Les événements historiques du mouvement révolutionnaire international

 

 

 

 

 

 

 

 

1925 - 1927

Révolution Chinoise

 

 

 

 

 

français


 

 

1925 - 1927

Révolution Chinoise

 

Messages de solidarité

 

 

 

Message d'accueil du Komintern (SH)

à la section chinoise

de la jeunesse communiste internationale (Staliniens-Hoxhaistes)

à l'occasion du 90e anniversaire du début de la révolution chinoise

sur le 30 Mai 1925

 


Chers camarades,

à l'occasion du début de la révolution chinoise, le Komintern (SH) envoie ses salutations militantes de l'internationalisme prolétarien à vous, les protecteurs et courageux porte-étendards de grandes batailles historiques de la classe ouvrière armée chinoise.

En ce jour, nous nous souviendrons de tous les camarades chinois qui ont sacrifié leur vie pour la révolution. Le bain de sang perpétré par la contre-révolution ne sera jamais oublié. La responsabilité de leur sang repose sur les gangs internationaux de meurtriers des gouvernements bourgeois-capitaliste de toutes les puissances impérialistes. Le désarmement et abattre des travailleurs organisés par le dernier bourreau de la révolution chinoise, la perfide général Chiang Kai-shek sont les liens dans une chaîne, forgées par les impérialistes de tous les pays.

Et en dépit de toutes les difficultés et les sacrifices, les travailleurs chinois ont établi la dictature du prolétariat armé - au moins localement pendant plusieurs heures. Bien que la révolution chinoise a terminé avec une défaite, le prolétariat chinois a prouvé de manière impressionnante que l'mars triomphale dans le monde entier de la Révolution d'Octobre est imparable.

Le Congrès du Komintern VI a déclaré:

"Les thèses sur la question nationale et coloniale élaborés par Lénine et adoptées lors de la deuxième congrès de l'Internationale communiste ont encore pleine validité.

La dernière attaque puissante des vagues révolutionnaires était l'insurrection du prolétariat héroïque Canton sous le slogan des Soviets a tenté de relier la révolution agraire avec le renversement du Kuomintang et l'établissement de la dictature des ouvriers et des paysans.

La mise en place d'un front de combats entre les forces vives de la révolution socialiste mondiale (l'Union soviétique et du mouvement ouvrier révolutionnaire dans les pays capitalistes) d'un côté, et entre les forces de l'impérialisme de l'autre, est d'une importance décisive dans la époque actuelle de l'histoire du monde. Les masses laborieuses des colonies, qui luttent contre l'esclavage impérialiste, représentent une force plus puissant auxiliaire de la révolution socialiste mondiale. Les pays coloniaux sont le secteur le plus dangereux du front impérialiste. Les mouvements de libération révolutionnaires des colonies et semi-colonies se rallient à la bannière de l'Union soviétique, convaincu par l'expérience amère qu'il n'y a pas de salut pour eux, sauf en alliance avec le prolétariat révolutionnaire.

Il y a donc une possibilité objective d'un chemin non-capitaliste de développement pour les colonies arriérées, la possibilité que la révolution bourgeoise-démocratique dans les colonies les plus avancés sera transformé, à l'aide de la dictature prolétarienne victorieuse dans d'autres pays, dans le révolution socialiste prolétarienne. Dans des conditions objectives favorables, cette possibilité sera convertie en une réalité, et la voie du développement déterminé par la lutte et par la lutte seul. » (VI Congrès du Komintern).

L'insurrection armée en Kanton était point culminant de la lutte indépendante du prolétariat chinois, son rôle hégémonique de la classe dirigeante révolutionnaire contre la bourgeoisie, contre les féodaux cliques-militariste et les impérialistes étrangers. La classe ouvrière a pris les devants pour la prise du pouvoir soviétique chinoise des ouvriers, des paysans et des soldats - ainsi la puissance du marteau, de la faucille et le fusil - pour lesquels le Komintern (SH) vise à l'échelle mondiale.

Les soulèvements armés dans Kanton et Shanghai sera jamais un grand modèle de l'héroïsme des ouvriers chinois dans leur pays "propre", et un excellent modèle pour la classe ouvrière exploités et des opprimés et travailleurs partout dans le monde, en général. Voilà pourquoi nous sommes fiers de célébrer globalement grand événement historique d'aujourd'hui.

La signification historique mondiale du soulèvement révolutionnaire du prolétariat à Kanton est concrètement ceci:

Même si, pour une courte période de 58 heures, le prolétariat d'un pays colonial, pour la première fois dans l'histoire, décrets établis pour le but de la nationalisation des terres, confiscation des grandes entreprises, les moyens de transport et de véhicules, les banques, la proclamation de l'heure-jour 8, la destruction physique et la cessation de la contre-révolution, la reconnaissance des syndicats comme des organes autorisés de la classe ouvrière, le décret d'abolition de l'armée de mercenaires, et durent pas moins, la lutte impitoyable contre l'impérialiste brutale violence exploitation, l'oppression et les guerres.

Le prolétariat des pays coloniaux et semi-coloniaux ont pratiquement prouvé que la dictature du prolétariat, également dans les pays coloniaux et semi-coloniaux, est vraiment un instrument indispensable de la transition révolutionnaire vers une société sans classes, et non - comme jusque-là - la poursuite et le maintien de l'oppression et de l'exploitation par les classes dirigeantes qui ont été remplacés par d'autres classes dirigeantes.

