
Pour autant que nous sachions, votre parti a jeté ses fondements et, dans beaucoup de régions du pays, il mène actuellement des actions contre les propriétaires terriens et les riches. Je le répète, nous parlons de vos problèmes à partir de la connaissance que nous en avons, de l'extérieur; néanmoins, nous estimons que la voie qu'a choisie votre parti est juste. Le paysannerie indienne, qui est très pauvre, ne peut déceler et juger les machinations ténébreuses du gouvernement de Delhi, qui se tient très à l'écart du peuple, mais elle voit chaque jour plus clairement et éprouve sur son dos le joug pesant lu propriétaire terrien, qui lui enlève son pain et da laisse mourir de faim. Lorsque la terre est arrachée au propriétaire foncier et remise au paysan, celui-ci se convainc alors que c'est là la juste voie, et il prend conscience des grandes forces que possède le peuple pour résister non seulement au joug des propriétaires terriens, mais même au gouvernement réactionnaire est à son armée.
Nous, communistes, fidèles aux principes léninistes, nous nous opposons à la terreur individuelle, car nous sommes conscients que la suppression d'une personne ne coûte guère à la bourgeoisie qui la remplace facilement par une autre, qui la servira aussi bien, sinon mieux que la première. Nous; communistes, nous oeuvrons et luttons suivant un programme déterminé pour éliminer non pas des individus, mais la bourgeoisie en tant que classe, et parvenir à lui arracher des mains le pouvoir politique, économique et militaire.
Vous savez vous-même, et c°est ce que nous a enseigné notre propre expérience, que la bourgeoisie cherche, par la force et en les frappant durement, à inspirer la peur et à semer la panique parmi les masses, afin de les opprimer toujours davantage et de paralyser tout mouvement de leur
part. Lorsque nous avons entamé la lutte et les premières actions dans les villes, le peuple albanais se ranima. Il ne connaît pas la lâcheté, au contraire, il a pour tradition la bravoure, car il a toujours vécu l'arme à la main et a frappé ses ennemis sans merci. Cependant, l'occupant fit sévir dans notre pays une grande terreur au moyen de ses forces armées. Au début de l'occupation, la réaction, pour semer la panique, lança des slogans comme: «l'Italie est une grande puissance de 45 millions d'hommes, nous ne pouvons donc pas nous dresser contre elle, etc. Mais dès que nous entreprîmes nos premières actions dans les villes, la nouvelle s'en répandit dans le peuple comme une traînée de poudre. Puis; nous avons distribué des tracts, créé les premières unités de guérillas qui exécutaient chaque nuit, à tous les coins du pays; des actions comme l'incendie des dépôts de l'ennemi, la destruction de lignes électriques et téléphoniques, la suppression d'espions et de traîtres dangereux et fieffés, etc.. intensifiant la lutte organisée et dirigée par le Parti. Le peuple prit ainsi graduellement conscience de sa force et de la justesse de sa cause et il accrut sa participation dans la lutte. Chaque maison du peuple pauvre devint un nid de combattants. Le slogan de l'ennemi selon lequel nous n'étions soi-disant pas en mesure de combattre un grand Etat, comme l'Italie fasciste, fut réduit en poussière.
Toutefois, nous avons constamment eu présent à l'esprit qu'il ne faut aller au combat qu'organisés. Le Parti s'est attaché à bien expliquer cela au peuple. Nous avions donc le souci d'être organisés, et de la meilleure façon, et nous tenions même à ce que les membres du Parti fussent les premiers à s'organiser et à prendre conscience de ce que nous allions accomplir. Afin d'assurer la prise de conscience de tous ces camarades qui ne comprenaient pas notre ligne, nous avons employé tout d'abord la persuasion marxiste. Cependant, face à la lutte, aux attaques et au danger de l'ennemi, nous ne nous sommes pas beaucoup occupés de ces gens là. Lorsqu'ils n'ont pas suivi le Parti, nous les. avons laissés juger notre lutte en dehors de ses rangs. Autour du Parti, qui est le fer dè lance, s'unirent comme un seul homme l'armée, le Front, la jeunesse et les femmes. Il fallait frapper l'ennemi de front de façon organisée et par des actions bien étudiées. Je n'entends pas par là une guerre régulière, mais avant tout la nécessité pour tout le peuple de s'opposer en toute conscience à l'ennemi.
