français


 

1914 - FRANCE

 

2014 - GAZA

 

Pour supprimer l'inévitabilité des guerres, il faut détruire l'impérialisme.

(Staline)

 

 

La Première Guerre mondiale

1914 - 1918

Lutte anti-guerre

 

 

MESSAGE DU COMINTERN (SH)


À L'OCCASION DE LA 100EME ANNIVERSAIRE

DE LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE



28 JUILLET 1914 - 28 JUILLET 2014

 


100 années se sont écoulées depuis le début de la Première Guerre mondiale (1914-1918). Pour nous, Staliniens-Hoxhaistes, et pour tous les prolétaires, les travailleurs et les classes exploitées et opprimées du monde, les événements d'il ya cent ans méritent sans aucun doute rester un sujet central d'étude et d'apprentissage. Nous devons démasquer les médias bourgeois-révisionniste qui s'est propagé l'idéologie du pacifisme à l'occasion de cet événement historique. Pacifisme ouvre la voie à la préparation idéologique de nouvelles guerres impérialistes. C'est la même classe encore au pouvoir qui a incité la Première Guerre mondiale et qui prepare nouvelles guerres impérialistes d'aujourd'hui - la bourgeoisie mondiale. Il est nécessaire d'expliquer la classe-nature de la guerre impérialiste et donc la nécessité de la guerre prolétarienne mondiale comme le moyen absolu de la lutte des classes du prolétariat mondial.


La Première Guerre mondiale a d'abord été connu que par la désignation de la Grande Guerre - jusqu'à 25 ans plus tard l'impérialisme mondial, le capitalisme a déclenché une deuxième conflit militaire de grande envergure des proportions encore plus grandes. La Grande Guerre était une guerre impérialiste, il est le reflet des rivalités et des contradictions entre les grandes puissances de son temps inter-impérialistes. Le camarade Staline a noté que:


"Vous souvenez-vous comment la Première Guerre mondiale a pris naissance. Elle est née de la volonté de re-diviser le monde. (...) Il y a des états capitalistes qui considèrent qu'ils ont été trompés dans la redistribution précédente des sphères d'influence, les territoires, les sources de matières premières, les marchés, etc, et qui voudraient un nouveau partage qui serait en leur faveur. Le capitalisme, dans sa phase impérialiste, est un système qui considère la guerre comme un instrument légitime de règlement des différends internationaux, une méthode légale, en fait, sinon en droit.” (Stalin, Interview Between J. Stalin and Roy Howard, 1936, traduit de l’édition en Anglais)


La Première Guerre mondiale a été menée principalement dans le continent Européen et a profondément modifié la carte politique, conduisant à l'effondrement de quatre des principaux empires réactionnaires qui ont marqué le monde depuis des décennies, voire des siècles: l'Empire Austro-Hongrois, la Russie tsariste, l'Empire Allemand, créé après l'unification de l'Allemagne en 1871, et l'Empire Ottoman. Mais si la Première Guerre mondiale a marqué la fin d'une époque déterminée de monde capitaliste-impérialiste, il y aurait aussi un événement survenant au cours de ce qui a changé pour toujours l'histoire de l'humanité: la Grande Révolution socialiste d'Octobre en Russie, dirigée par le Parti bolchevique de camarades Lénine et Staline, et qui a donné naissance au premier état socialiste de la dictature du prolétariat dans le monde et le premier grand pas vers l'élimination mondiale de sociétés fondées sur la domination de classe, la violence, l'oppression et l'exploitation.


La Première Guerre mondiale était un énorme massacre qui a duré plus de quatre ans. Bien que les estimations varient, le nombre total de décès, militaires et civils, devait être environ 20 millions (!). Les puissances impérialistes en confrontation étaient presque tous les pays européens, les soi-disant «pays occidentaux civilisés» comme l'Angleterre, la France, la Russie tsariste et plus tard aux États-Unis, d'un côté; et l'Allemagne, l'Empire Austro-Hongrois et l'Empire Ottoman, de l'autre côté. Les décennies qui ont précédé la guerre ont été marquées par un grand développement du capitalisme et surtout par sa progression vers son stade impérialiste et monopoliste. Bien sûr, parce que l'impérialisme signifie nécessairement la guerre, tout cela signifiait aussi que les armes savait aussi énormes progrès, étaient devenus plus dévastateur, avec des conséquences plus meurtrières pour les peuples de travail.


L'impérialisme a confirmé la puissance de sa première machine de guerre moderne. Mais la description de l'horreur qui a affecté le prolétariat, les travailleurs et les autres classes exploitées et opprimées de l'Europe au début du XXe siècle deviendrait terriblement commun dans les décennies suivantes, jusqu'à ce jour et toujours à l'avenir alors que le système capitaliste-impérialiste mondial dominé par la classe mondiale bourgeoise existe.


Comme nous l'avons déjà mentionné, le déclenchement de la Première Guerre mondiale a eu un impact profond sur le mouvement syndical. Par exemple, avec la trahison social-chauvin de l'anti-socialiste Deuxième Internationale, avec la lutte contre l'opportunisme et pro-Kautkyist, centriste-reconciliationist "2 ½ et international", avec la formation ultérieure de la glorieuse léniniste-stalinien III international , et aussi parce qu'il a contribué à la création de conditions politiques, sociales et historiques qui ont conduit à la Révolution d'Octobre de 1917. Cette séquence d'événements n'est pas par hasard. Il était cohérent et était intrinsèquement liée à la caractéristique la plus importante de la période historique de l'impérialisme - à la veille de la révolution socialiste mondiale.


C'est dans le travail du camarade Lénine, en particulier dans l'analyse de l'impérialisme et du processus de monde partage “entre trusts capitalistes» que l'immense tragédie de la Première Guerre mondiale trouve des éléments clés de compréhension. Camarade Lénine définissait l'impérialisme quand ce qui était déjà à l'stade de l'agression et l'occupation militaire des territoires et à travers l'analyse du «degré de concentration mondiale du capital et de la production".


C'est Lénine et le secteur le plus cohérent du mouvement ouvrier lié avec les bolcheviks - qui ont produit une analyse plus profonde et conséquente pour expliquer la Grande Guerre et l'ensemble de sa «barbarie civilisée». Voir au-delà des simples prétextes et les apparences de cette époque, le camarade Lénine donne une leçon de l'application des concepts théoriques fondamentaux du marxisme avec la réalité de leur temps, et utilise ces outils théoriques pour expliquer ce que les autres ont décrit comme le «somnambulisme» avec le principal puissances européennes marche inexorablement vers le grand conflit de 1914-1918. Loin d'être endormi, déjà en 1912, deux ans avant la guerre a éclaté, le Congrès de Bâle de l'Internationale Socialiste (alors encore lié au mouvement du travail) a mis en garde contre le danger réel du déclenchement de la guerre impérialiste et a appelé à la lutte contre le cette catastrophe.


Il a également été pendant la guerre (1916) que le camarade Lénine a écrit son ouvrage classique «L'impérialisme, stade suprême du capitalisme", qui systématise l'analyse permettant de comprendre la véritable essence des événements qui ont ensuite vécu. Pour Lénine, la guerre était inséparable du capitalisme dans sa phase impérialiste. Avec des mots intemporels, Lénine écrit:


L'impérialisme est le degré supérieur du développement du capitalisme, que celui-ci n'a atteint qu'au XX° siècle. Le capitalisme se sent désormais à l'étroit dans les vieux Etats nationaux sans la formation desquels il n'aurait pu renverser le régime féodal. Le capitalisme a développé a concentration au point que des industries entières ont été accaparées par les syndicats patronaux, les trusts, les associations de capitalistes milliardaires, et que presque tout le globe a été partagé entre ces “ potentats du capital ”, sous forme de colonies ou en enserrant les pays étrangers dans les filets de l'exploitation financière.(Lénine, Le socialisme et la guerre, 1915, édition en Français)


Mais Lénine appelait l'attention sur le fait que cette tendance à l'expansion ira inévitablement conduire à des conflits entre les puissances impérialistes, en particulier parce que «l'inégalité du développement capitaliste est une loi absolue du capitalisme". Ceci peut être appliqué à la situation de l'Allemagne, qui avait arrivé trop tard à l'unification nationale et a été laissé derrière en termes de colonisation. Cependant, c'était la puissance impérialiste qui était à l'époque connaît le développement le plus intense en termes économiques, et a exigé sa propre «lieu mérité" entre les grandes puissances impérialistes. La nature des guerres impérialistes réside dans le fait que le monde était déjà complètement réparti entre grandes puissances impérialistes dans leur recherche de main-d'œuvre, les ressources et les colonies qui pourraient leur assurer la maximisation du profit - le but final de toutes sortes de l'impérialisme. Bien sûr, cette prétention de la classe bourgeoise impérialiste allemand a été rejetée par les anciennes puissances impérialistes, en particulier par la Grande-Bretagne et la France. Il était donc inévitable que, depuis lors, chaque redistribution du monde signifie inévitablement la guerre impérialiste en dernière conséquence.


Se référant à l'idée - déjà à l'époque agitée pour quelques-uns - de créer des «États-Unis d'Europe», Lénine a dit:


"Les États-Unis d'Europe, en régime capitaliste, seraient comme une entente pour le partage des colonies. Or en régime capitaliste le partage ne peut avoir d'autre base, d'autre principe que la force. Le milliardaire ne peut partager le "revenu national" du pays capitaliste avec qui que ce soit, autrement que "en proportion du capital" (avec encore cette addition que le plus gros capital recevra plus qu'il ne lui revient). Le capitalisme c'est la propriété privée des moyens de production et l'anarchie dans la production. Prêcher le partage "équitable" du revenu sur cette base, c'est du proudhonisme, du béotisme de petit bourgeois et de philistin. On ne peut partager autrement que "selon la force". Or la force change avec le progrès économique. Après 1871 l'Allemagne s'est renforcée trois ou quatre fois plus vite que l'Angleterre et la France. Le Japon, dix fois plus vite que la Russie. Pour vérifier la force réelle de l'État capitaliste, il n'y a et il ne peut y avoir d'autre moyen que la guerre. La guerre n'est pas en contradiction avec les principes de la propriété privée; elle en est le développement direct et inévitable. En régime capitaliste, le développement égal des différentes économies et des différents États est impossible. Les seuls moyens possibles de rétablir de temps en temps l'équilibre compromis, ce sont en régime capitaliste les crises dans l'industrie, les guerres en politique.” (Lénine, Du mot d'ordre des États-Unis d'Europe, 1915, édition en Français)


Ce sont les raisons qui ont conduit à un conflit armé majeur en 1914-1918. Cela ne veut pas dire que, hier comme aujourd'hui, la recherche de prétextes pour justifier les guerres était moins hypocrite. Lénine écrivait que:


La mystification du peuple la plus largement pratiquée par la bourgeoisie dans cette guerre est le camouflage de ses buts de brigandage derrière l'idée de la “ libération nationale ”. Les Anglais promettent la liberté à la Belgique; les Allemands à la Pologne, etc. En réalité, comme nous l'avons vu, c'est une guerre entre les oppresseurs de la majorité des nations du monde pour consolider et étendre cette oppression.” (Lénine, Le socialisme et la guerre, 1915, édition en Français)


En d'autres termes, la Première Guerre mondiale est un conflit entre deux groupes de bandits impérialistes lutte contre de voir qui d'entre eux aurait le "droit" d'accomplir le maximum de profits.


Malgré la nette opposition à la guerre parmi les travailleurs de l'Europe et malgré que les syndicats révolutionnaires et des partis ouvriers de l'époque constituent un puissant mouvement de masse, qui ont été associés à des millions de travailleurs, surtout dans les grandes concentrations industrielles (dont le rôle est essentiel, même pour la conduite de la guerre), le déclenchement de la Première Guerre mondiale a révélé la face hideuse de réformiste et opportuniste social-chauvin trahison. Dans la plupart des pays, les partis sociaux-démocrates se mettent aux côtés de leurs-capitalistes-impérialistes bourgeois gouvernements, ils votent les crédits de guerre. Lénine écrivait:


Les socialistes du monde entier ont déclaré solennellement en 1912, à Bâle, qu'ils considéraient la future guerre européenne comme une entreprise “ criminelle ” et ultra-réactionnaire de tous les gouvernements, qui devait précipiter la chute du capitalisme en provoquant inévitablement la révolution contre ce dernier. La guerre est venue, la crise a éclaté. Au lieu de la tactique révolutionnaire, la majorité des partis social-démocrates ont appliqué une tactique réactionnaire et se sont rangés du côté de leurs gouvernements et de leur bourgeoisie. Cette trahison à l'égard du socialisme marque la faillite de la II° Internationale (1889-1914).” (Lénine, Le socialisme et la guerre, 1915, édition en Français)


Cette trahison a été contestée par quelques parties (en particulier par le Parti social-démocrate russe du travail du camarade Lénine) et par certains éléments minoritaires de la gauche radicale des partis sociaux-démocrates majeurs (tels que Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg dans le Parti social-démocrate allemand, qui ont refusé les crédits de guerre et payé de leur emprisonnement anti-guerre-combat). C'est cette bataille contre la guerre impérialiste qui fortifie, quelques années plus tard et déjà avec une énorme influence de la Révolution d'Octobre de 1917, le mouvement communiste international. Analysent les causes de cette situation, Lénine écrivait:


"Durant toute l'existence de la II° Internationale, une lutte s'est poursuivie à l'intérieur de tous les partis social-démocrates entre l'aile révolutionnaire et l'aile opportuniste. Dans plusieurs pays, il y a eu scission sur ce point (Angleterre, Italie, Hollande, Bulgarie). Aucun marxiste ne doutait que l'opportunisme fût l'expression. de la politique bourgeoise au sein du mouvement ouvrier, l'expression des intérêts de la petite bourgeoisie et de l'alliance avec “ leur ” bourgeoisie d'une partie minime d'ouvriers embourgeoisés contre les intérêts de la masse des prolétaires, de la masse des opprimés. Les conditions objectives de la fin du XIX° siècle renforçaient tout particulièrement l'opportunisme, l'utilisation de la légalité bourgeoise étant transformée de ce fait en servilité à son égard; elles créaient une mince couche bureaucratique et aristocratique de la classe ouvrière, et attiraient dans les rangs des partis social-démocrates nombre de “ compagnons de route ” petits-bourgeois. La guerre a accéléré ce développement, transformé l'opportunisme en social-chauvinisme, et l'alliance tacite des opportunistes avec la bourgeoisie, en une alliance ouverte. En outre, les autorités militaires ont décrété partoutla loi martiale et muselé la masse ouvrière, dont les anciens chefs sont passés, à peu près en bloc, du côté de la bourgeoisie." (Lénine, Le socialisme et la guerre, 1915, édition en Français)


Correctement, les bolcheviks prirent position contre la guerre et se sont battus pour le renversement révolutionnaire de l'impérialisme tsariste féodal en premier lieu, l'éclatement de la chaîne du système impérialiste mondial à son maillon le plus faible. Lénine a montré que c'est la loi de l'inégalité du développement du capitalisme qui donne lieu à des guerres impérialistes, qui compromettent la solidité de l'impérialisme et permettent de briser le front de l'impérialisme à son point le plus faible. Ensuite, ils sont allés à la destruction du gouvernement bourgeois qui a continué la guerre après le renversement du tsarisme dans la Révolution de Février 1917. L'histoire a montré clairement que la perspective révolutionnaire n'était pas une position aventuriste mais une évaluation correcte de la principale condition objective de la guerre - la crise aggravante de l'extérieur et à l'intérieur des pays. De cette crise, des meurtres et les destructions par la guerre émanent à la demande croissante des gens qui voulaient amener la fin de la guerre et qui ont lutté pour la paix contre les gouvernements impérialistes. La victoire de la Révolution d'Octobre de 1917 a confirmé la justesse de cette orientation et l'évaluation de la corrélation des forces créées. L'impact de la première construction socialiste dans l'histoire de l'humanité fait que cette conclusion est inéluctable.


Mais avec la fin de la guerre, les graines de futures crises ont commencé à émerger. Sous l'impact directe de la Révolution d'Octobre, la crise révolutionnaire causés par la guerre est arrivée en Novembre 1918 à l'élément principal des puissances centrales: Allemagne. Le 5 Novembre, la révolte des marins de la marine Allemande à Kiel commencé, les conseils révolutionnaires des travailleurs et des soldats ont hissé le drapeau rouge dans de nombreuses villes allemandes. Le 9 Novembre, à Berlin, les travailleurs ont défilé dans les casernes, les militaires désarmés et fraternisaient avec les soldats - à savoir, sous la direction de la Spartacusbund de Berlin. La république a été proclamée allemand - mais c'était la bourgeoise et non prolétarienne République. Le Kaiser est forcé d'abdiquer et le 11 Novembre l'armistice est signé. En Allemagne aussi, les classes laborieuses sont venues sur la scène en tant que protagonistes de l'histoire, mettant fin à la guerre. Mais la révolution allemande serait écrasé par la violence anti-communiste et la terreur - dont les sociaux-fascistes perfides du SPD ont été parmi ces principaux promoteurs. C'est dans ce contexte que, aussi en Allemagne, «l'environnement» a été créé pour l'augmentation de la forme nazi-fasciste de la dictature bourgeoise qui, à la promotion et au parrainage indispensable de l'impérialisme allemand et du monde, serait submergé le monde en une seconde guerre mondiale, même plus meurtrière que la Première Guerre mondiale.