Canton était le cœur de la révolution chinoise et est devenu le "Asian Center" de la révolution prolétarienne mondiale. Canton était la "Commune de Paris de l'Orient".

Plus que ça:

La révolution chinoise est devenue le fer de lance de la révolution socialiste mondiale dans les pays coloniaux et semi-coloniaux.

Le prolétariat chinois a été encouragé par le soutien et la solidarité de l'Union soviétique de Lénine et de Staline et l'ensemble du prolétariat mondial. Le Komintern a appelé tous les travailleurs, et en premier lieu sur tous les communistes, à remplir leur devoir de solidarité prolétarienne et de l'aide pour le prolétariat chinois héroïque.

La révolution chinoise a été guidée par le Komintern et sa section chinoise, le PC de Chine, ce qui n'a pas toujours suffisamment mise en œuvre en conséquence les directives du Komintern. Le PC de Chine, n’a pas assez d'attention d'appliquer correctement les principes du marxisme-léninisme.

Les finales victorieuses d'une insurrection armée nécessite sa planification minutieuse (inclusivement la retraite bien organisé), en évitant des erreurs militaires et politiques graves, convaincre les soldats de l'armée contre-révolutionnaire de tourner les fusils, la participation organisée des larges masses prolétariennes , l'intégration des forces alliées telles que la paysannerie pauvre et les éléments progressistes de la petite-bourgeoisie, l'incorporation systématique des soulèvements locaux dans, une révolution nationale centralisée, et dure pas moins, dirigeants bolcheviques du Parti communiste qui sont capables et assez connu pour maîtriser soulèvements armés en conformité avec les principes directeurs du marxisme-léninisme: La question cruciale est généralement: À un certain moment et à un certain temps, les forces révolutionnaires doivent réussir à dominer sur les forces contre-révolutionnaires, sinon soulèvements sont condamnés à la défaite.

À la lumière des enseignements des 5 classiques du marxisme-léninisme, le prolétariat mondial dans son ensemble tirera les leçons de la révolution chinoise pour la victoire finale de la révolution socialiste mondiale.

La dialectique de la révolution prolétarienne est telle qu'elle se développe en permanence à un stade supérieur, d'où il sera assez fort pour transformer tous les anciens défaire en victoires futures. Et les métropolies en Chine ne feront pas une exception à cette loi irréfutable de la lutte de classe. Un jour, inspiré par l'héroïsme éternelle du prolétariat dans Kanton et Shanghai, le prolétariat mondial et de son détachement chinois feront une fin de l'exploitation et de l'oppression partout dans le monde.

Jusqu'à aujourd'hui, les trotskistes et maoïstes n'a pas empêché à blâmer Staline, le PCUS (B) et le Komintern pour la défaite de la révolution chinoise. Nous sommes entièrement d'accord avec Staline qui a rejeté ces accusations:

"En fait, le CC, PCUS (B.) Et le Komintern a confirmé ne pas la politique de soutien de la bourgeoisie nationale, mais une politique d'utilisation de la bourgeoisie nationale tant que la révolution en Chine était la révolution d'un tout- Front uni national, et ils ont remplacé plus tard que la politique par une politique de lutte armée contre la bourgeoisie nationale quand la révolution en Chine est devenu une révolution agraire, et la bourgeoisie nationale a commencé à déserter la révolution.

Nous avons deux lignes de base:

a) la ligne du Komintern, qui prend en compte l'existence de survivances féodales en Chine, comme la forme prédominante de l'oppression, l'importance décisive de la puissante mouvement agraire, la connexion des survivances féodales avec l'impérialisme, et les bourgeois-démocratique caractère de la révolution chinoise avec sa lutte contre l'impérialisme dirigé; les communistes doivent renforcer le rôle du prolétariat de puissance hégémonique dans la révolution bourgeoise-démocratique chinois, et de hâter le moment de la transition vers la révolution prolétarienne.

b) la ligne de Trotsky, qui nie l'importance prédominante de l'oppression féodale-militariste, ne parvient pas à apprécier l'importance décisive du mouvement révolutionnaire agraire en Chine, et attribue le caractère anti-impérialiste de la révolution chinoise uniquement aux intérêts du capitalisme chinois , qui réclame l'indépendance de douane pour la Chine.

Il est nécessaire pour permettre au Parti communiste chinois pour renforcer son influence au sein de la paysannerie et de l'armée - et seulement après cette mai soviets de travailleurs et paysans les députés être mis en place comme des organes de lutte pour un nouveau pouvoir, comme éléments d'une double pouvoir, comme des éléments dans la préparation de la transition de la révolution démocratique bourgeoise à la révolution prolétarienne. La formation des Soviets et la transition vers la révolution prolétarienne sera une question de mise en place de la dictature du prolétariat, de mettre en place le pouvoir des Soviets, et un tel pouvoir peuvent être préparées et mettre en place que sous la direction d'un parti, le Parti communiste." (Staline, le 24 Mai 1927)

Aujourd'hui, les Chinois Staliniens-Hoxhaistes défendre courageusement le camarade Staline, le leader de la révolution socialiste mondiale, contre les attaques croissantes des maoïstes.