Nous fondant sur l'expérience des partis marxistes-léninistes et celle de notre Parti, nous pouvons dire que l'ennemi s'est efforcé et s'efforce encore de frapper le Parti, et dans le Parti en premier lieu sa direction et son unité, alors que dans le combat, il vise les éléments les plus courageux. Et puis l'ennemi a toujours dirigé ses flèches contre les organisations de masse pour désagréger leur mobilisation en lançant des mots d'ordre de propagande pernicieux fondés sur de vieilles conceptions philosophiques, désorienter les masses par tous les moyens, semer la, panique dans le peuple et faire échouer l'action du Parti. A ce propos, je vous cite un exemple. Naguère les Albanais étaient pour la plupart de religion musulmane. Néanmoins, l'immense majorité d'entre eux a participé activement au combat. Alors, pour briser leur unité dans la lutte dirigée par notre Parti communiste, les fascistes et les traîtres au pays se livrassent à des provocations, allant même jusqu'à tenter d'exploiter les sentiments religieux des masses. On sait que la religion musulmane considère l'élevage du porc somme un péché. Cherchant à profiter de cela, ils introduisaient la nuit-des porcs dans des mosquées et le lendemain disaient aux paysans: «Regardez ce qu'ont fait les communistes». Pour atteindre leurs objectifs les ennemis n'hésitaient donc devant aucun moyen.
Les révisionnistes modernes également, ont fait leurs ces viles pratiques contre-révolutionnaires et ils les pratiquent aujourd’hui à l'encontre des véritables partis marxistes-léninistes. Et actuellement vous l'éprouvez vous-mêmes sur votre dos, car en` Inde vous avez à faire face à deux partis, celui de Dange et celui des néo-révisionnistes qui se camouflent sous des mots d'ordre très chers aux véritables communistes et aux masses, somme le mot d'ordre «Vivent Lénine, Marx, Engels». Ils lancent constamment de tels mots d'ordre et il ne faut pas s'étonner de les entendre en lancer d'autres encore. Nous connaissons leurs tactiques, car les révisionnistes se trouvent tout près de nous, ici, en Europe. Mais toutes leurs manœuvres et leurs pièges tendus ne font pas long feu, car ce ne sont là que le produit du capitalisme et de l'impérialisme pourrissant,. agonisant, alors qu'aucun sophisme, aucun mensonge ne peut résister à notre idéologie, qui représente le nouveau.
Nous, savons que, comme nous l'enseignent. Marx et Lénine, la lutte du prolétariat dirigé par le parti est extrêmement importante, et selon moi, particulièrement en Inde. Je ne sais rien de très concret là-dessus, mais j'imagine que le prolétariat indien doit être très opprimé, très éprouvé, et qu'il doit donc exister chez vous un vaste champ d'action révolutionnaire.
De grandes possibilités de travail pour organiser la lutte et la mener de façon coordonnée existent aussi bien à la campagne que dans les villes. Nous savons que l'impérialisme et le capitalisme mondial ont concentre actuellement leurs forces dans les régions du monde qui possèdent les plus grandes richesses. Or, c'est précisément là que l'exploitation est plus marquée et; partant, la résistance plus grande. Evidemment, le gouvernement réactionnaire de Gandhi envoie aussi sa police dans les campagnes, mais il ne peut répartir toutes les forces de répression dont il dispose dans l'Inde entière; et par conséquent, votre parti a la possibilité d'organiser même la paysannerie, pour frapper la réaction de votre pays à partir des campagnes.
Certes, lorsque les forces sont organisées aussi dans les villes, le coup peut être porté de deux directions, et dans ces conditions, la bourgeoisie et les féodaux seront pris entre deux feux.
Toutefois, ayons bien en vue et n'oublions jamais que le paysan, de par sa nature et le caractère de son travail. et de son existence, est un petit bourgeois, qui, lorsqu'il obtient un avantage, s'en contente et ne demande pas davantage. Une fois une parcelle de terre assurée, il s'estime satisfait. Mais si l'on jette un regard sur l'histoire des insurrections paysannes en Europe, on est frappé par tous les flux et reflux de ces insurrections, qui ont échoué précisément pour la raison que je viens d'évoquer, alors que le prolétariat, lui, est très différent. Il pousse la révolution jusqu'au bout, car, comme le dit Marx, il n'a rien à perdre que ses chaînes. Le prolétariat sait qu'il faut s'emparer des usines et du pouvoir, et qu'il faut à cette fin renverser le vieux pouvoir de la bourgeoisie. Notre Parti a bien tenu compte de ce principe et il l'a suivi fidèlement dans la théorie comme dans la pratique. Dans notre pays il n'y avait pas beaucoup d'ouvriers, car l'industrie, presque inexistante, ne comptait que quelques petites usines et ateliers; aussi la classe ouvrière était-elle numériquement faible et la paysannerie constituait l'écrasante majorité de la population. Néanmoins, nous avons expliqué dès le début à notre paysannerie patriote et combattante l'essence de notre doctrine, nous l'avons éduquée selon l'idéologie prolétarienne, et c'est pourquoi elle s'est alliée au Parti, elle a grossi les rangs des unités de partisans, et nous l'avons ainsi amenée à penser comme les prolétaires. Il est vrai ,qu'elle se battait pour sa terre, mais elle comprit qu'en même temps que pour la terre elle devait se battre aussi pour le pouvoir, car c'est ainsi qu'elle abattrait la bourgeoisie et les occupants et s'assurerait la terre quelle aurait acquise. Certes, votre Parti également tient compte de ce précepte marxiste, car nos deux partis ont une même idéologie.