Dans notre Ligne-Général, nous constatons que c'est la classe bourgeoise elle-même qui favorise l'union révolutionnaire et l'action par l'imposition de la guerre et le fascisme:


"Les plus le prolétariat et les paysans pauvres de tous les pays sont supprimés simultanément par le militarisme dans l'extérieur et par le fascism dans l’intérieur, plus leur lutte de résistance n'est pas seulement au niveau national, mais à l'échelle mondiale. C'est la bourgeoisie mondiale qui rassemble involontairement les forces contre les guerres impérialistes, contre la réaction et le fascisme. Cela aide aux communistes de mobiliser et d'organiser les forces de paix sous la direction du prolétariat mondial à l'échelle mondiale." [Ligne-Générale du Comintern (SH), Imperialist War and World Revolution, traduit de l’édition en Portugais]


En fait, au cours de la Première Guerre mondiale, les bolcheviks Russes avec des camarades Lénine et Staline à la tête ont mené avec succès des travailleurs russes et transformé la Russie - qui deviendra plus tard l'Union soviétique - dans le centre de la révolution mondiale à l'époque, en mesure d'abroger même l'agression lancée par monde capitalistes-impérialistes et leurs laquais russes contre elle. Les bolcheviks Russes tourné cela en une guerre civile révolutionnaire que les prolétaires, les travailleurs et les autres classes exploitées et opprimées gagné.


Aujourd'hui, un siècle après la Première Guerre mondiale, nous, Staliniens-Hoxhaistes, nous devons être une avant-garde efficace du prolétariat mondial en prévenir une autre guerre impérialiste mondiale par l'accomplissement de la révolution socialiste mondiale, la dictature du prolétariat mondial, le socialisme mondial et le communisme mondial toujours appliquer fidèlement les enseignements de Marxisme-Léninisme-Stalinisme-Hoxhaisme. Cependant, si nous ne sommes pas en mesure de le faire, alors nous devons accomplir la transformation de la guerre impérialiste mondiale dans la guerre civile révolutionnaire mondial pour l'anéantissement totale et définitif de la mondialisation système d'asservissement bourgeois-capitaliste-impérialiste.


Les guerres impérialistes émanent nécessairement de l'impérialisme. Et des révolutions prolétariennes internationales émanent inévitablement des guerres impérialistes. Ainsi, avec l’1 Août 1914, la révolution mondiale émanait en 1917 la victoire de la Révolution d'Octobre. C'est également dans ce contexte que s'est produit le début de la diffusion de la Révolution d'Octobre de la Russie à travers le monde. La Révolution d'Octobre a ouvert la voie à l'établissement de la dictature du prolétariat et de la création du camp socialiste mondial. Le caractère international et la signification de la Révolution d'Octobre et les tactiques anti-guerre des bolcheviks sont toujours valables pour nous aujourd'hui:


Les bolcheviks n'étaient pas de simples pacifistes, soupirant après la paix et se bornant à faire de la propagande en sa faveur, comme la majorité des social-démocrates de gauche. Les bolcheviks s'affirmaient pour une lutte révolutionnaire active en faveur de la paix, allant jusqu'à renverser le pouvoir de la belliqueuse bourgeoisie impérialiste. Ils rattachaient la cause de la paix à celle dé la victoire de la révolution prolétarienne, estimant que le plus sûr moyen de liquider la guerre et d'obtenir une paix équitable, une paix sans annexions ni contributions, était de renverser le pouvoir de la bourgeoisie impérialiste. Contre le reniement menchévik et socialiste-révolutionnaire de la révolution, et contre le mot d'ordre de trahison appelant au respect de l'« union sacrée » pendant la guerre, les bolcheviks formulèrent le mot d'ordre de « transformation de la guerre impérialiste en guerre civile.” (Staline, Histoire du Parti Communiste Bolchevik de l'URSS, La théorie et la tactique du Parti bolchévik dans les questions de la guerre, de la paix et de la révolution, 1938, édition en Français)


Seule la destruction complète de l'impérialisme mondial est absolument condition préalable à l'abolition de l'inévitabilité des guerres impérialistes. Notre lutte de classe actuelle, notre classe-guerre contre les guerres impérialistes, peut rien, mais la lutte pour la victoire de la révolution socialiste mondiale et l'établissement du socialisme mondial par la dictature du prolétariat mondial comme la seule garantie pour la suppression de l'inévitabilité signifie des guerres impérialistes.


"Le Stalinisme-Hoxhaisme - dans la question de la guerre et de la révolution - est la théorie et la tactique Marxiste-Léniniste de la victoire sur les guerres impérialistes au moyen de la révolution prolétarienne mondiale sous les conditions actuelles de la mondialisation, en général; et la théorie et la tactique de l'armement et de la défense militaire du monde de la dictature du prolétariat mondial, en particulier; il est - enfin et surtout - la théorie et la tactique de la transition vers la société sans classes, sans armes et pacifique à l'échelle mondiale - pour le communisme mondial.


Le Stalinisme-Hoxhaisme est la doctrine de la libération des guerres de l'impérialisme mondial, est la doctrine de l'abolition de l'inévitabilité de la guerre impérialiste mondiale, est la doctrine de la guerre prolétarienne mondiale de classe pour la libération définitive de la règle violent de la bourgeoisie mondiale, est la doctrine de la victoire du socialisme sur la guerre impérialiste à l'échelle mondiale, est la doctrine de la protection militaire de la domination mondiale du prolétariat.” [Ligne-Générale du Comintern (SH), Imperialist War and World Revolution, traduit de l’édition en Portugais]


La victoire de la révolution socialiste mondiale et l'instauration de la dictature du prolétariat mondial - c'est le seul moyen d'abolir la fatalité des guerres impérialistes. Cette était la principale leçon de la Première Guerre mondiale. Comme le camarade Enver Hoxha correctement fait remarquer:


"…le danger de guerre ne sera définitivement conjuré que lorsque le socialisme l'aura emporté dans le monde entier, ou du moins dans un certain nombre de grands pays impérialistes..." (Enver Hoxha, Discours prononcé á la Conférence des 81 Partis Communistes et Ouvriers à Moscou, le 16 Novembre 1960, Tirana, 1980, édition en Français)




Classes exploitées et opprimées du monde – unissez-vous sous la direction centralisée de l'Internationale communiste (SH)!


Renforcent l'esprit de l'internationalisme prolétarien: les travailleurs ne tirent pas sur les travailleurs, les peuples ne tirent pas sur les peuples!


Unissez-vous sous la direction du prolétariat mondial dans la lutte contre le début des guerres impérialistes et pendant les guerres impérialistes pour son finale!


Votent contre les crédits de guerre!


Forment des organisations révolutionnaires illégales dans les forces armées!


Soutienent la fraternisation entre les soldats du front, et la fraternisation entre les peuples à l'échelle mondiale!


Organisent des actions mondiales révolutionnaires des ouvriers et des paysans contre la guerre!


Tournez les armes contre la bourgeoisie dans tous les pays impérialistes!


Tournez les armes contre la bourgeoisie compradore dans les pays opprimés qui sont des laquais de la guerre impérialiste!


Unissez-vous la lute anti-guerre du prolétariat mondial à la lutte de libération des peuples opprimés et exploités pour le renversement de l'ennemi commun - l'impérialisme mondial!


Libérent les peuples de l'esclavage capitaliste, libérent les colonies et les pays dépendants du joug de l'impérialisme!


Transforment la guerre impérialiste en guerre civile!


Guerre contre la guerre impérialiste signifie faire la guerre de l'armée rouge prolétarien mondiale contre toutes les armées impérialistes du monde!


Unissez la cause de la paix du monde avec la cause de la victoire de la révolution prolétarienne mondiale!


Pour éliminer la fatalité de la guerre, il est nécessaire de renverser la domination de la bourgeoisie impérialiste à la fois dans son propre pays et à l'échelle mondiale!


Les néo-révisionnistes sont des ennemis de la révolution socialiste mondiale - ils sont donc contre le seul moyen de l'abolition des guerres impérialistes!


Abolir les guerres impérialistes signifie abolir le système impérialiste mondial!


Seulement le socialisme mondiale peut garantit l'abolition de l'inévitabilité des guerres impérialistes!


Mort au systéme bourgeois-capitaliste-impérialiste qui submerge le monde dans le sang pour un maximum de profits!


A bas toutes sortes de révisionnisme, le néo-révisionnisme et l'anti-communisme!


A bas toutes sortes de guerre, le fascisme, le capitalisme, l'impérialisme, le colonialisme, l'exploitation et l'oppression!


Vivent les 5 classiques du Marxisme-Léninisme: Marx, Engels, Lénine, Staline et Enver Hoxha!


Vive la revolution socialiste prolétarienne et armée mondiale!


Vive la dictature prolétarienne partout dans le monde!


Vive le socialisme mondial et le communisme mondial!


Vive le Comintern (SH), la seule organisation véritablement communiste dans le monde, le seul parti d’avant-garde du prolétariat du monde!

 

 

 

 

Les cinq classiques du marxisme-léninisme

en anglais

Guerre et Paix

 

 

Histoire du Parti communiste (bolchévik) de l’URSS

Chapitre 6 : Le parti bolchévik pendant la guerre impérialiste. La deuxième révolution russe (1914 à mars 1917)

 

1. L’origine et les causes de la guerre impérialiste.

 

Le 14 (27) juillet 1914, le gouvernement tsariste proclamait la mobilisation générale. le 19 juillet (1er août), l’Allemagne déclarait la guerre à la Russie.

La Russie entrait en campagne.

Bien avant le début de la guerre, Lénine, les bolchéviks avaient prévu qu’elle allait éclater inévitablement. Dans les congrès socialistes internationaux, Lénine avait formulé ses propositions visant à définir la ligne de conduite révolutionnaire des socialistes en cas de guerre.

Lénine indiquait que les guerres étaient l’accompagnement inévitable du capitalisme. Le pillage des territoires d’autrui, la conquête et la spoliation des colonies, la mainmise sur de nouveaux débouchés avaient plus d’une fois servi de motifs aux États capitalistes pour entreprendre des guerres de conquête. La guerre pour les pays capitalistes est un fait aussi naturel et aussi légitime que l’exploitation de la classe ouvrière.

Les guerres sont inévitables surtout depuis que le capitalisme, à la fin du XIXe et au début du XXe siècles, s’est définitivement transformé en impérialisme, stade suprême et dernier stade de son développement. Sous l’impérialisme, les puissantes associations (les monopoles) capitalistes et les banques prennent un rôle décisif dans la vie des États capitalistes. Le capitalisme financier y règne en maître. Il exige de nouveaux marchés, la conquête de nouvelles colonies, de nouveaux débouchés pour l’exportation des capitaux, de nouvelles sources de matières premières.

Mais dès la fin du XIXe siècle, tout le territoire du globe se trouvait partagé entre les États capitalistes. Cependant, le capitalisme, à l’époque de l’impérialisme, se développe d’une façon extrêmement inégale et par bonds : tels pays qui autrefois occupaient la première place, développent leur industrie avec assez de lenteur ; d’autres, qui étaient autrefois arriérés, les rattrapent et les dépassent par bonds rapides. Le rapport de forces économique et militaire des États impérialistes se modifie. Une tendance se manifeste en faveur d’un nouveau partage du monde. C’est la lutte pour ce nouveau partage du monde qui rend inévitable la guerre impérialiste. La guerre de 1914 fut une guerre pour repartager le monde et les zones d’influence. Elle avait été préparée longtemps à l’avance par tous les États impérialistes. Ses responsables, ce furent les impérialistes de tous les pays.

Cette guerre avait été particulièrement préparée par l’Allemagne et l’Autriche d’une part, et de l’autre, par la France et l’Angleterre, avec la Russie qui dépendait de ces deux derniers pays. En 1907 apparut la Triple Entente, ou l’Entente, alliance de l’Angleterre, de la France et de la Russie. L’autre alliance impérialiste était formée par l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et l’Italie. Mais au début de la guerre de 1914, l’Italie abandonna cette alliance pour rejoindre ensuite l’Entente. L’Allemagne et l’Autriche-Hongrie étaient soutenues par la Bulgarie et la Turquie.

En se préparant à la guerre impérialiste, l’Allemagne voulait enlever leurs colonies à l’Angleterre et à la France, et l’Ukraine, la Pologne et les provinces baltiques à la Russie. L’Allemagne menaçait la domination de l’Angleterre dans le Proche-Orient en construisant le chemin de fer de Bagdad. L’Angleterre redoutait le développement des armements navals de l’Allemagne.

La Russie tsariste visait à démembrer la Turquie ; elle rêvait de conquérir les Dardanelles, détroit reliant la mer Noire à la Méditerranée, et de s’emparer de constantinople. Il entrait aussi dans les plans du gouvernement tsariste d’annexer une partie de l’Autriche-Hongrie, la Galicie.

L’Angleterre voulait la guerre pour battre son dangereux concurrent, l’Allemagne, dont les marchandises évinçaient de plus en plus les siennes propres du marché mondial. En outre, l’Angleterre se proposait de conquérir sur la Turquie la Mésopotamie et la Palestine et de prendre solidement pieds en Egypte.

Les capitalistes français voulaient conquérir sur l’Allemagne le bassin de la Sarre, l’Alsace et la Lorraine, riches en charbon et en fer ; l’Alsace et la Lorraine avaient été enlevées à la France par l’Allemagne à l’issue de la guerre de 1870-1871.

Ainsi, c’étaient les graves antagonismes divisant les deux groupes d’États capitalistes qui avaient abouti à la guerre impérialiste.

Cette guerre de rapine pour un nouveau partage du monde affectait les intérêts de tous les pays impérialistes ; c’est pourquoi le Japon, les États-Unis d’Amérique et nombre d’autres États s’y trouvèrent, par la suite, également entraînés.

La guerre devint mondiale.

La guerre impérialiste avait été fomentée par la bourgeoisie dans le plus grand secret, à l’insu des peuples. Lorsqu’elle éclata, chaque gouvernement impérialiste s’attacha à démontrer que ce n’était pas lui qui avait attaqué ses voisins, mais que c’était lui la victime de l’agression. La bourgeoisie trompait le peuple en dissimulant les véritables motifs de la guerre, son caractère impérialiste, expansionniste. Chaque gouvernement impérialiste déclarait faire la guerre pour la défense de la patrie.

Les opportunistes de la IIe Internationale aidèrent la bourgeoisie à tromper le peuple. Les social-démocrates de la IIe Internationale trahirent lâchement la cause du socialisme, la cause de la solidarité internationale du prolétariat. Loin de s’élever contre la guerre, ils aidèrent au contraire la bourgeoisie à dresser les uns contre les autres les ouvriers et les paysans des États belligérants, en invoquant la défense de la patrie.

Ce n’est point par hasard que la Russie était entrée dans la guerre impérialiste aux côtés de l’Entente : de la France et de l’Angleterre. Il ne faut pas oublier qu’avant 1914, les principales industries de Russie étaient détenues par le capital étranger, surtout par le capital français, anglais et belge, c’est-à-dire par le capital des pays de l’Entente. Les usines métallurgiques les plus importantes de Russie se trouvaient entre les mains de capitalistes français. La métallurgie dépendait, presque pour les trois quarts (72%), du capital étranger. Même tableau pour l’industrie houillère dans le bassin du Donetz. Près de la moitié des puits de pétrole étaient aux mains du capital anglo-français. Une notable partie des profits de l’industrie russe allait aux banques étrangères, anglo-françaises principalement. Toutes ces circonstances, ajoutées aux emprunts qui avaient été contractés par le tsar en France et en Angleterre et qui se chiffraient par des milliards, rivaient le tsarisme à l’impérialisme anglo-français, transformaient la Russie en pays tributaire, en semi-colonie de ces pays.

La bourgeoisie russe comptait, en déclanchant la guerre, améliorer sa situation : conquérir de nouveaux débouchés, s’enrichir par les commandes militaires et les fournitures aux armées et mater du même coup le mouvement révolutionnaire en exploitant la situation crée par la guerre.

La Russie tsariste n’était pas préparée à la guerre. Son industrie retardait fortement sur celle des autres pays capitalistes. La plupart des fabriques et des usines étaient vieilles, leur outillage usé. L’agriculture, étant donné le régime de propriété semi-féodal et l’appauvrissement, la ruine des masses paysannes, ne pouvait servir de base économique solide pour une guerre de longue haleine.

Le tsar s’appuyait principalement sur les féodaux de la terre. Les grands propriétaires fonciers ultra-réactionnaires, alliés aux grands capitalistes, régnaient en maîtres dans le pays et à la Douma d’État. Ils appuyaient entièrement la politique intérieure et extérieure du gouvernement tsariste. La bourgeoisie impérialiste russe comptait sur l’autocratie tsariste comme un poing ganté de fer, capable d’un côté de lui garantir la conquête de nouveaux marchés et de nouveaux territoires et, de l’autre, de mater le mouvement révolutionnaire des ouvriers et des paysans.

Le parti de la bourgeoisie libérale, — les cadets – figurait l’opposition ; il soutenait cependant sans réserve la politique extérieure du gouvernement tsariste.

Les partis petits-bourgeois socialiste-révolutionnaire et menchévik, tout en se retranchant derrière le drapeau du socialisme, aidèrent dès le début de la guerre la bourgeoisie à tromper le peuple, à cacher le caractère impérialiste et spoliateur de la guerre. Ils prêchaient la nécessité de sauvegarder, de défendre la « patrie » bourgeoise contre les « barbares prussiens » ; ils appuyaient la politique d’ « union sacrée » et aidaient ainsi le gouvernement du tsar russe à faire la guerre, comme les social-démocrates allemands aidaient le gouvernement du kaiser à faire la guerre aux « barbares de Russie ».

Seul, le Parti bolchévik demeura fidèle au glorieux drapeau de l’internationalisme révolutionnaire ; seul, il resta fermement attaché aux positions marxistes de lutte résolue contre l’autocratie tsariste, contre les propriétaires fonciers et les capitalistes, contre la guerre impérialiste. Le Parti bolchévik, dès l’ouverture des hostilités, s’en tint à ce point de vue que la guerre avait été déclenchée, non pour défendre la patrie, mais pour s’emparer des territoires d’autrui, pour piller les autres peuples dans l’intérêt des propriétaires fonciers et des capitalistes, en sorte que les ouvriers devaient résolument faire la guerre à cette guerre.

La classe ouvrière soutenait le Parti bolchévik.