Le Komintern (SH) soutient cette lutte sévère des Staliniens-Hoxhaistes en Chine avec toute notre force aussi dans la défense d'Enver Hoxha. Le camarade Enver Hoxha a déclaré:

"Nous pouvons dire que, en général, le Parti communiste de la Chine n'a pas correctement effectué ce rôle dans cette situation qui avait été créé en Chine d'une manière étudiée et systématique, vu sous l'angle du socialisme scientifique. Sur cette question, il n’y était différentes tendances dans ce petit parti qui se appelé le Parti communiste de Chine, des tendances qui ont jamais permis une ligne marxiste-léniniste à être établis, ou pensée marxiste-léniniste et de l'action pour le guider. Ces tendances initiales qui ont été affichées à plusieurs reprises parmi les principaux dirigeants du parti, étaient souvent de gauche, parfois à droite opportuniste, parfois centriste, allant jusqu'à anarchiste, trotskiste, bourgeoise et chauvine marquée et opinions racistes. Même plus tard, ces tendances sont restées comme l'une des caractéristiques distinctives de le Parti communiste de la Chine qui Mao Tsétoung et son groupe ont finalement abouti. Pour ce nouveau parti à avoir exploité une lutte systématique, organisée, étudié et mature dans ces situations très complexes, sur un tel grand continent, sur lequel les idées de Confucius et de l'ordre féodal avait laissé profonde, pour ne pas dire, des impressions indélébiles, il était nécessaire que les communistes chinois auraient dû avoir une foi absolue dans le marxisme scientifique, Lénine et le Komintern, ont communiqué leur façon réaliste sur les situations en Chine, avec le visent à ce que les décisions qui ont été prises par les Komintern sur la Chine devraient être corrects et appliquée correctement par les communistes chinois.

À mon avis, malgré la bonne volonté des néophytes, ces choses ne sont pas atteints par le Parti communiste de Chine; donc je pense que c'est là où tous les hésitations vers la gauche ou vers la droite, à partir de ce moment-là jusqu'à ce jour, ont leur source.» («Réflexions sur la Chine», pages 768-769).

"Non seulement dans son attitude envers le Kuomintang, mais aussi dans son attitude envers la classe ouvrière et de la paysannerie, le PC de la Chine n'a pas su déterminer une ligne marxiste-léniniste claire. Dans la révolution bourgeoise-démocratique en Chine, la paysannerie a joué un rôle décisif, mais cela ne veut pas dire que le Parti communiste de Chine aurait appelé la force dirigeante de la révolution. Dans les nouvelles conditions, cette révolution aurait été dirigé par la classe ouvrière." (page 771)

En effet, il est un fait historique que la politique de la direction du CP Chine était opportuniste dans le temps du bloc avec le Kuomintang, qui, en particulier, a conduit à la défaite du prolétariat de Shanghai en Mars 1927. Le PC de Chine n'a pas suivre les conseils de l'Internationale communiste pour rester dans le bloc du Kuomintang et simultanément lutter indépendamment pour l'hégémonie du prolétariat dans la révolution démocratique et sa transformation en révolution socialiste.

Chers camarades!

Aujourd'hui, la Chine est une superpuissance social-impérialiste, social-fasciste qui ne pas seulement exploiter et opprimer le peuple, mais les peuples du monde entier.

En tirant les leçons de la révolution chinoise 1925 - 1927 signifient pour couronner avec son achèvement, à savoir par le renversement révolutionnaire armé de la bourgeoisie impérialiste chinois et l'établissement de la dictature du prolétariat chinois.

Cela est uniquement possible par des moyens de le rôle de leader de la section chinoise du Komintern (SH) qui est guidée par les enseignements des cinq classiques du marxisme-léninisme, en particulier dans sa lutte pour la destruction de l'influence de l'idéologie bourgeoise maoïste au sein la classe ouvrière et les masses laborieuses.

Le chemin de la révolution socialiste mondiale est caillouteux et ardue. Mais le prolétariat mondial va supprimer tous les obstacles sur le chemin. Nous sommes totalement convaincus que la victoire de la révolution socialiste mondiale sera inévitable si le prolétariat chinois, en se fondant sur ses traditions révolutionnaires héroïques de 1925-1927, se joindra à l'armée invincible mondial du prolétariat.


Vive la révolution Chinoise de 1925 - 1927!

Vive la dictature du prolétariat Chinois!

Vive la révolution armée socialiste et anti-Maoïste en Chine!

Vive le socialiste violente, la révolution prolétarienne mondiale!

Vive la Chine socialiste dans un monde socialiste!

Vive le socialisme mondial et le communisme mondial!

Vive les enseignements des cinq classiques du Marxisme-Léninisme: Marx, Engels, Lénine, Staline et Enver Hoxha!

Vive le Komintern (SH) et sa Section Chinoise!


Wolfgang Eggers

Le Komintern (SH)

Le 30 Mai 2015

 

 


STALINE

A propos de la Chine

 


Les discours et articles de Staline sur la Chine écrits dans les années 1926-27 sont d'une signification profonde en ce qu'ils exposent les fondements théoriques de la politique du communisme par rapport à la Chine, partant, de la compréhension des tâches révolutionnaires dans l'ensemble du monde colonial et semi-colonial. L'étude de ces textes devrait être associée à la lecture de la politique de Lénine pendant la Révolution de 1905 en Russie, telle qu'elle s'exprime dans Deux tactiques de la social-démocratie dans la révolution démocratique.


Staline applique les idées de Lénine, qu'il développe, à l'examen des tâches de la révolution chinoise.