La manière d'agir avec les syndicats est un autre problème important et difficile à résoudre par vous comme par tous les nouveaux partis marxistes-léninistes d'Europe mis sur pied en Italie, France, Autriche, Allemagne et ailleurs. La classe ouvrière de ces pays, dans sa quasi-totalité, est encadrée dans les syndicats bourgeois, révisionnistes, réformistes. Les capitalistes possèdent une longue et riche expérience de travail auprès de ces syndicats, ils ont lié l'ouvrier par une forêt de lois, telles que le traitement économique; les assurances sociales, les salaires, de sorte que la classe ouvrière de notre continent ne bouge pas en dehors des règles établies par ces syndicats et elle craint l'isolement individuel, car si un ouvrier sympathise avec le parti marxiste-léniniste et se rallie à lui, le propriétaire capitaliste le licencie et les syndicats existants dirigés par les partis bourgeois et révisionnistes ne prennent pas sa défense.
A présent, le problème posé à tout parti marxiste-léniniste c'est d'étudier profondément et à tout prix la question des syndicats, de réfléchir sur la façon dont il faut renverser cette situation, défoncer ce mur et faire prendre conscience à la classe ouvrière de ne pas se laisser tromper par les syndicats bourgeois, les impérialistes et les révisionnistes. C'est là un problème de grande importance. Le problème qui se pose c'est de savoir s'il faut pénétrer dans ces syndicats ou s'il faut créer nos propres syndicats qui se tiennent sur des positions révolutionnaires combattantes, sans glisser vers les positions de la social-démocratie pas plus pour la lutte politique que pour la lutte économique. Ici, en Europe, et notamment en Occident, on a l'impression que se livre une lutte politique et économique, mais en fait, dans les rangs des syndicats on se livre uniquement à des marchandages entre les chefs de file de ces organisations, l'aristocratie ouvrière et la bourgeoisie. Même les prétendues manifestations organisées ont pour seul but de soutenir ces tractations.
Certes, pour nous, la question de la lutte que nous devons mener ne se pose pas de cette manière; nous sommes pour une lutte politique et économique de la classe ouvrière, évidemment en dehors des normes et des lois imposées par le capital. Si nous parvenons à diriger cette lutte de dehors, c'est très bien, si nous parvenons à la diriger de dedans, sans glisser vers les positions des capitalistes et des social-traîtres, cela non plus ne sera pas urne erreur si nous la dirigeons aussi de dehors tout en ayant introduit nos forces à l'intérieur. alors les réformistes. les révisionnistes et d'autres seront annihilés et nos positions dans les rangs de la classe ouvrière se consolideront.
La victoire dépend toujours du prolétariat. aussi est-il indispensable de lui faire prendre conscience de son rôle historique, afin qu'il comprenne idéologiquement et politiquement le rôle de sa force en tant que classe, qu'il comprenne théoriquement qu'il a devant lui un ennemi féroce, le capitalisme et tous ses organismes d'oppression, qu'il comprenne enfin que c'est .seulement par l'union, par l'unité autour d'un parti et sur la base d'un clair programme de lutte, guidé résolument par l'idéologie marxiste-léniniste, qu'il peut affronter les ennemis perfides de tout acabit.
C'est pourquoi je pense qu'il faut étudier ce problème. Il nous arrive parfois de discuter de ces problèmes avec les camarades des autres partis marxistes-léninistes qui viennent dans notre pays, mais nous-mêmes ne sommes pas en mesure de dire comment il faut organiser ce travail, car chacun connaît la situation de son pays mieux que quiconque. Notre tâche consiste seulement à procéder à un échange de vues.