À la vérité, l’ivresse patriotique de la bourgeoisie, qui, au début de la guerre avait gagné les intellectuels et les éléments koulaks de la paysannerie, avaient également touché une certaine partie des ouvriers. Mais c’étaient surtout des membres de l’ « Union du peuple russe » — union de fripouilles – et une partie des ouvriers à tendances socialistes-révolutionnaires et menchéviques. Il est évident qu’ils ne traduisaient pas et ne pouvaient pas traduire l’état d’esprit de la classe ouvrière. Ce sont ces éléments là qui participaient aux manifestations chauvines de la bourgeoisie, organisées par le gouvernement tsariste dans les premiers jours de la guerre.

 

 

 

2. Les partis de la IIe Internationale se placent aux côtés de leurs gouvernements impérialistes respectifs. La IIe Internationale se désagrège en partis social-chauvins séparés.

 

Lénine avait plus d’une fois mis en garde contre l’opportunisme de la IIe internationale et la carence de ses chefs. Il répétait sans cesse que les chefs de la IIe internationale n’étaient contre la guerre qu’en paroles ; qu’au cas où la guerre éclaterait, ils pourraient bien abandonner leurs positions et se ranger aux côtés de la bourgeoisie impérialiste ; qu’ils pourraient devenir partisans de la guerre. Cette prévision de Lénine se confirma dès le début des hostilités.

En 1910, le congrès de la IIe internationale tenu à Copenhague avait décidé que les socialistes, dans les parlements, voteraient contre les crédits de guerre. Pendant la guerre des Balkans, en 1912, le congrès de la IIe internationale, tenu à Bâle, avait proclamé que les ouvriers de tous les pays regardaient comme un crime de s’entre-tuer à seule fin d’augmenter les profits des capitalistes. Telle était la position prise en paroles, dans les résolutions.

Mais lorsque éclata le coup de tonnerre de la guerre impérialiste et qu’il fallut appliquer les décisions, les chefs de la IIe internationale s’avérèrent des félons, des traîtres au prolétariat, des serviteurs de la bourgeoisie ; ils devinrent partisans de la guerre.

Le 4 août 1914, la social-démocratie allemande vota au parlement les crédits de guerre, le soutien de la guerre impérialiste. L’immense majorité des socialistes de France, d’Angleterre, de Belgique et des autres pays en fit autant.

La IIe internationale avait cessé d’exister. En fait, elle s’était désagrégée en partis social-chauvins séparés, qui se faisaient mutuellement la guerre.

Traîtres au prolétariat, les chefs des partis socialistes passèrent sur les positions du social-chauvinisme et de la défense de la bourgeoisie impérialiste. Ils aidèrent les gouvernements impérialistes à duper la classe ouvrière, à l’intoxiquer du poison du nationalisme. Sous le drapeau de la défense de la patrie, ces social-traîtres excitèrent les ouvriers allemands contre les ouvriers français, les ouvriers français et anglais contre les ouvriers allemands. Il n’y eût qu’une minorité infime de la IIe internationale qui resta fidèle aux positions internationalistes et marcha contre le courant, certes sans assez d’assurance, sans beaucoup de détermination, mais néanmoins contre le courant.

Seul le Parti bolchévik avait, du premier coup et sans hésiter, levé le drapeau d’une lutte décidée contre la guerre impérialiste. Dans les thèses sur la guerre que Lénine rédigea à l’automne de 1914, il indiqua que l’effondrement de la IIe internationale n’était pas un effet du hasard. La IIe internationale devait sa perte aux opportunistes, contre lesquels les meilleurs représentants du prolétariat révolutionnaire avaient depuis longtemps mis en garde.

Les partis de la IIe internationale étaient, dès avant la guerre, atteints d’opportunisme. Les opportunistes prêchaient ouvertement l’abandon de la lutte révolutionnaire, ils prêchaient la théorie de l’ « intégration pacifique du capitalisme dans le socialisme ». La IIe internationale se refusait à combattre l’opportunisme ; elle était pour faire la paix avec lui et elle le laissait se fortifier. En pratiquant une politique de conciliation à l’égard de l’opportunisme, la IIe internationale était devenue elle-même opportuniste.

Avec les profits qu’elle tirait de ses colonies, de l’exploitation des pays arriérés, la bourgeoisie impérialiste achetait systématiquement, grâce à des salaires plus élevés et autres aumônes, les couches supérieures des ouvriers qualifiés, l’aristocratie ouvrière, comme on les appelait. C’est de cette catégorie d’ouvriers qu’étaient sortis maints dirigeants des syndicats et des coopératives, maint conseillers municipaux et parlementaires, maint employés de la presse et des organisations social-démocrates. Au moment de la guerre, ces gens, par crainte de perdre leur situation, deviennent des adversaires de la révolution, les défenseurs les plus enragés de leur bourgeoisie, de leurs gouvernements impérialistes.

Les opportunistes s’étaient transformés en social-chauvins. Ces derniers, y compris les menchéviks et les socialistes-révolutionnaires russes, prêchaient la paix sociale entre ouvriers et bourgeois à l’intérieur du pays, et la guerre contre les autres peuples, hors de leur pays.

Non moins dangereux pour la cause du prolétariat étaient les social-chauvins masqués, dits centristes. Les centristes, — Kautsky, Trotski, Martov et autres, — justifiaient et défendaient les social-chauvins déclarés, c’est-à-dire qu’avec les social-chauvins ils trahissaient le prolétariat, en couvrant leur trahison de phrases gauchistes sur la lutte contre la guerre, phrases destinées à abuser la classe ouvrière. De fait, les centristes appuyaient la guerre, puisque leur proposition de ne pas voter contre les crédits de guerre et de s’abstenir revenait à soutenir la guerre. Tout comme les social-chauvins, ils exigeaient l’abandon de la lutte de classe pendant la guerre, pour ne pas gêner leurs gouvernements impérialistes respectifs dans la conduite de la guerre. Sur toutes les questions importantes de la guerre et du socialisme, le centriste Trotski était contre Lénine, contre le parti bolchévik.

Dès l’ouverture des hostilités, Lénine avait commencé à rassembler les forces pour créer une nouvelle Internationale, la IIIe internationale. Déjà dans le manifeste lancé contre la guerre en novembre 1914, le Comité central du Parti bolchévik avait posé la tâche de créer une IIIe internationale à la place de la IIe internationale qui avait honteusement fait faillite.

En février 1915, à Londres, le camarade Litvinov, mandaté par Lénine, prit la parole à la conférence des socialistes des pays de l’Entente. Litvinov demanda la sortie des socialistes (Vandervelde, Sembat, Guesde) des gouvernements bourgeois de Belgique et de France, la rupture complète avec les impérialistes, le refus de collaborer avec eux. Il demanda à tous les socialistes de lutter résolument contre leurs gouvernements impérialistes et de réprouver le vote des crédits de guerre. Mais à cette conférence, la voix de Litvinov retentit solitaire.

Au début de septembre 1915, une première conférence des internationalistes se réunit à Zimmerwald. Lénine a qualifié cette conférence de « premier pas » dans la voie du développement du mouvement internationaliste contre la guerre. Lénine y constitua la gauche de Zimmerwald. Mais dans cette gauche zimmerwaldienne, seul le Parti bolchévik, avec Lénine en tête, occupait une position juste contre la guerre, une position allant jusqu’au bout de ses conséquences. La gauche de Zimmerwald publia en langue allemande la revue l’Avant-coureur, où étaient insérés les articles de Lénine.

En 1916, on réussit à convoquer dans le village de Kienthal, en Suisse, une deuxième conférence des internationalistes. Elle est connue sous le nom de deuxième conférence de Zimmerwald. À ce moment, des groupes d’internationalistes étaient apparus dans presque tous les pays ; la séparation des éléments internationalistes d’avec les social-chauvins s’était précisée. Mais l’essentiel, c’est que les masses elles-mêmes avaient à l’époque évolué à gauche sous l’influence de la guerre et des malheurs qu’elle engendrait. Le manifeste de Kienthal fut le résultat d’un accord entre les différents groupes qui s’étaient affrontés à la conférence. Il marqua un pas en avant par rapport au manifeste de Zimmerwald.

Mais la conférence de Kienthal, elle non plus, n’avait pas adopté les principes fondamentaux de la politique bolchévique : transformation de la guerre impérialiste en guerre civile, défaite des gouvernements impérialistes respectifs dans la guerre, constitution d’une IIIe internationale. Toutefois, la conférence de Kienthal contribua à dégager les éléments internationalistes qui plus tard devaient former la IIIe internationale, l’Internationale communiste.

Lénine critiqua les erreurs des internationalistes inconséquents, social-démocrates de gauche, comme Rosa Luxembourg, Karl Liebknecht ; mais il les aida en même temps à adopter une position juste.

 

 

3. La théorie et la tactique du Parti bolchévik dans les questions de la guerre, de la paix et de la révolution.

 

Les bolcheviks n’étaient pas de simples pacifistes, soupirant après la paix et se bornant à faire de la propagande en sa faveur, comme la majorité des social-démocrates de gauche. Les bolcheviks s’affirmaient pour une lutte révolutionnaire active en faveur de la paix, allant jusqu’à renverser le pouvoir de la belliqueuse bourgeoisie impérialiste. Ils rattachaient la cause de la paix à celle dé la victoire de la révolution prolétarienne, estimant que le plus sûr moyen de liquider la guerre et d’obtenir une paix équitable, une paix sans annexions ni con­tributions, était de renverser le pouvoir de la bourgeoisie impérialiste.

Contre le reniement menchévik et socialiste-révolutionnaire de la révolution, et contre le mot d’ordre de trahison appelant au respect de l’ « union sacrée » pendant la guerre, les bolcheviks formulèrent le mot d’ordre de « transformation de la guerre impérialiste en guerre civile ». Ce mot d’ordre signifiait que les travailleurs, y compris les ouvriers et les paysans armés et revêtus de la capote de soldat, devaient tourner leurs armes contre leur propre bourgeoisie et renverser son pouvoir, s’ils voulaient se débarrasser de la guerre et obtenir une paix équi­table.

Contre la politique menchévique et socialiste-révolutionnaire de défense de la patrie bourgeoise, les bolcheviks préco­nisèrent la politique de « défaite de son propre gouvernement dans la guerre impérialiste ». Cela voulait dire qu’on devait voter contre les crédits de guerre, créer des organisations révolutionnaires illégales dans l’armée, encourager la fraternisation des soldats sur le front et organiser l’action révolution­naire des ouvriers et des paysans contre la guerre, en transformant cette action en insurrection contre son gouvernement impérialiste.

Les bolcheviks estimaient que le moindre mal pour le peuple, dans la guerre impérialiste, serait la défaite militaire du gouvernement tsariste, puisqu’elle faciliterait la victoire du peuple sur le tsarisme et la lutte victorieuse de la classe ou­vrière pour son affranchissement de l’esclavage capitaliste et des guerres impérialistes. Lénine estimait au surplus que ce n’étaient pas seulement les révolutionnaires russes, mais aussi les partis révolutionnaires de la classe ouvrière de tous les pays belligérants qui devaient pratiquer la politique de défaite de leur gouvernement impérialiste.

Les bolcheviks n’étaient pas contre toute guerre. Ils étaient seulement contre la guerre de conquête, contre la guerre Im­périaliste. Les bolcheviks estimaient qu’il y a deux genres de guerres :

a) La guerre juste, non annexionniste, émancipatrice, ayant pour but soit de défendre le peuple contre une agression du dehors et contre les tentatives de l’asservir, soit d’affranchir le peuple de l’esclavage capitaliste, soit enfin de libérer les colonies et les pays dépendants du joug des impérialistes.

b) La guerre injuste, annexionniste, ayant pour but de conquérir et d’asservir les autres pays, les autres peuples.

Les bolcheviks soutenaient la guerre du premier genre. En ce qui concerne l’autre guerre, les bolcheviks estimaient qu’on devait diriger contre elle une lutte résolue, allant jusqu’à la révolution et au renversement de son gouvernement impérialiste. Les ouvrages théoriques composés par Lénine du temps de la guerre eurent une énorme importance pour la classe ou­vrière du monde entier. C’est au printemps de 1916 qu’il écrivit son Impérialisme, stade suprême du capitalisme. Lénine montra dans ce livre que l’impérialisme est le stade suprême du capitalisme, le stade où celui-ci, de capitalisme « progressif » qu’il était, s’est déjà transformé en capitalisme parasitaire, en capitalisme pourrissant ; que l’impérialisme est un capitalisme agonisant. Cela ne voulait point dire, bien entendu, que le capitalisme disparaîtrait de lui-même, sans une révolution du prolétariat ; que de lui-même, il achèverait de pourrir sur pied. Lénine a toujours enseigné que sans une révolution accomplie par la classe ouvrière, il est impossible de renverser le capitalisme. C’est pourquoi, après avoir défini l’impérialisme comme un capitalisme agonisant, Lénine montrait en même temps dans son ouvrage que « l’impérialisme est la veille de la révo­lution sociale du prolétariat ».

Lénine montrait que l’oppression capitaliste, à l’époque de l’impérialisme, allait se renforçant ; que dans les conditions de l’impérialisme, l’indignation du prolétariat augmentait sans cesse contre les bases du capitalisme ; que les éléments d’une explosion révolutionnaire se multipliaient au sein des pays capitalistes. Lénine montrait qu’à l’époque de l’impérialisme la crise révolutionnaire s’aggrave dans les pays coloniaux et dépendants ; que l’indignation s’accroît contre l’impérialisme ; que les fac­teurs d’une guerre libératrice contre l’impérialisme s’accumulent. Lénine montrait que dans les conditions de l’impérialisme, l’inégalité du développement et les contradictions du capita­lisme s’aggravent particulièrement ; que la lutte pour les mar­chés d’exportation des marchandises et des capitaux, la lutte pour les colonies, pour les sources de matières premières, rend inévitables les guerres impérialistes périodiques en vue d’un nouveau partage du monde. Lénine montrait que justement par suite de ce développement inégal du capitalisme, des guerres impérialistes éclatent qui débilitent les forces de l’impérialisme et rendent possible la rupture du front de l’impérialisme là où il se révèle le plus faible.

Partant de ce point de vue, Lénine en arrivait à conclure que la rupture du front impérialiste par le prolétariat était par­faitement possible en un ou plusieurs points  ; que la victoire du socialisme était possible d’abord dans un petit nombre de pays ou même dans un seul pays pris à part ; que la victoire simultanée du socialisme dans tous les pays, en raison du développement inégal du capitalisme, était impossible ; que le socialis­me vaincrait d’abord dans un seul ou dans plusieurs pays tandis que les autres pays resteraient, pendant un certain temps, des pays bourgeois.

Voici la formule de cette conclusion géniale, telle que Lénine la donna dans deux articles du temps de la guerre im­périaliste :

1° « L’inégalité du développement économique et politique est une loi absolue du capitalisme. I1 s’ensuit que la victoire du socialisme est possible au début dans un petit nombre de pays capitalistes ou même dans un seul pays capitaliste pris à part. Le prolétariat victorieux de ce pays, après avoir exproprié les capitalistes et organisé chez lui la production socialiste, se dresserait contre le reste du monde, capita­liste, en attirant à lui les classes opprimées des autres pays. .. » (Extrait de l’article « Du mot d’ordre des États-Unis d’Europe », août 1915. Lénine, Œuvres choisies, t. I, p. 755.)

2° « Le développement du capitalisme se fait d’une façon extrêmement inégale dans les différents pays. Au reste il ne saurait en être autrement sous le régime de la production marchande. D’où cette conclusion qui s’impose : le socialisme ne peut vaincre simultanément dans tous les pays. Il vaincra d’abord dans un seul ou dans plusieurs pays, tandis que les autres resteront pendant un certain temps des pays bourgeois ou pré-bourgeois. Cette situation donnera lieu non seulement à des frottements, mais à une tendance directe de la bourgeoisie des autres pays à écraser le prolétariat victorieux de l’État socialiste. Dans ces cas-là, la guerre de notre part serait légitime et juste. Ce serait une guerre pour le socialisme, pour l’affranchissement des autres peuples du joug de la bourgeoisie. » (Extrait de l’ar­ticle : « Le programme militaire de la révolution proléta­rienne », automne 1916. Lénine, Œuvres choisies, t. I, p. 888.)

Il y avait là une théorie nouvelle, une théorie achevée sur la révolution socialiste, sur la possibilité de la victoire du socia­lisme dans un pays pris à part, sur les conditions de sa victoi­re, sur les perspectives de sa victoire, — théorie dont les fon­dements avaient été définis par Lénine, dès 1905, dans sa brochure Deux tactiques de la social-démocratie dans la révolution démocratique.

Elle différait foncièrement de la conception répandue dans la période du capitalisme pré-impérialiste parmi les marxistes, au temps où ceux-ci estimaient que la victoire du socialisme était impossible dans un seul pays, que le socialisme triompherait simultanément dans tous les pays civilisés. C’est en partant des données relatives au capitalisme impérialiste, exposées dans son remarquable ouvrage L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, que Lénine renversait cette conception comme périmée ; il formulait une nouvelle conception théorique d’a­près laquelle la victoire simultanée du socialisme dans tous les pays était jugée impossible, tandis que la victoire du socia­lisme dans un seul pays capitaliste pris à part était reconnue possible.

Ce qui fait la valeur inappréciable de la théorie de Lénine sur la révolution socialiste, ce n’est pas seulement qu’elle a enrichi le marxisme d’une théorie nouvelle et qu’elle l’a fait pro­gresser. Ce qui fait sa valeur, c’est encore qu’elle donne une perspective révolutionnaire aux prolétaires des différents pays ; qu’elle stimule leur initiative pour livrer assaut à leur bourgeoisie nationale ; elle leur apprend à utiliser les circonstances de guerre pour organiser cet assaut et affermit leur foi en la victoire de la révolution prolétarienne.