Dans la période qui s'étend de 1926 à 1927, étudiée par Staline, les armées nationales révolutionnaires du Kuomintang triomphaient des armées des seigneurs de guerre et des généraux réactionnaires soutenus par les impérialistes. Au sein du front uni anti-impérialiste se produisait une grande montée du bloc formé par les ouvriers, les paysans et la bourgeoisie nationale. Mais précisément au moment de la victoire des armées du Kuomintang, les chefs de l'aile droite du Kuomintang se tournèrent contre la révolution et se joignirent à l'impérialisme contre la révolution.


La perspective globale de Staline se fonde sur la reconnaissance du besoin (1) de prendre en considération les particularités nationales de la Chine ; (2) de gagner tous les alliés possibles à chaque phase de la révolution ; (3) d'adapter les mots d'ordre à la situation changeante afin de donner une direction aux masses et de les rendre capables de tirer profit de leur propre expérience à chaque étape. Voici les principales questions éclaircies par Staline dans ses discours et articles : 1. Il définit le caractère général de la révolution chinoise en tant que révolution démocratique bourgeoise qui se caractérise par une révolution de libération nationale dirigée contre l'impérialisme étranger. 2. Il montre que la révolution doit être menée par la classe ouvrière et son parti qui se doit d'éveiller la conscience des millions de paysans, de les gagner à la révolution et aussi de s'allier à des fractions de la bourgeoisie nationale à des étapes déterminées de la révolution.


3. Il montre que le pouvoir issu de la révolution victorieuse sera un pouvoir du type de la dictature démocratique de la classe ouvrière et de la paysannerie. Ce pouvoir sera d'abord et avant tout dirigé contre l'impérialisme. Il aura la responsabilité de diriger les paysans vers la réalisation de la réforme agraire par la confiscation des domaines privés et, ce faisant, d'abolir le féodalisme en Chine et d'inaugurer un nouveau développement non capitaliste de l'économie chinoise qui mènera au socialisme. 4. Staline insiste particulièrement sur l'étude des aspects militaires de la révolution chinoise, soulignant le rôle clé des armées révolutionnaires en Chine. En ce qui a trait à la politique des impérialistes en Chine, il signale que l'intervention impérialiste prend la forme non seulement d'une invasion étrangère, mais aussi de l'usage de réactionnaires autochtones, "intervention par l'intermédiaire d'agents".

Notes 1. Non disponible en français. 2. Se référer cependant à Staline, La question nationale et le léninisme à propos des pays socialistes. 3. Voir Staline, Rapport au XVIe congrès du PC (b) URSS, Des principes du léninisme. 4. Voir Staline, Rapport au XVIe congrès du PC (b) URSS, Des principes du léninisme ; Lénine, Bilan d'une discussion sur le droit des nations à disposer d'elles-mêmes. 5. Voir Staline, Le caractère international de la révolution d'Octobre.

 

 

N'oubliez pas l'Orient

(La vie des nationalités, 24 novembre 1918)

 

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LES TACHES POLITIQUES DE L'UNIVERSITÉ DES PEUPLES D'ORIENT

Discours prononcé à l'Assemblée des étudiants de l'U.C.T.O.,

le 18 mai 1925

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


ENVER HOXHA

 

LUNDI 26 DECEMBRE 1977

LA REVOLUTION CHINOISE PEUT-ELLE ETRE QUALIFIEE DE PROLETARIENNE ?

Bien entendu, pour apporter une réponse précise à un problème si important, il faut, d'une part, disposer d'un certain temps, d'une documentation abondante et exacte sur les développements de la situation en Chine, qui sont très compliqués, du moins pour la période allant de Sun Yat-sen, du Kuomintang jusqu'à nos jours ; il faut, d'autre part, connaître le développement de la révolution en général et de la révolution démocratique bourgeoise classique, la Révolution française, ainsi que le développement des révolutions démocratiques bourgeoises dans les autres pays.

Je ne prétends pas connaître la Révolution française, démocratique et bourgeoise, dans toute son ampleur et sa profondeur, toujours est-il que je la connais mieux que les autres révolutions. Je l'ai étudiée non seulement dans les manuels scolaires, mais aussi dans les ouvrages d'auteurs faisant autorité, comme Michelet, Mathiez, Jaurès et autres. Nous connaissons bien aussi les appréciations des classiques du marxisme-léninisme sur la Révolution française. Dans son livre «Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte», Marx, parlant de la Révolution française, la qualifie de révolution des années 1789-1814. Mais il souligne en même temps que la phase ascendante de cette révolution atteint son sommet en 1794. Il y écrit :

«Dans la première Révolution française, la domination des constitutionnels fait place à la domination des Girondins, et celle-ci à celle des Jacobins. Chacun de ces partis s'appuie sur le plus avancé. Dès que chacun d'eux a poussé la Révolution suffisamment loin pour ne plus pouvoir la suivre, et, à plus forte raison, la précéder, il est mis à l'écart par l'allié le plus hardi qui le suit, et envoyé à la guillotine. La Révolution se développe ainsi sur une ligne ascendante.» (K. Marx et F. Engels, Oeuvres choisies, éd. alb., t. 1, p. 275.)