Les capitalistes et les révisionnistes, afin de prolonger leur existence, recourent à toutes sortes de méthodes et de tactiques selon les situations et la croissance idéologique et politique de la classe ouvrière. En Allemagne, par exemple, on utilise à présent une nouvelle tactique. Quelle tactique? Eh bien, les ouvriers sont appelés à participer concrètement à la «gestion» du capital. Là où les capitalistes désirent mettre sur pied un grand établissement sidérurgique, on s'efforce de faire acquérir aussi des actions aux ouvriers, mais la majorité écrasante des actions sont aux mains des capitalistes, comme le grand capitaliste Thyssen, qui a embauché dans ses établissements des dizaines de milliers d'ouvriers. Alors, en évitant les grèves et les manifestations des ouvriers, il s'assure 95 pour cent des actions et en distribue seulement 5 pour cent aux ouvriers. Les ouvriers, de façon purement formelle, ont le droit d'envoyer leurs représentants au conseil d'administration de cette entreprise, à proportion des actions qu'ils détiennent. Mais quels sont ceux qui y vont et par qui sont-ils désignés? Ce sont des représentants de l'aristocratie ouvrière et les débats sont manipulés sur la base des 95 pour cent; de la sorte, les décisions sont prises soi-disant de façon «démocratique», quelques faveurs sont faites aux ouvriers, des débats animés ont lieu, parfois on organise aussi quelque «grève passive» pour donner l'impression que l'or fait quelque chose, alors qu'en vérité c'est le patron qui décide de tout, c'est lui qui décide aussi de ce qu'il donnera aux ouvriers. Voilà comment on agit en Allemagne. C'est ce que nous savons, mais il se peut que l'on pratique aussi d'autres tactiques.
C'est ce qu'a voulu faire aussi De Gaulle en France après les événements de mai 1966 provoqués par les. étudiants. Les puissantes manifestations qui se produisirent à l'époque en France, eurent pour effet d'ébranler quelque peu le capital monopoliste français. De Gaulle chercha à introduire une réforme de ce genre, mais les patrons du capital refusèrent; il les menaça alors d'abandonner le pouvoir et organisa à cette fin le référendum en prévenant le peuple que s'il ne votait pas pour lui il s'en irait. Dans les manœuvres en vue de ce référendum, l'actuel président français, Pompidou, ne fut pas sans jouer un rôle contre De Gaulle, certes pas ouvertement, mais cela n'en eut pas moins pour effet d'empêcher celui-ci de recueillir le nombre de voix nécessaire pour prendre de nouveau la tête du pouvoir et appliquer la prétendue réforme dont j'ai parlé. Dans ces circonstances, De Gaulle fut obligé de s'en aller.
Chez vous, par exemple, les patrons capitalistes se servirent beaucoup de Mahatma Gandhi, qui prônait la «résistance passive». Dans les conditions de l'Inde, votre parti marxiste-léniniste a un grand rôle à jouer. Nous pensons qu'il tient certainement compte de l'expérience sociale et de l'histoire du mouvement ouvrier et paysan de l'Hindoustan et des différents Etats de votre pays, qu'il met à profit l'expérience des luttes contre les Anglais, et contre les capitalistes en général, car en particulier il existe certainement d'autres problèmes dont il faut tenir compte, la situation ayant été et étant aujourd'hui différente d'un Etat à un autre. Il faut avoir en vue également toutes les questions qui relèvent de la conception du monde, comme celles de la religion, du niveau de développement économique et culturel de chaque Etat, etc. De l'étude de ces particularités et de ces conditions dépend l'attitude juste, conséquente et révolutionnaire du parti, et c'est sur cette base que se définissent aussi sa tactique et sa stratégie. Si je ne me trompe, ce qui importe c'est que ìa stratégie soit toujours la même; la tactique, par contre, peut varier selon les conditions de chaque Etat ou province. Votre parti peut suivre une certaine tactique à Calcutta, une autre à Bombay; une autre encore à Bihar, etc.
Dire également qu'il faut agir partout comme l'a fait le PTA dans les conditions de l'Albanie, cela n'est pas juste, n'est pas opportun. Pour le règlement des problèmes auxquels votre parti est confronté dans les conditions de votre pays, votre jugement sera sans aucun doute le plus juste, alors que le nôtre peut être non fondé, car il faut être en Inde, connaître bien la situation, avoir bien compris une question ou un problème donnés, pour pouvoir ensuite parler avec compétence.
Toutefois, cet échange d'expérience mutuel constitue pour chacun une grande richesse. Chaque fois que vous aurez le désir ou la possibilité de venir nous voir en Albanie, nous vous recevrons en amis et compagnons de combat.
Portons ce toast à l'amitié entre nos deux partis et nos deux peuples en lutte contre les impérialistes américains et les révisionnistes soviétiques, à la santé de vos camarades dirigeants et à votre santé.
Bon voyage et à bientôt ! Mes meilleures salutations à tous les camarades!
Fin