Telle était la conception théorique et tactique des bolcheviks dans les questions de guerre, de paix et de révolution. C’est en se basant sur cette conception que les bolcheviks faisaient leur travail pratique en Russie.

Malgré les féroces persécutions policières, les députés bol­cheviks à la Douma, Badaev, Pétrovski, Mouranov, Samoïlov, Chagov, s’étaient mis, au début de la guerre, à faire le tour d’une série d’organisations pour y exposer l’attitude des bolcheviks devant la guerre et la révolution. En novembre 1914, la fraction bolchevique de la Douma d’État se réunit pour discuter de l’attitude à observer à l’égard de la guerre. Au troi­sième jour, l’ensemble des participants de la réunion furent arrêtés. Le tribunal condamna tous les députés à la perte des droits civiques et à la déportation en Sibérie orientale. Le gou­vernement tsariste accusait de « haute trahison » les députés bolcheviks de la Douma d’État.

Le procès révéla l’activité qui avait été déployée par les dé­putés de la Douma et qui faisait honneur à notre Parti. Les députés bolcheviks eurent une attitude courageuse devant le tribunal tsariste, dont ils se firent une tribune pour dénoncer la politique de conquête du tsarisme. Tout autre fut la conduite de Kaménev, impliqué dans la même affaire. Au premier danger, il renia par lâcheté la poli­tique du Parti bolchevik. Kaménev proclama au procès son désaccord avec les bolcheviks dans la question de la guerre ; il demanda, pour preuve, à faire citer le menchévik Iordanski comme témoin.

Les bolcheviks firent un gros travail dirigé contre les comités des industries de guerre, contre les tentatives des men­chéviks de soumettre les ouvriers à l’influence de la bourgeoi­sie impérialiste. La bourgeoisie avait un intérêt vital à présen­ter aux yeux de tout le monde la guerre impérialiste comme l’affaire du peuple entier. Pendant la guerre, elle avait pris une grande influence sur les affaires de l’État en créant sa propre organisation nationale, les unions des zemstvos et des villes. Il lui restait à soumettre les ouvriers à sa direction et à son influence. La bourgeoisie imagina un bon moyen pour y par­venir : la création de « groupes ouvriers » près les comités des industries de guerre. Les menchéviks s’emparèrent de cette idée de la bourgeoisie. Les bourgeois avaient intérêt à faire partici­per à ces comités des industries de guerre les représentants des ouvriers, afin qu’ils fissent de 1’agitation parmi les niasses ouvrières pour affirmer la nécessité d’intensifier la productivité du travail dans les fabriques d’obus, de canons, de fusils, de cartouches, et autres entreprises travaillant pour la défense. « Tout pour la guerre, tout en vue de la guerre », tel était le mot d’ordre de la bourgeoisie. Mot d’ordre qui signifiait en réalité : « Enrichis-toi tant que tu pourras dans les fournitures de guerre et l’annexion des territoires d’autrui ! » Les menchéviks prirent une part active à cette entreprise pseudo-pa­triotique de la bourgeoisie. Se faisant les auxiliaires des capitalistes, ils engageaient vivement les ouvriers à participer à l’élection des « groupes ouvriers ». Les bolcheviks étaient contre cette entreprise. Ils préconisaient le boycottage des comités des industries de guerre et ils réalisèrent ce boycottage avec succès. Une partie des ouvriers s’associa pourtant aux travaux de ces comités, sous la direction du menchévik notoire Gvozdev et de l’agent provocateur Abrossimov. Lorsque, en septembre 1915, les mandataires des ouvriers se réunirent pour procéder à l’élection définitive des « groupes ouvriers » des comités des industries de guerre, il se trouva que la plupart des mandataires étaient contre la participation à ces comités. Dans leur ma­jorité, les représentants des ouvriers adoptèrent une résolution condamnant nettement la participation aux comités des indus­tries de guerre et déclarèrent que les ouvriers s’assignaient comme tâche de lutter pour la paix, pour le renversement du tsarisme.

Un important travail fut également accompli par les bolcheviks dans l’armée et dans la flotte. Ils dénonçaient aux mas­ses de soldats et de matelots les responsables des atrocités de la guerre et des souffrances inouïes du peuple ; ils expliquaient que la révolution était pour le peuple le seul moyen de s’arra­cher à la boucherie impérialiste. Les bolcheviks créaient des cellules dans l’armée et dans la flotte, sur les fronts et dans les formations de l’arrière ; ils diffusaient des appels contre la guerre.

À Cronstadt, les bolcheviks constituèrent le « Groupe central de l’organisation militaire de Cronstadt », étroitement ratta­ché au Comité de Pétrograd du Parti. Une organisation militaire fut créée auprès du Comité de Pétrograd du Parti pour le travail parmi les troupes de la garnison. En août 1916, le chef de l’Okhrana de Pétrograd fit un rapport où on lit : « Dans le Groupe de Cronstadt, le travail est organisé très sérieuse­ment, clandestinement ; les participants sont tous des gens silen­cieux et circonspects. Ce groupe a aussi des représentants à terre. »

Le Parti faisait de l’agitation au front pour la fraternisa­tion entre les soldats des armées belligérantes ; il soulignait que l’ennemi était la bourgeoisie mondiale et qu’on ne pouvail terminer la guerre impérialiste qu’en la transformant en guerre civile, en tournant les armes contre sa propre bourgeoisie et son gouvernement. On voyait se multiplier les cas où telle ou telle formation militaire refusait de monter à l’attaque. Des faits de ce genre se produisirent en 1915, et surtout en 1916. Les bolcheviks firent un travail particulièrement important dans les armées du front Nord, qui étaient cantonnées dans les Provinces baltiques. Au début de 1917, le général Rouzski, commandant en chef de l’armée du front nord, fit un rapport à ses chefs hiérarchiques sur l’intense activité révolutionnaire déployée sur ce front par les bolcheviks.

La guerre marquait un tournant considérable dans la vie des peuples, dans la vie de la classe ouvrière mondiale. Elle avait mis en jeu les destinées des États, le sort des peuples et du mouvement socialiste. Aussi fut-elle en même temps une pierre de touche, une épreuve pour tous les partis et fous les courants qui se disaient socialistes. Ces partis et ces courants resteraient-ils fidèles à la cause du socialisme, à la cause de l’internationa­lisme, ou préféreraient-ils trahir la classe ouvrière, rouler leurs drapeaux et les jeter aux pieds de leur bourgeoisie nationale ? Voila comment la question se posait.

La guerre montra que les partis de la IIe Internationale n’avaient pu résister à l’épreuve, qu’ils avaient trahi la classe ouvrière et incliné leurs drapeaux devant leur bourgeoisie na­tionale, leur bourgeoisie impérialiste. Au reste, comment ces partis auraient-ils pu agir autrement, eux qui cultivaient dans leur sein l’opportunisme et étaient éduqués dans l’esprit des concessions aux opportunistes, aux natio­nalistes ? La guerre montra que seul le Parti bolchevik passait l’épreuve avec honneur et demeurait fidèle jusqu’au bout à la cause du socialisme, à la cause de l’internationalisme prolétarien. Et cela se conçoit : seul un parti d’un type nouveau, seul un parti éduqué dans l’esprit d’une lutte intransigeante contre l’opportunisme, seul un parti affranchi de l’opportunisme et du nationalisme, seul un tel parti pouvait passer la grande épreuve et demeurer fidèle à la cause de la classe ouvrière, à la cause du socialisme et de l’internationalisme. Ce parti-là, c’était le Parti bolchevik.

 

STALINE

De l'inévitabilité des guerres entre pays capitalistes

 

Certains camarades affirment qu'étant donné les nouvelles conditions internationales, après la deuxième guerre mondiale, les guerres entre pays capitalistes ne sont plus inévitables. Ils estiment que les contradictions entre le camp du socialisme et celui du capitalisme sont plus fortes que les contradictions entre pays capitalistes ; que les Etats-Unis d'Amérique se sont suffisamment soumis les autres pays capitalistes pour les empêcher de se faire la guerre et de s'affaiblir mutuellement ; que les hommes avancés du capitalisme sont assez instruits par l'expérience des deux guerres mondiales, qui ont porté un sérieux préjudice à l'ensemble du monde capitaliste, pour se permettre d'entraîner à nouveau les pays capitalistes dans une guerre entre eux ; que, de ce fait, les guerres entre pays capitalistes ne sont plus inévitables.

 

Ces camarades se trompent. Ils voient les phénomènes extérieurs affleurant à la surface, mais ils n'aperçoivent pas les forces profondes qui, bien qu'agissant momentanément de façon invisible, n'en détermineront pas moins le cours des événements.

 

En apparence, la "sérénité" règne partout : les Etats-Unis d'Amérique ont réduit à la portion congrue l'Europe occidentale, le Japon et les autres pays capitalistes ; l'Allemagne (de l'Ouest), la Grande-Bretagne, la France, l'Italie, le Japon, tombés dans les griffes des U.S.A., exécutent docilement leurs injonctions. Mais on aurait tort de croire que cette "sérénité" puisse se maintenir "pour l'éternité" ; que ces pays supporteront sans fin la domination et le joug des Etats-Unis d'Amérique ; qu'ils n'essaieront pas de s'arracher du joug américain pour s'engager sur le chemin de l'indépendance.

 

Considérons d'abord l'Angleterre et la France. Il est certain que ce sont des pays impérialistes. Il est certain que les matières premières à bon marché et les débouchés assurés ont pour eux une importance de premier plan. Peut-on imaginer qu'ils supporteront sans fin la situation actuelle, quand les Américains, à la faveur d'une "aide" prêtée au titre du "plan Marshall", s'installent dans le système économique de la Grande-Bretagne et de la France, système dont ils veulent faire un appendice de l'économie américaine ; quand le capital américain s'empare des matières premières et des débouchés dans les colonies anglo-françaises, préparant ainsi la catastrophe pour les profits exorbitants des capitalistes anglo-français ? N'est-il pas plus exact de dire que l'Angleterre capitaliste et, à sa suite, la France capitaliste seront finalement obligées de s'arracher à l'étreinte des U.S.A. et d'entrer en conflit avec eux pour s'assurer une situation indépendante et, bien entendu, des profits exorbitants ?

 

Passons aux principaux pays vaincus, à l'Allemagne (occidentale), au Japon. Ces pays mènent aujourd'hui une existence lamentable sous la botte de l'impérialisme américain. Leur industrie et leur agriculture, leur commerce, leur politique extérieure et intérieure, toute leur existence sont enchaînés par le "régime" d'occupation américain. Dire qu'hier encore c'étaient de grandes puissances impérialistes qui ébranlaient les assises de la domination de la Grande-Bretagne, des U.S.A., de la France en Europe et en Asie. Penser que ces pays n'essaieront pas de se relever, de briser le "régime" des U.S.A. et de s'engager sur le chemin de l'indépendance, c'est croire au miracle. On dit que les contradictions entre capitalisme et socialisme sont plus fortes que celles existant entre les pays capitalistes. Théoriquement, c'est juste, bien sûr. Ce n'est pas seulement juste aujourd'hui, cela l'était aussi avant la deuxième guerre mondiale.

 

C'est ce que comprenaient plus ou moins les dirigeants des pays capitalistes. Et cependant, la deuxième guerre mondiale n'a pas commencé par la guerre contre l'U.R.S.S., mais par une guerre entre paya capitalistes. Pourquoi ? Parce que, d'abord, la guerre contre l'U.R.S.S., pays du socialisme, est plus dangereuse pour le capitalisme que la guerre entre pays capitalistes. Car si la guerre entre pays capitalistes pose seulement le problème de la domination de tels pays capitalistes sur tels autres, la guerre contre l'U.R.S.S. doit nécessairement poser la question de l'existence même du capitalisme. Parce que, en second lieu, les capitalistes, bien qu'ils proclament, aux fins de "propagande", l'agressivité de l'Union soviétique, n'y croient pas eux-mêmes, puisqu'ils tiennent compte de la politique de paix de l'Union soviétique et savent que l'U.R.S.S. n'attaquera pas d'elle-même les pays capitalistes.

 

Au lendemain de la première guerre mondiale, on considérait aussi que l'Allemagne avait été définitivement mise hors de combat, de même que le sont aujourd'hui, selon certains camarades, le Japon et l'Allemagne. A ce moment, on disait aussi et on proclamait dans la presse que les Etats-Unis d'Amérique avaient réduit l'Europe à la portion congrue ; que l'Allemagne ne pourrait plus se relever ; qu'il ne devait plus y avoir de guerre entre pays capitalistes. Mais, malgré cela, l'Allemagne s'est remise debout comme une grande puissance quinze à vingt ans après sa défaite ; elle s'est évadée de sa captivité et engagée sur le chemin de l'indépendance. Chose caractéristique, c'est que la Grande-Bretagne et les Etats-Unis d'Amérique ont aidé eux-mêmes l'Allemagne à se relever économiquement et à rétablir son potentiel économique et militaire. Sans doute qu'en aidant l'Allemagne à se relever économiquement, les U.S.A. et la Grande-Bretagne entendaient diriger l'Allemagne, une fois relevée, contre l'Union soviétique, l'utiliser contre le pays du socialisme. L'Allemagne cependant a dirigé ses forces, en premier lieu, contre le bloc anglo-franco-américain. Et lorsque l'Allemagne hitlérienne eut déclaré la guerre à l'Union soviétique, le bloc anglo-franco-américain, loin de se rallier à l'Allemagne hitlérienne, fut obligée, au contraire, de se coaliser avec l'U.R.S.S. contre l'Allemagne hitlérienne.

 

Par conséquent, la lutte des pays capitalistes pour la possession des marchés et le désir de noyer leurs concurrents se sont pratiquement révélés plus forts que les contradictions entre le camp du capitalisme et celui du socialisme. On se demande : où est la garantie que l'Allemagne et le Japon ne se relèveront pas et ne tenteront pas de s'évader de la captivité américaine pour commencer une vie propre, indépendante ? Je pense que cette garantie n'existe pas. Il s'ensuit donc que l'inévitabilité des guerres entre pays capitalistes reste entière. On dit qu'il faut considérer comme périmée la thèse de Lénine selon laquelle l'impérialisme engendre inévitablement les guerres, puisque de puissantes forces populaires ont surgi maintenant, qui défendent la paix contre une nouvelle guerre mondiale. Cela est faux.

 

Le mouvement actuel pour la paix se propose d'entraîner les masses populaires dans la lutte pour le maintien de la paix, pour conjurer une nouvelle guerre mondiale. Par conséquent, il ne vise pas à renverser le capitalisme et à instaurer le socialisme, -- il se borne à des buts démocratiques de lutte pour le maintien de la paix. A cet égard, le mouvement actuel pour le maintien de la paix se distingue de celui qui existait lors de la première guerre mondiale, et qui, visant à transformer la guerre impérialiste en guerre civile, allait plus loin et poursuivait des buts socialistes.

 

Il se peut que, les circonstances aidant, la lutte pour la paix évolue çà et là vers la lutte pour le socialisme, mais ce ne sera plus le mouvement actuel en faveur de la paix, mais un mouvement pour renverser le capitalisme.

 

Le plus probable, c'est que le mouvement actuel en faveur de la paix, en tant que mouvement pour le maintien de la paix, contribuera, en cas de succès, à conjurer une guerre donnée, à l'ajourner temporairement, à maintenir temporairement une paix donnée, à faire démissionner le gouvernement belliciste et à y substituer un autre gouvernement, disposé à maintenir provisoirement la paix. Cela est bien, naturellement. C'est même très bien. Mais cela ne suffit cependant pas pour supprimer l'inévitabilité des guerres, en général, entre pays capitalistes. Cela ne suffit pas, car malgré tous ces succès du mouvement de la paix, l'impérialisme demeure debout, reste en vigueur. Par suite, l'inévitabilité des guerres reste également entière.

 

Pour supprimer l'inévitabilité des guerres, il faut détruire l'impérialisme.

 

[ Les problèmes économiques du socialisme en URSS (1952)]

 

 

 

 

Le socialisme et la guerre

1915

 

 

 

 

 Lénine - la faillite de la II° Internationale

 1915

Ecrit dans la deuxième quinzaine de mai-première quinzaine de juin 1915.
Paru en septembre 1915 dans la revue "Le Communiste".

 

L'opportunisme et la faillite de la II° Internationale

1916

Les héros de l'internationale de Berne

28 mai 1919.


 

KARL LIEBKNECHT

Déclaration au Reichstag du 2 Décembre 1914
contre le vote des crédits de guerre

[ 1 ]

 

 

Au sujet du projet qui nous est soumis, nous déclarons:

Il s'agit d'une guerre impérialiste, particulièrement du côté allemand, qui a pour but des conquêtes de grand style. Il s'agit, du point de vue de la course aux armements, dans le meilleur des cas d'une guerre préventive provoquée par le parti de la guerre allemand et autrichien dans l'ombre du semi-absolutisme et de la diplomatie secrète, guerre dont l'opportunité est apparue favorable au moment où d'importants crédits militaires allemands ont été obtenus et un progrès technique réalisé. Il s'agit également d'une entreprise bonapartiste en vue de la destruction et de la démoralisation du mouvement ouvrier. L'attentat de Sarajevo a été choisi comme prétexte démagogique. L'ultimatum autrichien du 23 juillet à la Serbie était la guerre, la guerre voulue. Tous les efforts de paix ultérieurs n'étaient que simple décor et subterfuges diplomatiques, qu'ils fussent entrepris sérieusement ou non par ceux qui y participèrent. C'est ce que nous ont appris avec une netteté croissante ces quatre derniers mois.