Après le renversement des Jacobins, la révolution «décline» et la période de la contre-révolution commence, bien que la bourgeoisie conserve le pouvoir qu'elle a conquis. Nous connaissons en outre le processus du développement de la révolution prolétarienne, sa théorie et sa pratique, que nous avons étudiées en détail dans les oeuvres de nos grands classiques, Marx, Engels, Lénine et Staline. Nous avons aussi étudié le développement et le triomphe de la Grande Révolution socialiste d'Octobre en Union soviétique, de la révolution prolétarienne chez nous et dans les autres pays dits socialistes, qui sont devenus actuellement, tout comme l'Union soviétique, des pays capitalistes.

Si je dis tout cela, c'est que, pour faire une étude exacte, juste et approfondie du problème qui nous préoccupe maintenant, c'est-à-dire pour définir le caractère de la révolution chinoise aux diverses étapes qu'elle a parcourues, il faut être bien éclairé sur la révolution en général, connaître surtout les moments clés, décisifs, les idées, la lutte des fractions, les diverses étapes, les forces motrices, qui, prises ensemble, définissent une révolution, pour ensuite, après avoir jugé et analysé la question dans son ensemble et de façon scientifique, dans l'optique marxiste-léniniste, aboutir à une juste conclusion. Néanmoins, même à partir des connaissances incomplètes dont nous disposons sur la Chine, connaissances qui ne sont ni coordonnées ni classées comme il se doit, et à travers des confrontations et des parallèles, encore qu'ils ne soient peut-être pas toujours exacts, nous pouvons émettre une opinion sur la révolution qui a eu lieu là-bas et qui jusqu'à présent a été appelée «socialiste», «prolétarienne», mais, en fait, ne semble point l'avoir été. A partir de mes réflexions, surtout après tout ce qui s'est produit et se produit en Chine, et sans prétendre, certes, qu'elles constituent une étude approfondie, j'estime qu'en Chine il n'y a pas eu une révolution prolétarienne, comme est appelée à juste titre la Grande Révolution socialiste d'Octobre. Je ne pose pas ici la question de la nécessité de brûler les étapes de la révolution bourgeoise et de passer directement à la révolution socialiste. En Chine, Sun Yat-sen a pu, par sa lutte à la direction du Kuomintang, et à travers de multiples combats, encore qu'il n'ait pas achevé son oeuvre, renverser la monarchie, instaurer la république et former le gouvernement démocratique de Canton, mais sans réussir toutefois à unifier le pays.

Cette république chinoise était une république «démocratique bourgeoise» qui n'avait pas encore revêtu tous les traits et les caractéristiques d'une démocratie bourgeoise avancée, bien qu'elle s'acheminât dans cette direction. Comme toute révolution démocratique bourgeoise, la révolution conduite par Sun Yat-sen et le Kuomintang a, selon moi, appliqué une série de réformes politiques et économiques qui ont eu un résultat, si l'on peut dire, bénéfique et avaient pour objectif l'unification de la Chine. Celle-ci souffrait, à l'époque, sous un double joug, celui de la monarchie absolue et des «seigneurs de la guerre» qui régnaient dans les provinces livrées au chaos, avec leurs administrations autonomes et leurs «armées» presque privées, et celui d'une série d'Etats impérialistes. L'Angleterre, les Etats-Unis, la France, l'Allemagne, etc., s'étaient implantés en Chine avec leurs concessions. Ces puissances s'étaient partagé presque tout le littoral est de ce grand pays, elles avaient créé leurs colonies et leurs comptoirs, qui suçaient la sueur et le sang du peuple chinois au profit de leurs métropoles, et elles intriguaient et usaient de leur influence pour semer la discorde et le chaos.

La proclamation de la république et l'accession au pouvoir du Kuomintang ne signifiaient pas la disparition de la grande bourgeoisie chinoise, de la bourgeoisie nationale et de la bourgeoisie compradore. En aucune manière ! Cette bourgeoisie est restée au pouvoir et a continué de maintenir, de préserver et de développer ses liens avec les Etats impérialistes, surtout avec l'impérialisme américain, et de provoquer des frictions et des failles qui devaient conduire jusqu'à des affrontements armés entre le Parti communiste chinois et le Kuomintang. D'ailleurs, le beau-père de Sun Yat-sen, qui était en même temps le beau-père de Tchiang Kaï-chek et faisait lui-même partie du Comité exécutif du Kuomintang, était l'un des plus grands bourgeois compradores de la Chine. Et il y en avait beaucoup d'autres comme lui.

Sun Yat-sen et le Kuomintang ont choisi et appliqué la voie des réformes démocratiques bourgeoises, et, malgré leurs rapports amicaux avec l'Union soviétique de Lénine, ils étaient loin de suivre la voie léniniste pour la transformation de la Chine. D'après un rapport de l'envoyé du Komintern, en date du 26 janvier 1923, Sun Yat-sen lui aurait dit que le système des Soviets ne pouvait pas être introduit en Chine, car il n'y existait aucune condition favorable à son application. Sun Yat-sen ne s'est pas montré parfaitement capable d'élaborer un programme clair et précis pour le développement du pays. Ses vues et ses tendances sociales étaient radicales en paroles, mais pâles quant à leur contenu. Les tendances politico-idéologiques de Sun Yat-sen, de Tchiang Kaï-chek et du Kuomintang en général, penchaient davantage vers les conceptions des démocraties bourgeoises de l'Europe occidentale, de l'Amérique et vers celles d'autres pays comme le Japon. D'après ce que j'ai lu, Sun Yat-sen a tenté plus d'une fois, si hasardeuse et dangereuse que fût une telle démarche, de trouver un appui, tantôt sur les clans militaires de l'intérieur, tantôt sur les grandes puissances, notamment les Etats-Unis d'Amérique et le Japon. Il a reçu d'eux des aides pour la mise sur pied du régime naissant en Chine. Il s'entend que l'aide des milieux démocratiques américains n'avait nullement un caractère altruiste. Les Etats-Unis, puissance impérialiste, cherchaient à étendre leurs griffes et à s'implanter en Extrême-Orient, et en Chine particulièrement.

Bien que Sun Yat-sen soit demeuré un démocrate progressiste de tendances libérales, il avait de la sympathie pour la Révolution d'Octobre et l'Union soviétique. La république démocratique bourgeoise qu'il établit, noua des relations avec l'Union soviétique et trouva en celle-ci et en Lénine un puissant soutien pour pousser plus avant la transformation sociale, politique et militaire entamée en Chine. Le testament laissé par Sun Yat-sen met on ne peut mieux en lumière son ardent désir de voir la révolution démocratique bourgeoise menée à son accomplissement ainsi que sa confiance et sa sympathie à l'égard de l'Union soviétique. Il termine son testament par ces mots :

«Chers camarades, au moment de vous quitter, je souhaite exprimer un grand espoir, l'espoir que bientôt l'aurore se lèvera, et alors l'Union soviétique, ses amis et ses alliés accepteront à leur côté une Chine puissante, développée et indépendante dans la grande lutte pour l'émancipation des peuples du monde. Nos deux pays marcheront la main dans la main vers la victoire. Je vous adresse mes salutations fraternelles».

C'est à cette époque, et plus précisément en 1921, quand le Kuomintang était tout-puissant, qu'il avait à sa tête Sun Yat-sen, et que la république chinoise se développait et entretenait des liens d'amitié avec l'Union soviétique de Lénine, c'est alors qu'a été fondé le Parti communiste chinois.

Le Parti communiste chinois est né et a grandi au sein de l'ancienne société et de l'ancienne civilisation chinoises, et ses membres, en ce temps-là, étaient le produit de l'éducation intellectuelle et morale confucéenne, démocratique et libérale, et enfin marxiste-léniniste. Mais même plus tard, on ne peut pas dire que les marxistes chinois se soient totalement coupés de la civilisation traditionnelle qui a continué d'influer sur eux par sa psychologie individuelle comme par sa psychologie nationale.

Avant comme après la Révolution d'Octobre, la propagation du marxisme en Chine a revêtu le caractère d'un mouvement de libération plutôt nationale que sociale. Les premiers groupes marxistes se caractérisaient par la confusion idéologique et par des flottements dans la ligne politique. Chou Kiang, responsable avant 1966 des questions culturelles sous le régime maoïste, écrit dans un article daté du mois de septembre 1957 :

«Jetons un coup d'oeil derrière nous, nous étions passionnés de toutes les nouvelles connaissances qui nous venaient de l'étranger et incapables de faire la différence entre l'anarchisme et le socialisme, l'individualisme et le collectivisme. Nietzsche, Kropotkine et Karl Marx nous attiraient tout autant l'un que l'autre. C'est seulement plus tard que nous avons compris que le marxisme-léninisme était l'unique vérité et l'arme qui libérerait l'humanité. Nous croyions en un communisme abstrait et dans nos actes nous étions toujours mus par le désir de faire montre d'héroïsme individuel. Nous n'avions pas de contacts étroits avec les ouvriers et les paysans, nous nous approchions très peu d'eux. La révolution démocratique était notre but immédiat, la révolution socialiste un idéal lointain. Longtemps nous avons été influencés par l'individualisme. Nous rêvions comme Ibsen et nous chérissions sa devise : «Dans la vie, l'homme le plus fort est le plus solitaire»».

Il fallait mettre un frein à cette diversité de vues idéologiques et politiques, autrement dit épurer les rangs du parti et diminuer l'influence des éléments qui, tout en étant démocrates, n'étaient pas marxistes et ne suivaient pas les principes fondamentaux du marxisme-léninisme. Je veux dire par là qu'il fallait déblayer le terrain en sorte qu'il fût formé un véritable parti communiste qui suivrait et appliquerait de manière créatrice la théorie du marxisme-léninisme dans les conditions de la Chine, et cela en la comprenant plus profondément et plus clairement, suivant les idées qui ont guidé la Grande Révolution socialiste d'Octobre, les idées marxistes de Lénine.