Cette guerre n'a pas été déclenchée pour le bien du peuple allemand. Ce n'est pas une guerre pour la défense du territoire et de la liberté. Ce n'est pas une guerre pour une plus haute « civilisation » - les plus grands pays européens de même « civilisation » se battent entre eux, et cela précisément parce que ce sont des pays de même « civilisation », c'est-à-dire de « civilisation » capitaliste. Sous la bannière trompeuse d'une guerre de nationalités et de races on poursuit une guerre où l'on trouve dans chaque camp le mélange le plus confus de races et de nationalités. Le mot d'ordre: « contre le tsarisme » n'a eu d'autre but que de mobiliser les instincts les plus nobles du peuple allemand, ses traditions révolutionnaires, au service des buts de guerre, de la haine entre les peuples. L'Allemagne, dont le gouvernement s'est tenu prêt à apporter au tsar sanglant une aide militaire contre la grande révolution russe, l'Allemagne, où la masse du peuple est économiquement exploitée, politiquement opprimée, où les minorités nationales sont étranglées par des lois d'exception, n'a aucune vocation à jouer au libérateur des peuples. La libération du peuple russe doit être l'oeuvre du peuple russe lui-même, tout comme la libération du peuple allemand ne peut être le résultat des tentatives de bienfaisance d'autres Etats, mais l'oeuvre du peuple allemand lui-même.

Pour mener à bien les manoeuvres scandaleuses grâce auxquelles la guerre a été déclenchée et en vue d'interdire toute opposition et de faire croire à l'unanimité chauvine du peuple allemand, l'état de siège a été proclamé, la liberté de presse et de réunion supprimée le prolétariat en lutte désarmé et contraint à une « union sacrée » au plus haut point unilatérale, qui - mal dissimulée derrière des « aveux » accessoires - n'est qu'une forme stylistique de la paix des cimetières.

Une énergie d'autant moindre a été déployée pour atténuer l'effroyable disette qui a frappé la majeure partie de la population. Même en ces temps difficiles, le gouvernement n'a pu se résoudre à prendre les mesures nécessaires sans tenir compte des objections de ceux qui mettent leur intérêt personnel, aujourd'hui comme toujours, au-dessus de celui des masses.

Quant à la façon dont la guerre est menée, elle suscite notre opposition farouche.

La proclamation du principe: « Nécessité fait loi » est la négation même de tout droit international

Nous protestons contre la violation de la neutralité du Luxembourg et de la Belgique, violation de traités solennels, invasion d'un peuple pacifique. Toutes les tentatives faites ultérieurement pour l'excuser ont échoué.

Nous condamnons le traitement cruel infligé à la population civile des territoires occupés. La dévastation de localités entières, l'arrestation et l'exécution d'innocents pris comme otages, le massacre d'individus désarmés, sans égard à l'âge ni au sexe, qui ont eu lieu en représailles d'actes de désespoir et de légitime défense, justifient la plus sévère condamnation. La même faute commise par d'autres armées ne peut servir d'excuse.

Nous regrettons les anomalies que manifeste encore le traitement des prisonniers de guerre dans tous les pays, l'Allemagne y compris. Nous exigeons dans cette question, comme pour le traitement des ressortissants civils des pays ennemis, une réglementation internationale immédiate dans un esprit humanitaire et sous le contrôle des neutres. Nous rejetons le principe des représailles.

Nous nous opposons résolument à toute annexion qui heurte le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et ne sert que les intérêts capitalistes. Loin d'être une assurance de paix, toute paix aboutissant à des conquêtes ouvrira une ère de course aux armements aggravée et portera dans son sein une nouvelle guerre.

Nous sympathisons avec les enfants du peuple qui accomplissent sur le champ de bataille des exploits surhumains en vaillance, en privations et en abnégation. Nous sommes avec eux comme avec notre propre chair et notre propre sang, dont nous demanderons, le moment venu, un compte impitoyable. Mais nous condamnons d'autant plus cette guerre; notre devoir vis-à-vis du peuple allemand et de l'humanité tout entière, vis-à-vis du prolétariat international auquel il appartient indissolublement, nous oblige à nous opposer de toutes nos forces à cet entredéchirement des peuples.

Nous exigeons la conclusion d'une paix rapide et honorable. Nous remercions nos amis des pays neutres de leurs précieuses initiatives dans ce sens et saluons les efforts de paix des puissances non belligérantes, dont le rejet ne sert que les buts de la politique d'annexions et des capitalistes de l'industrie des armements intéressés à une longue durée de la guerre.

Nous mettons les gouvernements et les classes dirigeantes de tous les pays belligérants en garde contre la poursuite de ce carnage et appelons les masses laborieuses de ces pays à en imposer la cessation. Seule une paix née sur le terrain de la solidarité internationale peut être une paix sûre. Prolétaires de tous les pays, unissez-vous à nouveau malgré tout !

En élevant une protestation contre la guerre, ses responsables et ceux qui la mènent, contre la politique générale qui l'a provoquée, contre les plans d'annexion, contre la violation de la neutralité de la Belgique, contre la dictature militaire, contre l'oubli des devoirs politiques et sociaux dont les classes dirigeantes se rendent coupables aussi et surtout maintenant, nous refusons les crédits demandés.


1 Cette déclaration, soumise par Liebknecht au groupe social-démocrate pour être lue à la séance du Reichstag du 2 décembre 1914 fut rejetée par le groupe, et son inscription dans le sténogramme des debats refusée.

 

L'ennemi principal est dans notre pays !

Depuis dix mois il fallait s'y attendre quotidiennement, depuis l'attaque de l'Autriche contre la Serbie : la guerre avec l'Italie est là.

Les masses populaires ont commencé à se dégager des filets de mensonges officielles. La compréhension des origines et des objectifs de la guerre mondiale, de la responsabilité directe et de son déclenchement s'est répandu aussi dans le peuple allemand. La folie des buts de guerre sacrés s'est progressivement effacé, l'enthousiasme pour la guerre disparaît, la volonté de faire rapidement la paix s'est accru énormément, partout - y compris l'armée.

Un souci grave pour les impérialistes allemands et autrichiens, qui ont cherché en vain leur salut. Il semble qu'ils l'ont trouvé maintenant. L'entrée en guerre de l'Italie doit leur fournir l'occasion de relancer la haine des peuples, d'étouffer la volonté de paix, d'effacer les traces de leur propre culpabilité. Ils comptent sur l'oubli du peuple allemand dont la patience a trop souvent été mis à l'épreuve.

Si le plan fatal réussit, ce serait l'anéantissement du résultat de dix mois d'expériences sanglantes, le prolétariat international serait de nouveau désarmé, éliminé en tant que facteur autonome.

Le Plan doit être compromis - si la partie du prolétariat allemand qui est resté fidèle au socialisme international est consciente et digne de sa mission historique dans ces temps inouïs.

Les ennemis du peuple comptent sur l'oubli des masses - nous opposons à leur spéculation le mot d'ordre :

 

Tout apprendre - ne rien oublier !

Ne rien oublier !

Nous avons vu que, lors de la déclaration de guerre, les masses ont été gagnées par les classes dirigeantes, à l'aide de séduisants refrains, au buts de guerre capitalistes. Nous avons vu éclater les chatoyantes bulles de savon de la démagogie, s'envoler les rêves fous du mois d'août, s'abattre sur le peuple, au lieu du bonheur, la misère et l'affliction, les larmes des veuves et des orphelins couler à flots, nous avons vu se maintenir la honte des trois dégrées, nous avons vu la canonisation interrompue du quatuor : semi-absolutisme - régime des junkers - militarisme - arbitraire policier, devenir une réalité amère.

L'expérience nous a averti : tout apprendre - ne rien oublier !

Repoussantes les tirades à l'aide desquelles l'impérialisme italien déguise sa politique de brigandage ! Repoussante cette tragi-comédie romaine où ne manque pas même la grimace devenue courante de l'union sacrée ! Mais plus repoussante encore est le fait que dans tout cela on reconnaît, comme dans un miroir, les méthodes allemandes et autrichiennes de juillet-août 1914.

Les fauteurs de guerre italiens méritent d'être flétris. Mais ce ne sont que les copies des fauteurs de guerre allemands et autrichiens, ces principaux responsables du déclenchement de la guerre. Bonnet blanc et blanc bonnet !

 

A qui le peuple allemand est-il redevable de cette nouvelle épreuve ?

 

A qui doit-il demander des comptes pour les nouvelles hécatombes qui vont s'accumuler ?

Il reste que l'ultimatum autrichien à la Serbie du 23 Juillet 1914 a été la torche qui a mis le feu au monde, même si l'incendie ne s'est étendue que plus tard à l'Italie.

Il reste que cet ultimatum a servi de signal pour le nouveau partage du monde et entraîné nécessairement tous les états des brigands capitalistes.

Il reste que cet ultimatum a posé la question de l'hégémonie dans les Balkans, en Asie Mineure et dans tout le bassin de la Méditerranée, et a aiguisé sur-le-champ tous les antagonismes entre l'Allemagne et l'Autriche d'une part, l'Italie de l'autre.

Si les impérialistes allemands et autrichiens cherchent maintenant à se dissimuler derrière le buisson de la politique de brigandage italienne, derrière les coulisses de la trahison italienne, s'ils retournent la toge de l'indignation morale de l'innocence affligée, alors qu'ils n'ont trouvé à Rome que leurs semblables, ils méritent les plus cruels sarcasmes.

Il s'agit de ne pas oublier comment on s'est joué du peuple allemand précisément dans la question italienne, comment les très honorables patriotes allemands se sont joués de lui.

Depuis toujours, l'alliance à trois avec l'Italie a été une farce. Sur ce point vous avez été trompés.

Les gens bien informés ont toujours su qu'en cas de guerre l'Italie serait un adversaire certain de l'Autriche et de l'Allemagne, et on vous la présentait faussement comme un allié sûr.

La Triplice - personne ne vous a demandé votre avis pour la conclure et la renouveler - décidait d'une bonne part du destin politique de l'Allemagne. Or jusqu'aujourd'hui, personne ne vous a jamais communiqué un seul mot de ce traité.

L'ultimatum autrichien à la Serbie, à l'aide duquel une petite clique surprit la majorité, était une violation du traité d'alliance avec l'Autriche et l'Italie, et personne ne vous en a rien dit.

Cet ultimatum a été lancé en dépit de l'opposition expresse de l'Italie, et l'on ne vous en a rien dit.

Dès le 4 mai de cette année, l'alliance avec l'Autriche était rompue par l'Italie. Jusqu'au 18 mai, ce fait a été caché aux peuples allemands et autrichiens, et même, défiant toute vérité, nié expressément par les autorités officielles. De la même façon que le peuple allemand et le Reichstag ont été trompés au sujet de l'ultimatum allemand à la Belgique du 2 août 1914.

Sur les pourparlers de l'Allemagne et de l'Autriche avec l'Italie, dont dépendait l'intervention de ce pays, vous n'avez pas eu votre mot à dire. Vous avez été traités comme des enfants dans cette question vitale, alors que le parti de la guerre, la diplomatie secrète, une poignée de gens à Berlin et à Vienne jouaient aux dés le sort de l'Allemagne.

Le torpillage du Lousitania a non seulement renforcé la puissance des partis de la guerre en Angleterre, en France et en Russie, provoqué un grave conflit avec les Etats-Unis, suscité dans tous les pays neutres une violente indignation contre l'Allemagne, mais encore facilité au parti italien de la guerre, précisément au moment critique, son oeuvre néfaste, et sur ce point aussi le peuple allemand a du se taire : la poigne de fer de l'état de siège lui serrait la gorge.

En mars de cette année déjà, la voie pouvait être ouverte à la paix - la proposition en avait été faite par l'Angleterre -, mais l'esprit de lucre des impérialistes allemands les a repoussée. Des efforts de paix riches d'espérance ont échoué, du fait de l'opposition de ceux qui sont intéressés à des conquêtes coloniales de grand style, à l'annexion de la Belgique et de la Lorraine française, de l'opposition également des propriétaires de grandes compagnies allemandes de navigation et de l'industrie lourde.

Cela aussi on l'a caché au peuple allemand ; il n'a pas été consulté.

A qui, demandons-nous, le peuple allemand est-il redevable de la poursuite de cette guerre cruelle, à qui est-il redevable de l'intervention de l'Italie ? A qui, sinon aux irresponsables responsables dans notre pays ?

 

Tout apprendre - ne rien oublier !

 

La copie italienne des événements allemands de l'été dernier ne peut fournir à l'homme qui réfléchit aucun motif de se livrer à une nouvelle ivresse guerrière, mais une raison de dissiper les faux espoirs d'une aube de justice politique et sociale, une nouvelle lumière pour l'éclairage des responsabilités politiques, pour montrer tout le danger que représentent les fauteurs de guerre autrichiens et allemands, un nouvel acte d'accusation contre eux.

Mais ce qu'il faut apprendre et ne pas oublier, c'est aussi et surtout la lutte héroïque que nos camarades italiens ont menée et mènent encore contre la guerre. Qu'ils mènent dans la presse, dans les réunions publiques, les manifestations de rue, qu'ils mènent avec une force et une audace révolutionnaires, en défiant, au risque de leur vie, l'assaut furieux des vagues nationalistes déchaînées par les dirigeants. A leur lutte, nos voeux de réussite enthousiastes ! Faites qu'il devienne le modèle de l'Internationale !

S'il l'avait été dès les premiers jours d'août, le monde s'en trouverait mieux.

 

Mais une volonté de lutte résolue ne connaît pas de « trop tard ».

 

C'en est fini du mot d'ordre absurde : « Jusqu'au bout ! », dont l'effet n'est que de nous enfoncer de plus en plus profondément dans le maëlstrom du carnage universel. Lutte de classe prolétarienne internationale contre la tuerie impérialiste internationale, tel est le commandement de l'heure.

 

L'ennemi principal de chaque peuple est dans son propre pays !

 

L'ennemi principal du peuple allemand est en Allemagne : l'impérialisme allemand, le parti de la guerre allemand, la diplomatie secrète allemande. C'est cet ennemi dans son propre pays qu'il s'agit pour le peuple allemand de combattre dans une lutte politique, en collaboration avec le prolétariat des autres pays, dont la lutte est dirigée contre ses propres impérialistes.

Nous ne faisons qu'un avec le peuple allemand et nous n'avons rien en commun avec les Tirpitz et les Falkenhayn allemands, avec le gouvernement allemand de l'oppression politique, de l'asservissement social. Rien pour ceux-ci, tout pour le peuple allemand ! Tout pour le prolétariat international, pour le prolétariat allemand, pour l'humanité qu'on foule aux pieds !

Les ennemis de la classe ouvrière comptent sur l'oubli des masses ; mais faites en sorte qu'ils se trompent ! Ils spéculent sur la patience des masses, mais nous lançons le cri impétueux :

Combien de temps encore les hasardeurs de l'impérialisme doivent-ils abuser de la patience du peuple ? Assez et plus qu'assez de la boucherie ! A bas les fauteurs de guerre de ce côté-ci et de l'autre de la frontière !

 

Fin au génocide !

 

Prolétaires de tous les pays ! Suivez l'exemple héroïque de vos frères italiens ! Unissez-vous dans la lutte de classe internationale contre le complot de la diplomatie secrète, pour une paix socialiste !

 

L'ennemi principal est dans votre propre pays !

 

tract
Mai 1915

 

 

Lettre à la rédaction du « Labour Leader »

[ 1 ]

 

Chers camarades,

Je me réjouis, à une époque où les classes dirigeantes d'Allemagne et d'Angleterre attisent par tous les moyens une haine sanglante entre nos deux peuples, de pouvoir, en tant que socialiste allemand, adresser à des socialistes anglais quelques mots de fraternité. J'ai la douleur de devoir les écrire en un temps où l'Internationale socialiste, notre certitude rayonnante d'autrefois, gît à terre avec tous nos espoirs, où de trop nombreux « socialistes » dans la plupart des pays en guerre - y compris l'Allemagne - se sont laissé, juste au moment où le caractère néfaste du régime capitaliste devenait plus manifeste que jamais, docilement atteler aux chars de guerre de l'impérialisme dans la plus pirate des guerres de piraterie. Mais je suis heureux et fier de vous adresser mon salut, précisément à vous, à l'I.L.P. (1), qui, dans le délire de la tuerie générale, avez sauvé, avec nos frères russes et serbes, l'honneur du socialisme.

La confusion règne dans les rangs du socialisme, et certains en rejettent la responsabilité sur les principes socialistes eux-mêmes. Mais ce ne sont pas ces principes qui ont failli, ce sont ceux qui les représentaient. Il n'y a rien à changer à notre enseignement, mais seulement à le rendre vivant, à le transfommer en actes.

Paillettes trompeuses sont les phrases sur la défense de la patrie et la libération des peuples, dont l'impérialisme orne ses instruments de meurtre. Chaque parti socialiste a son ennemi: l'ennemi du prolétariat international, dans son propre pays, c'est là qu'il doit le combattre. La libération de chaque peuple doit être son oeuvre propre.

Seul l'aveuglement peut exiger la continuation du massacre jusqu'à la défaite des « ennemis ». La prospérité des peuples est indissolublement liée: la lutte de classe du prolétariat ne peut être menée que sur une base internationale.

Des prétendus sages, dont l'âme opportuniste ne se laisse que trop volontiers entraîner par les tourbillons des vents diplomatiques, les déchaînements du chauvinisme, déclarent que l'avenir du mouvement ouvrier ne peut plus désormais être international. Mais la guerre mondiale, qui a détruit l'ancienne Internationale, est le meilleur plaidoyer en faveur de la nouvelle Internationale, une Internationale, certes animée d'un autre esprit, d'une autre résolution que celle dont les puissances capitalistes se sont joué si facilement le 4 août 1914.