Le Komintern a apporté ici sa contribution et c'est lui qui a aidé à la formation des nouveaux cadres plus radicaux, plus clairvoyants, qui ont émergé tour à tour à la suite du Mouvement du 4 mai 1919, de Li Li-san à Mao Tsétoung. Dans l'application de la voie soviétique, Mao Tsétoung était beaucoup plus progressiste que ses prédécesseurs, beaucoup plus révolutionnaire, plus conséquent que Sun Yat-sen et même que ses plus vieux camarades comme Chen Tu-hsin, Li Ta-chao et autres. Néanmoins, il est resté dans les conceptions de ces nouveaux cadres un sentiment marqué relevant du nationalisme chinois et de l'indépendance de ce «grand Etat» ainsi que des influences profondes des vieilles idées philosophiques de Confucius, Mencius, etc. Cela a empêché les camarades chinois, qui se formaient dans le cours même de la lutte et des combats, de considérer le marxisme-léninisme comme une vraie boussole qui les guiderait dans la forêt très obscure de la révolution démocratique bourgeoise chinoise et d'élaborer une ligne politique marxiste-léniniste aux objectifs clairs, susceptible de les conduire sûrement à toutes les étapes de la révolution chinoise. Or cette ligne, tout au long de ce cours, n'a pas été élaborée comme il se devait et, qui plus est, on n'a utilisé que quelques formules et mots d'ordre marxistes, alors que, quant au fond, le Parti communiste chinois n'était pas un véritable parti du prolétariat, un parti de la révolution, apte à assumer le rôle dirigeant dans la révolution démocratique et à la transformer en révolution prolétarienne. En fait, on vit se développer en son sein une série de déviations et de théories anarchistes et autres. Toute l'évolution de la Chine, depuis la création de son parti communiste, depuis la fondation de la république démocratique bourgeoise de Sun Yat-sen et jusqu'à ce jour, témoigne de cette voie chaotique. Le Parti communiste chinois à peine formé devait s'attacher à se renforcer sur les plans organisationnel et idéologique, à élever sa personnalité, et, progressivement, à nouer des alliances avec les classes et les forces révolutionnaires, il devait lutter pour la consolidation des positions de la démocratie bourgeoise à la première étape de son édification, c'est-à-dire assurer les libertés démocratiques populaires, accroître l'influence du peuple et en premier lieu celle du prolétariat partout, dans le pays, dans le pouvoir et dans l'armée, occuper des positions dominantes dans les syndicats qui furent formés au sein du Kuomintang et mener sa propagande de façon conséquente pour raffermir ses positions dans la classe ouvrière et en faire la classe hégémonique de la révolution. Il devait en même temps étendre son influence dans les campagnes chinoises, car c'est là que vivait la majeure partie de la population de ce pays, que l'on peut appeler un continent, pour suivre de manière plus conséquente la mise en oeuvre de la réforme agraire et promouvoir l'éveil politique et culturel des campagnes.

C'étaient Lénine et le Komintern, la Révolution d'Octobre et l'expérience de l'Union soviétique, qui avaient ouvert cette voie au Parti communiste chinois. Lénine avait écrit une série d'articles sur la Chine. Mais l'article intitulé «la Démocratie et le narodnisme en Chine», paru le 15 juillet 1912, est particulièrement intéressant à cet égard. Lénine y analyse la situation dans ce pays, la révolution de 1911. Il connaissait le caractère progressiste des idées de Sun Yat-sen, avec toutes ses limites doctrinales. La révolution démocratique bourgeoise conduite par le Kuomintang présentait pour Lénine un intérêt particulier du fait qu'elle luttait contre l'oppression exercée par les Etats occidentaux et mettait un frein au démembrement et à la désintégration nationale qui menaçaient la Chine. Il savait le rôle important qu'allait jouer la paysannerie, mais il s'interrogeait sur sa valeur révolutionnaire, en l'absence de prolétariat en Chine. Ainsi, dans la «Pravda» du 8 novembre 1912, Lénine écrivait, entre autres, à propos de la paysannerie :

«Les paysans sauront-ils, sans la conduite d'un parti du prolétariat, maintenir leurs positions démocratiques contre les libéraux, qui attendent seulement le moment opportun pour se rallier à la droite, — cela, le proche avenir nous le dira». (V. Lénine, Oeuvres, éd. alb., t. 18, p. 445.)

Lénine avait la ferme conviction que le prolétariat se formerait en Chine et il soulignait :

«Enfin, à mesure qu'augmentera en Chine le nombre des Changhaï, croîtra aussi le prolétariat chinois. Il constituera bien entendu tel ou tel parti ouvrier social-démocrate chinois, qui, critiquant les utopies petites-bourgeoises et les vues réactionnaires de Sun Yat-sen, assurément créera, préservera et développera avec soin l'essence démocratique et révolutionnaire de son programme politique et agraire». (Ibid., p. 178.)

Ce qui est dit dans ces deux articles suffit pour montrer la clarté avec laquelle Lénine a défini les tâches qu'il incombait au Parti communiste chinois de résoudre.

Au IIe Congrès du Komintern, qui se tint du 19 juillet au 7 août 1920, furent approuvées les thèses conformes aux enseignements de Lénine sur la question nationale et coloniale, dont un bon nombre concernaient également la Chine. Le Congrès adopta la thèse selon laquelle «la révolution en Chine et dans les autres pays colonisés doit avoir un programme permettant d'introduire des réformes bourgeoises et surtout la réforme agraire», mais il souligna que la direction de la révolution ne devait pas être laissée à la bourgeoisie démocratique ; les décisions de ce Congrès stipulaient au contraire que le parti du prolétariat devait mener une propagande soutenue et systématique en faveur des Soviets et organiser au plus tôt les Soviets des députés ouvriers et paysans. C'était là la ligne générale du Komintern que le parti devait suivre en Chine également.