Ce n'est que dans la collaboration des masses laborieuses de tous les pays en faveur de la paix que réside dès maintenant, durant la guerre, le salut de l'humanité. Nulle part ces masses n'ont voulu la guerre, nulle part elles ne la veulent. Doivent-elles, ayant au coeur la haine de la guerre, continuer à s'entredéchirer ? Aucun peuple ne doit commencer à parler de paix, eh bien, qu'ils en parlent tous en même temps. Et celui qui le premier en parlera montrera de la force, non de la faiblesse, et récoltera gloire et gratitude. Chaque socialiste doit agir aujourd'hui dans son pays en tant que combattant de classe et annonciateur de la fraternité internationale, dans la pleine confiance que chaque mot qu'il dira en faveur du socialisme, en faveur de la paix, chaque acte qu'il accomplira dans ce sens, suscitera les mêmes paroles et les mêmes actes dans les autres pays, jusqu'à ce que la flamme de la volonté de paix brille, claire, sur l'Europe.

L'exemple, que vous et nos frères russes et serbes, avez donné au monde, sera imité là où la social-démocratie est encore prise dans le filet des classes dirigeantes. Et je suis certain que la masse des ouvriers anglais se ralliera aux vaillantes troupes de l'I.L.P. Dès aujourd'hui, les sentiments de la classe ouvrière allemande aussi sont beaucoup plus proches qu'on ne le croit généralement d'une telle attitude. Elle manifestera sa volonté avec de plus en plus de fougue à mesure qu'elle percevra l'écho de son cri de paix dans les autres pays. Ainsi fera son chemin, dans le prolétariat de tous les pays en guerre, la résolution d'imposer, au moyen d'une action internationale, une paix dans le sens du socialisme, une paix qui ne soit pas fondée sur la haine, mais sur la fraternité, non sur la violence, mais sur la liberté, et qui porte en soi la certitude de durer.

Ainsi l'Internationale, en luttant et en réparant d'anciennes fautes, ressuscitera-t-elle pendant la guerre mondiale. Ainsi devra-t-elle ressusciter, mais en tant qu'Internationale nouvelle, accrue non seulement en force extérieure, mais en force révolutionnaire intérieure, en clarté, en disposition à surmonter tous les dangers de l'absolutisme, de la diplomatie secrète et des complots capitalistes contre la paix.

Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! Guerre à la guerre !

Salutations socialistes. Karl Liebknecht.

Berlin, décembre 1914.

 


1 Independent Labour Party, parti membre de la IIe Internationale.

 

 

Les hommes de Décembre (1915)

Après dix-huit mois de guerre le nombre de ceux qui refusent les crédits de guerre est passé, le 21 décembre 1915, à l'oecasion de la cinquième demande de crédits, à vingt. Est-ce la délivrance ? La situation peut tromper. Dressons un bilan clair.

La délivrance pourrait venir d'une minorité du groupe parlementaire qui, d'accord sur l'essence du socialisme et de l'impérialisme, sur les tâches du prolétariat contre l'impérialisme et la guerre, les méthodes de combat, serait un groupe capable d'action, aux buts clairs, allant de l'avant d'une facon résolue, une minorité du groupe parlementaire décidée à briser dans une lutte ouverte contre la majorité l'union sacrée extra-parlementaire, décidée à mener inlassablement la lutte de classe contre la guerre, le gouvernement et le régime social actuel, une minorité qui non seulement n'entraverait aucune force révolutionnaire, mais en créerait au contraire de nouvelles.

Mesurons à cette toise les hommes du 21 décembre et leurs actes.

Sont-ils d'accord sur les conceptions de base ? Nullement. Qui sont ces quelques représentants de l'internationalisme de principe qui rejettent le mot d'ordre mensonger de défense nationale, à côté de toutes sortes d'adversaires des conquêtes qui soutiennent ce mot d'ordre, qui en toute circonstance font montre de leur « patriotisme sincère », mais qui, après un an et demi, ont découvert dans la soupe de la « défense de la patrie » impérialiste le cheveu de la politique d'annexions, et à côté de ces croyants en la « sécurité » qui, se fiant à Hindenburg et à Falkenhayn, pensent que l'Allemagne a sufffisamment vaincu ? Des adversaires et des partisans de la politique du 4 août - le feu et l'eau à côté l'un de l'autre ! Même des partisans du principe des représailles auxquels la suppression du droit de prise - juste au moment où l'on foule aux pieds tout le droit des gens - paraît un baume miraculeux contre les fureurs de la barbarie guerrière et la clé du paradis de la paix entre les peuples ou tout au moins de son vestibule.

L'unanimité sur les principes est la condition première de toute action sérieuse. Elle fait complètement défaut aux hommes de décembre.

Sont-ils d'accord sur l'attitude à adopter à l'égard de la majorité ? Nullement. Seuls quelques-uns d'entre eux sont disposés à faire de la lutte contre elle un principe permanent de leur action. La plupart n'osent pas aller au-delà de la « violation de la discipline » dans la question des crédits, cherchent à tromper leur « esprit de discipline », jurent de défendre l'unité du parti, vantent leur radicalisme tardif comme le meilleur moyen pour calmer les masses rebelles, se consolent et consolent leurs collègues de la majorité dans l'attente d'un renouvellement prochain de leur fraternité d'armes. Et la fermeté, la sûreté des convertis de décembre que l'état d'esprit des masses a poussés dans l'opposition ? Il faudrait que ce sable mouvant se transforme en pierre avant que l'on puisse bâtir dessus.

Une disposition unanime à une action révolutionnaire énergique est la deuxième condition pour la seule activité légitime aujourd'hui pour le socialisme: la lutte de classe révolutionnaire contre la guerre et l'impérialisme. Cette condition, elle aussi, fait défaut aux hommes de décembre.

La minorité du 21 décembre, qui s'est constituée avec la bénédiction de Kautsky, ne représentait même pas ce jour-là un front uni, ce n'était qu'un rassemblement confus d'éléments hétérogènes les plus en vue de ce cas particulier; un groupe dont les conceptions, tant théoriques que pratiques, étaient à ce point contradictoires, d'un degré d'énergie et de fermeté si différent, qu'il était d'avance incapable de mener une politique socialiste conséquente; un conglomérat qui, s'il entravait l'action des éléments les plus avancés, constituerait un grave danger.

Mais le 21 décembre 1915 lui-même n'est-il pas une réfutation éclatante de cette thèse ? Nullement ! Il montre toutes les faiblesses de ce « groupe ». Assurément, le vote contre les crédits était un pas en avant. Assurément les dix-huit ont passé par le purgatoire de la violation de disciphne, lorsqu'à la séance plénière du Reichstag ils ont agi et parlé, bien que cela se produisît dix-sept mois trop tard. Mais le contenu de la déclaration montra aussitôt toute la bâtardise de l'action. Elle évite une prise de position trop brutale à l'égard de la majorité et même du gouvernement et des partis bourgeois: il ne fallait pas donner le spectacle de scènes violentes entre les membres du groupe parlementaire et - pour l'amour du Ciel ! - provoquer l'indignation des bourgeois. On était sage et distingué, comme il convient, en temps de guerre et sous le régime de l'état de siège, à des sociaux-démocrates bien élevés. Burgfrieden avant tout ! La déclaration aurait dû exploser dans le fracas du tonnerre et à la lueur des éclairs - elle avait le ton feutré, l'esprit réfléchi des hommes d'Etat « modérés ».

A tous les points de vue, l'opposition contre la guerre est faible et vaine - en un seul elle est incontestable, invulnérable: la reconnaissance de la communauté d'intérêts de la classe ouvrière, de son opposition fondamentale au régime capitaliste et de la nécessité de la lutte de classe internationale comme motivations souveraines de la tactique socialiste en temps de paix et en temps de guerre. D'où il s'ensuit: lutte acharnée contre l'impérialisme, phase suprême du capitalisme, contre la guerre et « l'union sacrée », expressions suprêmes de l'impérialisme, négations de la solidarité internationale et de la lutte de classe.

Toute politique qui rejette l'internationalisme de principe et ne se détermine pas par rapport à la guerre et à l'union sacrée, d'après l'essence historique de la guerre, du gouvernement et de l'ordre social existant; toute politique qui obéit au mot d'ordre de « défense nationale » et fait dépendre son attitude à l'égard du gouvernement et de la guerre, de la situation militaire du moment ou de telle déclaration concernant les objectifs de guerre, ne se distingue de la politique sans principes de la majorité officieusement acquise au gouvernement que par une plus grande inconséquence. Toute concession dans ce sens signifie une capitulation devant la politique de la majorité.

La déclaration du 21 décembre évite de prendre position à l'égard de chaque principe fondamental. Elle contient une phrase de méfiance à l'égard de la politique d'ensemble du gouvernement capitaliste, et dans la mesure où cette phrase, à vrai dire prudente et modérée, précède immédiatement la déclaration de refus des crédits, elle s'efforce de paraître supportable. Mais elle oublie toute caractéristique historique de la guerre, se garde même de prononcer le mot impérialisme, ne mentionne les plans de conquêtes que d'une façon superficielle, comme s'ils n'avaient été rendus publics que tout récemment, et s'achève sur ces mots: « Nos frontières nationales et notre indépendance sont assurées, [...] aucune invasion d'armées ennemies ne nous menace. » Phrase rédigée de façon volontairement équivoque, car elle ne présente pas la sécurité des frontières nationales comme motif du refus des crédits, mais seulement comme un fait, elle se propose de couper court à toute objection démagogique en disant à peu près ceci: « Même ce motif - là où il a été mis en avant - est écarté pour l'Allemagne, étant donné sa situation militaire favorable. » Mais elle reste si évasive - concession aux croyants de la « sécurité » -, elle se rattache si nettement à l'un des mots d'ordre les plus scabreux de la déclaration du 4 août 1914 qu'elle est des plus dangereuses. On peut dire de cette déclaration ce que, ce même 21 décembre, l'un des vingt écrivait aux dix-neuf autres:

« Elle frise l'approbation de la politique du 4 août 1914 - elle contient des tournures qui peuvent donner à la majorité du groupe parlementaire français un argument en faveur de la continuation de sa politique de guerre, créer des difficultés à la minorité et - en cas de renversement de la situation militaire - préparer le retournement de la minorité du groupe parlementaire allemand. C'est pourquoi elle est difficilement conciliable avec les décisions de Zimmerwald. »

Et ce qui est dit à la fin de cette lettre vaut également pour toute l'action du 21 décembre:

« Si réjouissants et précieux que soient le vote d'aujourd'hui et la déclaration des vingt à la séance plénière du Reichstag, leur importance - surtout en ce qui concerne le contenu de cette déclaration - ne sera déterminée que par la politique que ces camarades suivront à l'avenir. Ce n'est que si cette politique se caractérise comme manifestation de la volonté ferme de reprendre la lutte de classe, de supprimer radicalement l'union sacrée parlementaire qu'elle sera autre chose qu'un « beau geste ». Une opposition énergique au Reichstag, contre la volonté de la majorité, du groupe, est le « commandement de l'heure » de l'heure présente.

« Si les vingt font ici faillite, ils se condamnent eux-mêmes à l'impuissance. Cette impuissance se manifestera ouvertement, leur influence sur les masses ira au diable, et la majorité du groupe comme le gouvemement seront à l'avenir plus forts sur le plan parlementaire qu'avant le 21 décembre 1915. »

Mais qu'en est-il de la réalité de ce postulat ? La politique ultérieure des hommes de décembre a-t-elle imprimé à leur action l'empreinte qui seule lui aurait donné de la valeur ? C'est sur ce point qu'il faut se prononcer. Déjà, lors de la première séance du groupe parlementaire, après « l'acte de décembre », soufflait une légère brise printanière au lieu de l'ouragan que la situation exigeait; une pluie banale au lieu d'un orage déchaîné. La minorité joua avec l'idée de l'exclusion, mais personne n'y songeait sérieusement. Le tribunal destiné à juger les nouveaux coupables de violation de la discipline devint un « couche-couche », une simple menace de faire usage du bâton contre de futurs « excès » de la minorité. La volonté de collaboration disciplinée dans tous les domaines en dehors de la question des crédits et l'espoir d'une prochaine réconciliation apaisèrent les esprits, tant au sein de la majorité que dans la minorité.

Dès le 20 décembre, les hommes de décembre avaient commencé leur travail historique en essayant de s'opposer à l'action de leurs éléments les plus avancés, d'interdire toute critique à l'égard du ton mollasse de leurs représentants. S'ils n'y sont pas parvenus ce n'est pas à eux qu'en revient le mérite. Ce qui explique l'attitude des Geyer et consorts lors de la session de janvier du Reichstag, au cours de laquelle il fallait faire preuve d'énergie et de fermeté. Autant de séances, autant d'occasions perdues ! On n'appuya pas la tactique des questions orales, on la combattit au contraire sous des prétextes mesquins de correction parlementaire. On ne fit rien pour empêcher l'obstruction systématique et brutale dirigée au Reichstag contre un seul homme, non plus qu'à la violation honteuse du règlement grâce à laquelle on escamota la liberté de poser des questions orales. Par là, non seulement on rendit possible, mais on couvrit l'exclusion d'un député du groupe, exclusion contre laquelle on ne sut élever que des protestations de pure forme.

Mais le comble, c'est ce qui arriva le 15 janvier. A l'occasion de l'infâme manoeuvre d'excitation à la haine entre les peuples auquel se livra le Reichstag en prenant comme prétexte l'affaire du Baralong, l'un des hommes de décembre, Ledebour, prit la parole, mais sans prononcer un seul mot pour flétrir toute la bande d'énergumènes et dénoncer leurs buts, approuvant de façon à peine voilée le choeur d'indignation méprisable, la conduite scandaleuse de la guerre par l'Allemagne, le principe des représailles, tout cela avec de si timides réserves qu'elles lui valurent les louanges méritées de la presse bourgeoise réactionnaire. Et lorsque le député Örtel voulut constater l'accord unanime du Reichstag dans son indignation au sujet du « meurtre du Baralong », non encore prouvé, et de la note anglaise et qu'un seul contraria ce plan par un « non » vibrant, ce député le railla, aux applaudissements fougueux de l'Assemblée comme étant le seul opposant, sans soulever la moindre protestation dans le groupe de Geyer. Et pour le discours de Noske, contenant ce qu'il y avait de plus ignoble en fait de grossièreté et de trahison à l'égard du socialisme qui pût sortir de la bouche d'un « social-démocrate », la protestation de ce député resta aussi isolée que l'avait été le « non » jeté à la face d'Örtel.

Le 21 décembre peut-il être appelé une « délivrance » ? Non ! Ce fut, dans le meilleur des cas, une promesse - qui n'a pas été tenue. Ce pouvait être le passage du Rubicon, mais il ne fut suivi d'aucune bataille de Pharsale. Et il n'y en aura pas jusqu'à ce que la tempête de la volonté populaire ne dissipe en mars les fumées de la politique opportuniste et ne brise impitoyablement les branches pourries de l'indécision qui encombrent encore le chemin.

Spartakusbriefe (Lettres de Spartacus) 27 janvier 1916.

 

 

 


Berlin, Potsdamer Platz, 1er mai 1916

A bas la guerre ! A bas le gouvernement ! (Karl Liebknecht)


Montée de l'opposition à la guerre

Depuis août 1914, l'opposition à la guerre ne cesse de s'affirmer. Le 2 août 1914, lors de la réunion du groupe parlementaire social-démocrate, 14 députés – sur 92 présents – se prononcent contre le vote en faveur du budget de la guerre. Mais lors du vote le 4 août au Reichstag, ils se plient à la discipline du parti : les crédits militaires sont votés à l'unanimité. Le même jour, Rosa Luxemburg rassemble chez elle quelques personnalités social-démocrates de gauche pour envisager la façon de mener la lutte contre la guerre.

 

Le 2 décembre 1914, lors d'un vote sur une rallonge budgétaire pour le financement de la guerre, un seul député s'y oppose : Karl Liebknecht. L'exposé des motifs qu'il envoie au président du Reichstag (et que celui-ci refuse de publier) commence ainsi :

Cette guerre qu'aucun des peuples concernés n'a lui-même voulue n'a pas été déclenchée pour le bien-être du peuple allemand ou d'un autre peuple. C'est une guerre impérialiste, une guerre pour la domination capitaliste du marché international, pour la domination politique de régions importantes pour le capital industriel et financier.

Le 21 décembre 1915, 20 députés sociaux-démocrates votent contre les crédits militaires.

Dès 1915, la gauche du parti social-démocrate commence à s'organiser. Le groupe le plus fortement engagé contre la guerre est le Spartakus-Gruppe, qui se constitue autour de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht.

1er mai 1916 : Karl Liebknecht appelle à manifester contre la guerre et contre le gouvernement, Potsdamer Platz. Il est aussitôt arrêté, jugé à huis clos et condamné, en appel, en août 1916 à quatre ans et un mois de détention. Mais l'opposition à la guerre ne fera que s'amplifier – jusqu'à la révolution de 1918.

liebknecht

Tract de Karl Liebknecht : appel à manifester le 1er mai 1916

mai

[Conclusion du tract]

Ouvriers, camarades, femmes du peuple, ne laissez pas passer ce deuxième Premier Mai de la guerre mondiale sans en faire une manifestation du socialisme international, un acte de protestation contre la boucherie impérialiste !

En ce premier mai, nous tendons notre main fraternelle, par dessus les barrières de toutes les frontières, au peuple de France, de Belgique, de Russie, d'Angleterre, de Serbie, du monde entier. Le premier mai, nous crions à des milliers et des milliers de voix :

Halte au crime infâme du meurtre des peuples ! A bas les responsables – décideurs, provocateurs, profiteurs ! Nos ennemis ne sont pas le peuple français, russe ou anglais, ce sont les hobereaux allemands, les capitalistes allemands et leur comité exécutoire, le gouvernement allemand ! Luttons contre ces ennemis mortels de toute liberté, luttons pour tout ce que représente le bien-être et l'avenir de la cause ouvrière, de l'humanité et de la culture !

Halte à la guerre ! Nous voulons la paix !

Vive le socialisme ! Vive l'Internationale ouvrière !

Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !

 

 

Compte-rendu de la manifestation publié dans les Spartakus-Briefe 20, 15 mai 1916

Dès sept heures, la Potsdamer Platz et les rues qui y mènent étaient remplies de policiers à pied et à cheval. A huit heures précises se rassembla sur la place une foule si compacte de manifestants ouvriers (parmi lesquels les jeunes et les femmes étaient massivement représentés) que les escarmouches habituelles avec la police ne tardèrent pas. Les "bleus" et surtout leurs officiers furent bientôt saisis d'une extrême nervosité, et ils commencèrent à pousser la foule avec leurs poings.

A ce moment retentit la voix forte et sonore de Karl Liebknecht, qui était à la tête de la foule, au milieu de la Potsdamer Platz : "A bas la guerre ! A bas le gouvernement !" Aussitôt, un groupe de policiers s'empara de lui, ils firent une chaîne pour l'isoler de la foule et ils l'emmenèrent au poste de police de la gare de Potsdam. Derrière lui, on entendit retentir "Vive Liebknecht !" Les policiers se précipitèrent alors sur la foule et procédèrent à de nouvelles arrestations. Après que Karl Liebknecht eut été emmené, la police, excitée par les officiers qui se comportèrent de la façon la plus brutale, commença à repousser les masses de gens vers les rues adjacentes. C'est ainsi que se formèrent trois grands cortèges de manifestants, dans la Köthener Straße, la Linkstraße et la Königgrätzer Straße, qui avancèrent lentement en raison de heurts constants avec la police. A un moment, du brouhaha se détachèrent des mots d'ordre "A bas la guerre !", "Vive la paix !", "Vive l'Internationale !" et ils furent repris par des milliers de voix. Mais ce fut "Vive Liebknecht !" qui fut repris sans cesse le plus fortement. La nouvelle de son arrestation se répandit rapidement parmi les gens. Des milliers l'avaient vu à la tête de la manifestation et ils avaient entendu sa voix forte et stimulante. L'amertume et la douleur de voir le dirigeant bien aimé aux mains des sbires de la police emplissaient tous les cœurs, elles étaient sur toutes les lèvres. Les femmes, en particulier, poussèrent des gémissements et se répandirent en imprécations contre la police, contre la guerre, contre le gouvernement. La manifestation dura jusqu'à dix heures, la foule essayait sans cesse de pénétrer dans les rues adjacentes à partir des trois crotèges principaux, mais elle en était sans cesse empêchée par les policiers qui allaient en tous sens, sautaient et frappaient dans le tas. En alternance avec les slogans, on chantait la Marseillaise des ouvriers, la Marche des socialistes. Ce n'est que vers dix heures et demie, à certains endroits plus tard encore, que la foule des manifestants, tous animés d'une excellente humeur, se dispersa peu à peu. Selon une estimation modérée, le nombre des manifestants s'élevait à dix mille.

On peut mesurer quelle frayeur la manifestation avait faite au gouvernement au fait que, jusqu'à minuit, tout le quartier autour de la Potsdamer Platz est resté littéralement sumergé par la police montée et qu'au poste de la gare de Potsdam, où s'était établi le centre principal de commandement, les allées et venues de patrouilles nerveuses, les instructions et les rapports s'éternisèrent jusque près d'une heure du matin.

Rapport d'enquête figurant dans l'acte d'accusation contre Karl Liebknecht

Fin avril et le 1er mai, l'accusé Karl Liebknecht diffusa dans le Grand-Berlin autant qu'il en eut l'occasion des tracts intitulés "Tous à la fête du 1er mai !", ainsi que des papillons (Handzettel). Sur ces papillons, il appelait tous ceux qui étaient contre la guerre à se trouver Potsdamer Platz le premier mai à huit heures du soir. Sur ces papillons était aussi écrit comme slogan "Du pain ! La liberté ! La paix !" (souligné). Il se trouva lui-même en civil sur la Potsdamer Platz avec un certain nombre de ses camarades, à l'heure indiquée, pour participer à la fête et à la manifestation contre la guerre. Quelques centaines de personnes en tout, des jeunes pour la plupart, et également des femmes, se trouvèrent au même endroit avec les mêmes intentions. Comme il y a habituellement un trafic intense après huit heures du soir sur la Potsdamer Platz, en raison de la fermeture des magasins et de la proximité de plusieurs gares, la foule y devenait très dense, raison pour laquelle les policiers qui y avaient été dépêchés firent en sorte que les gens puissent gagner les rues latérales et ils dispersèrent de temps en temps les rassemblements qui se formaient sur les trottoirs. De temps à autre, il y eut des sifflements et des slogans lancés par la foule. Mais il n'y eut pas d'incident majeur, parce qu'il y avait sur place un fort déploiement policier et que les tentatives isolées de troubler l'ordre public purent être étouffées dans l'œuf. Juste au moment où un groupe de policiers cherchait à disperser les gens qui s'étaient attroupés sur le trottoir devant l'hôtel Fürstenhof, l'accusé, qui se trouvait dans un groupe de gens, s'écria d'une voix distinctement audible : "A bas la guerre ! A bas le gouvernement !" Les policiers qui se trouvaient à proximité, Becker et Rathke, s'emparèrent de l'individu, dont le nom leur était inconnu, pour l'emmener au poste. L'accusé y opposa de la résistance, en croisant les bras dans le dos, en penchant le buste en arrière et en appuyant les pieds contre le sol. Les deux fonctionnaires durent "littéralement soulever" le prisonnier pour le faire avancer. Pendant son transfert au poste de police, l'accusé continua de s'écrier : "A bas la guerre ! A bas le gouvernement !" Peu de temps après l'arrestation de l'accusé, le rassemblement se dispersa. Pendant tous ces événements, plusieurs centaines de soldats traversèrent la Potsdamer Platz, la plupart en provenance ou en direction d'une gare, sans toutefois participer à la manifestation. Quelques-uns, qui voulaient apparemment s'y attarder, furent invités par les patrouilles militaires à continuer leur chemin.


Sources. – Texte de Liebknecht au président du Reichstag et premier compte-rendu : Spartakusbriefe. Institut für Marxismus-Leninismus beim ZK der SED. Berlin : Dietz-Verlag, 1958. – Deuxième compte-rendu : Liebknecht, Karl, 1971. Gesammelte Reden und Schriften. Band IX. Berlin : Dietz Verlag. – Photo de Liebknecht et tract : Zur Geschichte der Kommunistischen Partei Deutschlands. Eine Auswahl von Materialien und Dokumenten aus den Jahren 1914-1946. Berlin : Dietz Verlag, 1954. – Traductions : JP.

 

 

Les prochains buts de votre lutte

Ouvriers et Soldats !

Maintenant c'est votre heure. Après une longue tolérance et des journées de silence vous êtes passés à l'acte. Il n'est pas exagéré de dire que le monde entier pose son regard sur vous et que vous tenez le sort du monde entre vos mains.

Ouvriers et Soldats ! Maintenant que l'heure de l'action est venu, il ne doit plus y avoir de retour. Les mêmes Socialistes, qui durant quatre années ont rendu des services de proxénète au gouvernement, ceux qui vous ont fait patienter chaque jour pendant les dernières semaines avec le gouvernement

Ouvriers et Soldats ! Ce que vos camarades ont réussi à Kiel, Hamburg, Bremen, Lübeck, Rostock, Flensburg, Hannover, Magdeburg, Braunschweig, München et Stuttgart, vous devez le réussir aussi. Car de votre succès, de votre ténacité et du succès de votre lutte dépend aussi la victoire de vos frères, dépend la victoire du prolétariat du monde entier.

Soldats ! Agissez comme vos camarades de la marine, unissez vous avec vos frères des usines. Ne vous laissez pas utiliser contre vos frères, n'obéissez pas aux ordres des officiers, ne tirez pas sur les combattants de la liberté.

 

 

Conseil de Soldats

 

Ouvriers et Soldats ! Les prochains buts de votre lutte doivent être :

1. Libération de tous les prisonniers civils et militaires.

2. Abolition des états séparés et des dynasties en Allemagne.

3. Election de conseils d'ouvriers et soldats, pour cela élection de délégués dans toutes les usines et unités de l'armée.

4. Etablissment de contacts immédiatement avec les autres conseils d'ouvriers et soldats

5. Constitution du gouvernement par les mandatés des conseils d'ouvriers et soldats

6. Lien immédiat avec le Prolétariat international, en particulier avec la République Ouvrière Russe

Ouvriers et Soldats ! Maintenant prouvez que vous êtes forts, maintenant montrez que vous êtes intelligents pour utiliser le pouvoir.

Vive la République Socialiste !

Vive l'Internationale

Le Groupe « Internationale » (Groupe Spartakus)
Karl Liebknecht, Ernst Meyer

tract du Groupe « Internationale »
8/9 Novembre 1918

 

 

 

Que veut la Ligue Spartakus ?

En ce moment nous devons avoir des idées claires des objectifs de notre politique. Nous avons besoin d'une compréhension très nette de la marche de la révolution, de nous rendre compte de ce qui s'est passé jusqu'ici pour voir en quoi consistera notre tâche future.

Jusqu'ici la révolution allemande n'a été qu'une tentative en vue de mettre fin à la guerre et de surmonter ses conséquences. C'est pourquoi son premier acte a été de conclure un armistice avec les puissances ennemies et de renverser les leaders de l'ancien régime. La tâche de tous les révolutionnaires consiste maintenant à renforcer et à élargir ces conquêtes.

Nous voyons que l'armistice au sujet duquel le gouvernement actuel négocie avec les puissances adverses est utilisé par ces dernières pour étrangler l'Allemagne. Mais c'est contraire aux buts du prolétariat, car un tel traitement n'est pas compatible avec l'idéal d'une paix digne et durable.

Le but du prolétariat allemand, comme celui du prolétariat mondial, n'est pas une paix provisoire, fondée sur la violence mais une paix durable, fondée sur le droit. Ce n'est pas celui du gouvernement actuel qui, conformément à sa nature, s'efforce uniquement de conclure avec les gouvernements impérialistes des pays de l'Entente une paix provisoire : il ne veut pas toucher aux fondements du capital.

 

 

Remise d'une caserne au conseil des ouvriers et soldats
Remise d'une caserne au conseil des ouvriers et soldats

 

 

Aussi longtemps que le capitalisme se maintiendra, les guerres - tous les socialistes le savent fort bien - seront inévitables. Quelles sont les causes de la guerre mondiale ? La domination du capitalisme signifie l'exploitation du prolétariat, elle signifie une extension croissante du capitalisme sur le marché mondial. Ici s'opposent violemment les forces capitalistes des différents groupes nationaux, et ce conflit économique mène inéluctablement à un affrontement des forces politiques et militaires, à la guerre. On veut maintenant essayer de nous apaiser avec l'idée de la Société des nations, qui doit amener une paix durable entre les peuples. En tant que socialistes, nous savons parfaitement qu'un tel organisme n'est rien d'autre qu'une alliance entre les classes dirigeantes des différents pays, une alliance qui ne peut dissimuler son caractère capitaliste, qui est dirigée contre le prolétariat et incapable de garantir une paix durable.

La concurrence, qui est à la base du régime capitaliste, signifie pour nous socialistes un fratricide, nous voulons au contraire une communauté internationale des hommes. Seul le prolétariat aspire à une paix durable et digne ; jamais l'impérialisme de l'Entente ne pourra donner cette paix au prolétariat allemand, ce dernier l'obtiendra de ses frères en France, en Amérique et en Italie. Mettre fin à la guerre mondiale par une paix durable et digne cela n'est possible que grâce à l'action du prolétariat international. C'est ce que nous enseigne notre doctrine socialiste de base.

Maintenant, après cette immense tuerie, il s'agit en vérité de créer une oeuvre qui soit d'une seule coulée. L'humanité entière à été jetée dans le creuset brûlant de la guerre mondiale. Le prolétariat a le marteau en main pour forger un monde nouveau.

Ce n'est pas seulement de la guerre et des ravages que souffre le prolétariat, mais du régime capitaliste lui-même, qui est la vraie cause de la guerre. Supprimer le régime capitaliste, c'est la seule voie de salut pour le prolétariat, la seule qui lui permette d'échapper à son sombre destin.

Comment ce but peut-il être atteint ? Pour répondre à cette question, il est nécessaire de se rendre clairement compte que seul le prolétariat peut, par son action propre, se libérer de l'esclavage. On nous dit : l'Assemblée nationale est la voie qui mène à la liberté. Mais l'Assemblée nationale n'est rien d'autre qu'une démocratie politique formelle, non la démocratie que le socialisme a toujours exigée. Le bulletin de vote n'est sûrement pas le levier avec lequel on peut soulever et renverser le régime capitaliste. Nous savons qu'un grand nombre de pays, par exemple la France, l'Amérique, la Suisse, possèdent depuis longtemps cette démocratie formelle. Mais dans ces démocraties, c'est également le règne du capital.

Il est évident qu'aux élections à l'Assemblée nationale l'influence du capital, sa supériorité économique, se fera sentir au plus haut degré. De grandes masses de la population se mettront, sous la pression et l'influence de cette supériorité, en contradiction avec leurs véritables intérêts, et donneront leurs voix à leurs adversaires. Pour cette raison déjà, l'élection d'une Assemblée nationale ne sera jamais une victoire de la volonté socialiste. Il est tout à fait faux de croire que la démocratie parlementaire formelle crée les conditions propres à la réalisation du socialisme. C'est au contraire le socialisme réalisé qui est la condition fondamentale de l'existence d'une démocratie véritable. Le prolétariat révolutionnaire allemand ne peut rien espérer d'une résurrection de l'ancien Reichstag sous la forme nouvelle de l'Assemblée nationale, car celle-ci aura le même caractère que la vieille « boutique de bavardages » de la Koenigsplatz. Nous y retrouverons sûrement tous les vieux messieurs qui s'efforçaient, avant et pendant la guerre, de déterminer d'une façon aussi fatale le sort du peuple allemand. Et il est également probable que dans cette Assemblée nationale les partis bourgeois auront la majorité. Mais même si cela ne devait pas être le cas, même si l'Assemblée nationale devait, avec une majorité socialiste, décider la socialisation de l'économie allemande, une telle décision parlementaire restera un simple chiffon de papier et se heurtera à une résistance acharnée de la part des capitalistes. Ce n'est pas au Parlement et avec ses méthodes qu'on peut réaliser le socialisme ; ici le facteur déterminant, c'est la lutte révolutionnaire du prolétariat, qui, grâce à elle seule, sera en mesure de fonder une société selon ses désirs.

La société capitaliste n'est rien d'autre que la domination plus ou moins voilée de la violence. Elle tend maintenant à revenir à la légalité de l'ordre précèdent, à discréditer et à annuler la révolution que le prolétariat a faite, considérée comme une action illégale, une sorte de malentendu historique. Mais ce n'est pas en vain que le prolétariat a supporté les plus lourds sacrifices pendant la guerre : nous, les pionniers de la révolution, nous ne nous laisserons pas mettre à l'écart. Nous resterons à notre poste jusqu'à ce que nous ayons instauré le règne du socialisme.

Le pouvoir politique dont le prolétariat s'est emparé le 9 novembre lui a déjà été arraché en partie, et on lui a arraché avant tout le pouvoir de placer aux postes les plus élevés de l'administration les hommes jouissant de sa confiance. De même le militarisme, contre la domination duquel nous nous sommes élevés, est toujours en vie. Nous connaissons parfaitement les causes qui ont abouti à chasser le prolétariat de ses positions. Nous savons que les conseils de soldats, au début de la révolution, n'ont pas toujours clairement compris la situation. Il s'est glissé dans leurs rangs de nombreux calculateurs rusés, des révolutionnaires d'occasion, des lâches qui, après l'effondrement de l'ancien régime, pour sauver leur existence menacée se sont ralliés au nouveau. Dans de nombreux cas, les conseils de soldats ont confié à de tels individus des postes importants, faisant ainsi du renard le gardien du poulailler. D'autre part, le gouvernement actuel a rétabli l'ancien grand état-major et rendu ainsi le pouvoir aux officiers.

Si maintenant partout en Allemagne règne le chaos, la faute n'en incombe pas à la révolution, qui s'est efforcée de supprimer le pouvoir des classes dirigeantes, mais à ces classes dirigeantes elles-mêmes et à l'incendie de la guerre allumé par elles. « L'ordre et le calme doivent régner », nous crie la bourgeoisie, et elle pense que le prolétariat doit capituler pour que l'ordre et le calme soient rétablis, qu'il remette son pouvoir entre les mains de ceux qui sous le masque de la révolution, préparent maintenant la contre-révolution. Assurément un mouvement révolutionnaire ne peut se dérouler sur un parquet ciré, il y a des échardes et des copeaux dans la lutte pour une société nouvelle - pour une paix durable.

En rendant aux généraux le haut commandement de l'armée en vue de procéder à la démobilisation, le gouvernement a rendu celle-ci plus difficile. Elle se serait certainement déroulée de façon plus ordonnée si l'on s'en était remis à la libre discipline des soldats. En revanche, les généraux, armés de l'autorité du gouvernement du peuple, ont essayé par tous les moyens de susciter chez les soldats la haine du gouvernement. Ils ont, de leur propre autorité, dissout les conseils de soldats, interdit dès les premiers jours de la révolution le drapeau rouge et fait enlever ce drapeau des bâtiments publics. Tout cela doit être mis au compte du gouvernement qui, pour maintenir l' « ordre » de la bourgeoisie, étouffe la révolution, au besoin dans le sang.

Et l'on ose prétendre que c'est nous qui voulons la terreur, la guerre civile, l'effusion de sang, on ose nous suggérer de renoncer à notre tâche révolutionnaire afin que l'ordre de nos adversaires soit rétabli ! Ce n'est pas nous qui voulons l'effusion de sang. Mais il est certain que la réaction, dès qu'elle en aura la possibilité, n'hésitera pas un instant à étouffer la révolution dans le sang. Rappelons-nous la cruauté et l'infamie dont elle s'est rendue coupable il n'y a pas si longtemps encore. En Ukraine, elle s'est livrée à un travail de bourreau ; en Finlande, elle a assassiné des milliers d'ouvriers. Telles sont les taches de sang sur les mains de l'impérialisme allemand, dont les porte-parole nous accusent aujourd'hui dans leur presse mensongère, nous socialistes, de vouloir la terreur et la guerre civile.

Non ! Nous voulons que la transformation de la société et de l'économie s'accomplisse dans l'ordre. Et s'il devait y avoir désordre et guerre civile, la faute en incomberait uniquement à ceux qui ont toujours renforcé et élargi leur domination et leur profit par les armes et qui veulent aujourd'hui encore mettre le prolétariat sous leur joug.

Ainsi ce n'est pas à la violence et à l'effusion de sang que nous appelons le prolétariat, mais à l'action révolutionnaire énergique pour prendre en main la reconstruction du monde. Nous appelons les masses des soldats et des prolétaires à travailler vigoureusement à la formation des conseils de soldats et d'ouvriers. Nous les appelons à désarmer les classes dirigeantes et à s'armer elles-mêmes pour défendre la révolution et assurer la victoire du socialisme. C'est seulement ainsi que nous pourrons garantir le maintien et le développement de la révolution dans l'intérêt des classes opprimées. Le prolétariat révolutionnaire ne doit plus hésiter un seul instant à écarter les éléments bourgeois de toutes leurs positions politiques et sociales ; il doit prendre lui-même tout le pouvoir entre ses mains. Assurément nous aurons besoin, pour mener à bien la socialisation de la vie économique, de la collaboration des intellectuels bourgeois, des spécialistes, des ingénieurs, mais ils travailleront sous le contrôle du prolétariat.

De toutes ces tâches pressantes de la révolution, aucune n'a encore été entreprise par le gouvernement actuel. En revanche, il a tout fait pour freiner la révolution. Et maintenant nous apprenons qu'avec sa collaboration des conseils de paysans ont été formés dans les campagnes, dans cette couche de la population qui a toujours été l'adversaire le plus rétrograde et le plus acharné du prolétariat, en particulier du prolétariat rural. A toutes ces machinations les révolutionnaires doivent s'opposer énergiquement. Ils doivent faire usage de leur pouvoir et s'engager résolument dans la voie du socialisme.

Le premier pas dans ce sens consistera à mettre les dépôts d'armes et toute l'industrie des armements sous le contrôle du prolétariat. Ensuite, les grandes entreprises industrielles et agricoles devront être transférées à la collectivité. Il ne fait aucune doute que cette transformation socialiste de la production, étant donné le degré de centralisation de cette branche de l'économie en Allemagne, pourra être accomplie assez rapidement. Nous possédons en outre un système de coopératives très développé, auquel est intéressée également et avant tout la classe moyenne. Cela aussi constitue un facteur favorable à une réalisation efficace du socialisme.

Nous savons parfaitement que cette socialisation sera un processus de longue durée, nous ne nous dissimulons nullement les difficultés auxquelles nous nous heurterons dans cette tâche, surtout dans la situation dangereuse où notre peuple se trouve actuellement. Mais qui peut croire sérieusement que les hommes peuvent choisir à leur gré le moment propice à une révolution et à la réalisation du socialisme ? La marche de l'histoire, ce n'est vraiment pas cela ! Il ne s'agit pas de déclarer : pour aujourd'hui et demain la révolution socialiste ne nous convient pas, mais après-demain, quand nous y serons mieux préparés, quand nous aurons de nouveau du pain et des matières premières et que notre mode de production capitaliste sera de nouveau en pleine marche, alors nous serons prêts à discuter de la réalisation du socialisme. Non, c'est là une conception absolument fausse et ridicule de la nature de l'évolution historique.

On ne peut ni choisir le moment propice pour une révolution ni reporter cette révolution à la date qui nous convient. Car les révolutions ne sont au fond rien d'autre que de grandes crises sociales élémentaires, dont l'éclatement et le déroulement ne dépendent pas d'individus isolés et qui, passant par-dessus leur tête se déchargent comme de formidables orages ! Déjà Marx nous à enseigné que la révolution sociale doit venir au cours d'une crise du capitalisme. Eh bien, cette guerre est précisément une crise et c'est pourquoi l'heure du socialisme a sonné.

A la veille de la révolution, au cours de cette fameuse nuit de vendredi à samedi, les dirigeants des partis sociaux-démocrates ne se doutaient pas que la révolution était imminente. Ils ne voulaient pas croire que la fermentation révolutionnaire dans les masses des soldats et des ouvriers avait progressé à ce point. Mais lorsqu'ils apprirent que la grande bataille avait déjà commencé, ils accoururent tous : sinon, ils auraient couru le risque d'être débordés par le mouvement.

Le moment décisif est arrivé. Stupides et débiles sont ceux qui le considèrent comme inopportun et regrettent qu'il soit arrivé juste maintenant. Tout dépend de notre résolution, de notre volonté révolutionnaire. La grande tâche à laquelle nous nous sommes préparés si longtemps exige maintenant d'être accomplie. La révolution est là, elle doit être ! Il ne s'agit plus de se demander qui, mais seulement comment ? La question est posée et, du fait que la situation dans laquelle nous nous trouvons est difficile, il ne faut pas conclure que le moment n'est pas venu de faire la révolution.

Je répète que nous ne méconnaissons nullement les difficultés de l'heure présente. Avant tout, nous sommes conscients de ce que le peuple allemand ne possède encore aucune expérience, aucune tradition révolutionnaire. Mais d'autre part la tâche de la socialisation est essentiellement facilitée au prolétariat allemand par toutes sortes de circonstances. Les adversaires de notre programme nous objectent que, dans une situation aussi menaçante que celle d'aujourd'hui, où nous sommes aux prises avec le chômage, avec la pénurie de denrées alimentaires et de matières premières, il est impossible d'entreprendre la socialisation de l'économie. Mais le gouvernement de la classe capitaliste n'a-t-il pas, précisément au cours de la guerre, par conséquent dans une situation pour le moins aussi dangereuse, pris des mesures économiques extrêmement énergiques qui ont transformé de fond en comble la production et la consommation ? Et toutes ces mesures ont été prises pour servir les buts de guerre, dans l'intérêt des militaristes et des classes dirigeantes, pour leur permettre de se maintenir.

Les mesures d'économie de guerre n'ont pu être appliquées que grâce à l'autodiscipline du peuple allemand : à l'époque, cette autodiscipline était au service du génocide et contraire aux intérêts du peuple. Maintenant, où elle doit servir les intérêts du peuple, elle sera en mesure de réaliser des transformations beaucoup plus profondes que jamais auparavant. Au service du socialisme, elle créera la socialisation. Ce sont précisément les sociaux-patriotes qui ont qualifié ces mesures économiques de socialisme de guerre et Scheidemann, serviteur zélé de la dictature militaire, les défendit avec enthousiasme. Eh bien, nous devons en tout cas considérer ce socialisme de guerre comme une transformation de notre vie économique - qui préparera la voie à la réalisation de la véritable socialisation sous le signe du socialisme.

Celle-ci est inévitable : elle doit venir précisément parce qu'il nous faut surmonter le désordre dont on se plaint tant actuellement. Mais ce désordre est insurmontable aussi longtemps que les dirigeants d'hier, les forces économiques et politiques du capitalisme, resteront à la barre : ce sont eux qui ont provoqué ce chaos.

C'était le devoir du gouvernement d'intervenir et d'agir rapidement et énergiquement. Mais il n'a pas fait avancer d'un pas la socialisation. Qu'a-t-il fait pour résoudre le problème du ravitaillement ? Il dit au peuple : « Il faut que tu sois bien sage et que tu te conduises convenablement, alors Wilson t'enverra des denrées alimentaires. » C'est ce que nous dit jour après jour la bourgeoisie toute entière, et ceux qui, il y a quelques mois encore, ne trouvaient pas de termes assez injurieux pour couvrir de boue le président des Etats-Unis s'enthousiasment maintenant pour lui et tombent pleins d'admiration à ses pieds - afin de recevoir de lui des denrées alimentaires. Oui, certes, Wilson et ses amis nous aideront peut-être, mais seulement dans la mesure où cette aide correspondra aux intérêts du capitalisme de l'Entente. Maintenant, tous les ennemis déclarés ou dissimulés de la révolution prolétarienne s'empressent de glorifier Wilson comme un ami du peuple allemand ; or, c'est ce Wilson humanitaire qui a approuvé les cruelles conditions d'armistice imposées par Foch et contribué à accroître à l'infini la misère du peuple. Non, nous ne croyons pas un seul instant, nous, socialistes révolutionnaires, au mensonge de l'humanitarisme de Wilson, lequel ne fait et ne peut rien faire d'autre que de représenter de façon intelligente les intérêts du capital de l'Entente. A quoi sert, en vérité, ce mensonge que colportent maintenant la bourgeoisie et les sociaux-patriotes ? A persuader le prolétariat d'abandonner le pouvoir qu'il a conquis par la révolution.

Nous ne tomberons pas dans le piège. Nous plaçons notre politique socialiste sur le sol de granit du prolétariat allemand, sur le sol de granit du socialisme international. Il ne convient ni à la dignité ni à la tâche révolutionnaire du prolétariat que nous, qui avons commencé la révolution sociale, nous fassions appel à la bienveillance du capital de l'Entente : nous comptons sur la solidarité révolutionnaire et la combativité des prolétaires de France, d'Angleterre, d'Italie et d'Amérique. Les pusillanimes et les incrédules, qui sont dénués de tout esprit socialiste, nous disent que nous sommes fous d'attendre qu'une révolution socialiste éclate dans les pays sortis vainqueurs de la guerre. Qu'en est-il exactement ? Bien entendu, il serait stupide de penser qu'à l'instant, comme sur un mot d'ordre, la révolution va éclater dans les pays de l'Entente. La révolution mondiale, notre but et notre espoir, est un processus historique bien trop vaste pour qu'il éclate, coup sur coup, en quelques jours ou en quelques semaines. Les socialistes russes ont prédit la révolution allemande comme conséquence nécessaire de la révolution russe. Mais un an encore après que cette révolution eut éclaté, tout était calme chez nous, jusqu'à ce qu'enfin l'heure sonne.

Il est compréhensible que règne en ce moment chez les peuples de l'Entente une certaine ivresse de la victoire. La joie causée par l'écrasement du militarisme allemand, par la libération de la France et de la Belgique est si grande que nous ne devons pas attendre, pour le moment, un écho révolutionnaire du côté de la classe ouvrière de nos anciens ennemis. En outre, la censure qui règne encore dans les pays de l'Entente imposera brutalement silence à quiconque appellera à se rallier au prolétariat révolutionnaire. De même il ne faut pas oublier que la politique de trahison criminelle des sociaux-patriotes a eu pour résultat de briser pendant la guerre les liens internationaux du prolétariat.

En fait, quelle révolution attendons-nous des socialistes français, anglais, italiens et américains ? Quel but et quel caractère cette révolution doit-elle avoir ? Celle du 9 novembre s'est donné pour tâche, dans son premier stade, l'établissement d'une république démocratique, elle avait un programme bourgeois, et nous savons très bien qu'en réalité elle n'est pas allée plus loin, au stade actuel de son développement. Mais ce n'est nullement une révolution de ce genre que nous attendons du prolétariat des pays de l'Entente, pour cette bonne raison que la France, l'Angleterre, l'Amérique et l'Italie jouissent, depuis longtemps déjà, depuis des décennies et même des siècles, de ces libertés démocratiques pour lesquelles nous nous sommes battus le 9 novembre. Ces pays ont une constitution républicaine, précisément ce que l'Assemblée nationale tant vantée doit d'abord nous accorder, car la royauté en Angleterre, en Italie, n'est plus qu'un décor sans importance, une simple façade. Ainsi nous ne pouvons attendre du prolétariat des pays de l'Entente aucune autre révolution que sociale, mais, même si cette attente est justifiée, pouvons-nous demander au prolétariat des autres pays qu'il fasse la révolution sociale, aussi longtemps que nous ne l'aurons pas faite nous-mêmes ? C'est à nous de faire le premier pas dans ce sens. Plus vite et plus énergiquement le prolétariat allemand donnera le bon exemple, plus vite et plus énergiquement notre révolution évoluera vers le socialisme, et plus vite le prolétariat des pays de l'Entente nous suivra.

Mais pour que ce grand projet du socialisme aboutisse, il est indispensable que le prolétariat conserve le pouvoir politique. Maintenant il n'y a plus à hésiter, c'est l'un ou l'autre : ou le capitalisme bourgeois se maintient et continue de faire le bonheur de l'humanité avec son exploitation et son esclavage salarial et le danger de guerre qu'il fait régner en permanence, ou le prolétariat prend conscience de sa tâche historique et de son intérêt de classe qui le pousse à abolir définitivement toute domination de classe.

Maintenant, on s'efforce, du côté social-patriote et bourgeois, de détourner le peuple de cette mission historique qui est la sienne en lui faisant un tableau horrible des dangers de la révolution, en lui dépeignant sous les couleurs les plus sombres la misère et la ruine, les bouleversements dont serait accompagnée la transformation des conditions sociales. Mais cette peinture en noir est peine perdue ! Ces conditions elles-mêmes, l'incapacité où se trouve le capitalisme de rétablir la vie économique, qu'il a lui-même détruite, c'est cela qui pousse le peuple inéluctablement dans la voie de la révolution sociale. Si nous considérons les grands mouvements de grève de ces derniers jours, nous voyons clairement que, même en pleine révolution, le conflit entre le patronat et le salariat est toujours vivant. La lutte de classe prolétarienne se poursuivra aussi longtemps que la bourgeoisie se maintiendra sur les ruines de son ancienne domination et elle ne s'arrêtera que lorsque la révolution sociale aura triomphé.

C'est ce que veut la Ligue Spartakus.

Maintenant, on attaque les gens de Spartakus par tous les moyens imaginables. La presse de la bourgeoisie et des sociaux-patriotes, du Vorwärts à la Kreuzzeitung, regorge des mensonges les plus éhontés, des déformations les plus scandaleuses et des pires calomnies. De quoi ne nous accuse-t-on pas ? De proclamer la terreur, de vouloir déclencher une affreuse guerre civile, de nous préparer à l'insurrection armée ; en un mot, d'être les chiens sanglants les plus dangereux et les plus dénués de conscience qu'il y ait au monde, mensonges faciles à percer. Lorsqu'au début du conflit mondial je groupai autour de moi une petite poignée de révolutionnaires courageux et dévoués pour lutter contre la guerre et l'ivresse guerrière, on nous attaqua de tous côtés, on nous traqua et on nous jeta au cachot. Et lorsque je déclarai ouvertement et à haute voix ce qu'à l'époque personne n'osait dire et que très peu de gens voulaient admettre, à savoir que l'Allemagne et ses chefs politiques et militaires étaient responsables de la guerre, on m'accusa d'être un vulgaire traître, un agent payé par l'Entente, un sans-patrie qui voulait la ruine de l'Allemagne. Il eût été plus commode pour nous de nous taire ou de faire chorus avec le chauvinisme et le militarisme. Mais nous avons préféré dire la vérité, sans nous soucier du danger auquel nous nous exposions. Maintenant, tous, et même ceux qui à l'époque se sont déchaînés contre nous, se rendent compte que nous avions raison. Maintenant après la défaite et les premiers jours de la révolution, les yeux du peuple se sont dessillés, de sorte qu'il comprend qu'il a été précipité dans le malheur par ses princes, ses pangermanistes, ses impérialistes et ses sociaux-patriotes. Et maintenant que nous élevons à nouveau la voix pour montrer au peuple allemand la seule voie qui puisse le mener à la vraie liberté et à une paix durable, les mêmes hommes qui à l'époque nous décrièrent, nous et la vérité, reprennent leur vieille campagne de mensonges et de calomnies. Mais ils pourront baver et hurler tant qu'ils voudront et nous courir après comme des chiens qui aboient, nous suivrons imperturbablement notre voie droite, celle de la révolution et du socialisme, en nous disant : « Beaucoup d'ennemis, beaucoup d'honneur ! » Car nous ne savons que trop bien que les mêmes traîtres et criminels qui, en 1914, ont trompé le prolétariat allemand, lui promettant la victoire et la conquête, lui demandant de « tenir jusqu'au bout » et concluant la honteuse union sacrée entre le capital et le travail ceux-là mêmes qui ont essayé d'étouffer la lutte révolutionnaire du prolétariat et réprimé chaque grève comme grève sauvage avec l'aide de leur appareil syndical et des autorités, ce sont eux qui maintenant, en 1918, parlent de nouveau de trêve nationale et proclament la solidarité de tous les partis en vue de la reconstruction de notre Etat.

C'est à cette nouvelle union du prolétariat et de la bourgeoisie à cette continuation traîtresse du mensonge de 1914 que doit servir l'Assemblée nationale. Voilà ce que doit être sa véritable tâche. C'est avec son aide qu'on se propose d'étouffer pour la seconde fois la lutte de classe révolutionnaire du prolétariat. Mais nous comprenons qu'en vérité derrière l'Assemblée nationale se tient le vieil impérialisme allemand qui, malgré la défaite de l'Allemagne n'est pas mort. Non, il n'est pas mort, et s'il reste en vie le prolétariat sera frustré des fruits de sa révolution.

Cela ne doit pas être. Le fer est encore chaud, il nous faut le battre. Maintenant ou jamais ! Ou bien nous retombons dans le vieux marais du passé, dont nous avons essayé de nous échapper dans un sursaut révolutionnaire, ou bien nous poursuivons la lutte jusqu'à la victoire, jusqu'à la libération de toute l'humanité de la malédiction de l'esclavage. Pour que nous puissions achever victorieusement cette grande oeuvre - la tâche la plus importante et la plus noble qui se soit jamais posée à la civilisation humaine - le prolétariat allemand doit instaurer sa dictature.

Discours prononcé lors d'un rassemblement dans la « Hasenheide » à Berlin
23 Décembre 1918