En général, nous pouvons dire que le Parti communiste chinois n'a pas rempli comme il se doit, de façon étudiée et systématique, et dans l'optique du socialisme scientifique, son rôle à l'étape que traversait la Chine. A cet égard, se manifestaient au sein de ce petit parti qui s'appelait Parti communiste chinois, diverses tendances qui ne permirent à aucun moment que s'y établisse une juste ligne marxiste-léniniste et qu'y prédominent la pensée et l'action marxistes-léninistes. Ces tendances initiales qui se manifestaient fréquemment chez les principaux dirigeants du parti, étaient souvent de gauche, parfois opportunistes de droite, quelquefois centristes, et allaient même jusqu'à des vues anarchistes, trotskistes, bourgeoises, et profondément chauvines et racistes. Ces tendances sont demeurées l'un des traits distinctifs du Parti communiste chinois, qui devait être dirigé par la suite par Mao Tsétoung et son groupe.

Pour que ce jeune parti pût mener une lutte systématique et organisée, bien étudiée et mûrement réfléchie en ces situations si complexes et dans un continent aussi vaste, où les idées de Confucius et l'ordre féodal avaient laissé des empreintes profondes, pour ne pas dire ineffaçables, il fallait que les communistes chinois eussent une confiance absolue dans le marxisme scientifique, dans Lénine et le Komintern, qu'ils leur brossent un tableau réaliste de la situation en Chine afin que les décisions prises par le Komintern concernant la Chine fussent justes et correctement appliquées par les communistes chinois.

Tout cela, à mon avis, et en dépit de la bonne volonté de ces néophytes, n'a pas été réalisé par le Parti communiste chinois, et j'estime que c'est là qu'ont leur origine tous les flottements entre la gauche et la droite depuis lors jusqu'à aujourd'hui.

Dès la formation du parti, deux courants se firent jour: l'un voulait mener une activité légale et collaborer avec les partis démocratiques bourgeois, l'autre soutenait qu'il ne fallait avoir aucun lien en dehors du parti. Et, de façon générale, le parti prit la décision de s'isoler, autrement dit d'observer une attitude hostile à rencontre de tous les autres partis, y compris celui de Sun Yat-sen, taxé de responsable du chaos politique. Dans une lettre qu'il adressait le 6 avril 1922 à l'envoyé du Komintern en Chine, Voïtinsky, Tchen Tu-hsin écrivait que les communistes chinois étaient contre la collaboration avec le Kuomintang, car leurs buts étaient différents. Le Komintern s'opposa à cette attitude et donna à ce parti des directives dans le sens d'une étroite collaboration avec le Kuomintang.

Au Congrès des peuples de l'Extrême-Orient, le Komintern définit correctement la ligne de la collaboration entre le Kuomintang et le Parti communiste chinois ainsi que les tâches qui incombaient à celui-ci dans cette période de la révolution chinoise. Le représentant soviétique également soutint l'idée qu'il fallait appuyer le Kuomintang, en tant qu'allié qui luttait pour la libération nationale et démocratique, pour l'émancipation nationale, tout en soulignant que le Parti communiste chinois ne devait pas appuyer les organisations et les syndicats dirigés par le Kuomintang, mais qu'il lui incombait, de concert avec les masses prolétariennes, d'assumer le rôle dirigeant, et de lutter pour affirmer son influence parmi les masses et y créer ses propres organisations. «Aussi, disait-il, nous estimons qu'en cette question le Kuomintang ne doit pas nous entraver dans notre travail ; de notre côté, nous collaborerons loyalement avec lui. Voilà quel est le fond de notre pensée. C'est à cela que nous tendons et, selon nous, le rôle prépondérant revient au mouvement des ouvriers chinois, qui doit se développer librement, indépendamment de l'existence de la bourgeoisie de tendances radicales, avec ses organisations et ses partis démocratiques.»

C'est ainsi que ce petit parti communiste a été soutenu politiquement et aidé matériellement par le Komintern et la Russie soviétique, qui suivaient avec attention son activité parmi les masses et surtout parmi le prolétariat urbain. De rapides progrès furent enregistrés à cet égard, surtout sur le plan syndical, cependant que les progrès sur le plan politique devaient être plus tardifs, plus lents et ne s'amorcer qu'en 1925 avec le mouvement du 30 mai. C'est à ce mouvement que fut dû le nouveau succès obtenu au IVe Congrès du parti. La collaboration entre le Parti communiste chinois et le Kuomintang se renforça et se resserra, ce qui influa directement sur la consolidation, temporaire, de l'unité nationale qui s'était affaiblie, pour ne pas dire évanouie, après 1911. Cette collaboration donna au Kuomintang un regain de vigueur, mais le Parti communiste chinois aussi se présenta à son IVe Congrès avec des forces sensiblement accrues. A la VIIe session plénière de la commission chinoise du Comité exécutif du Komintern, réunie le 30 novembre 1926, Staline dit entre autres :

«... tout le développement de la révolution chinoise, son caractère, ses perspectives indiquent incontestablement que les communistes chinois doivent rester dans le Kuomintang et y intensifier leur travail». (J. Staline, Oeuvres, éd. alba., t. 8, pp. 374-375.)

La collaboration entre les deux partis se poursuivit jusqu'en 1927. Alors les choses se compliquèrent et cela n'avait rien d'étonnant, la réaction bourgeoise restant toujours une réaction. Tchiang Kaï-chek, la bourgeoisie compradore et la grande bourgeoisie chinoise, qui agissaient dans le cadre de cette «démocratie» chinoise, voyaient un danger dans le Parti communiste chinois, en raison de son influence grandissante auprès de la classe ouvrière et de la paysannerie chinoises. C'est ainsi que se produisirent la rupture, la séparation, et les affrontements de Canton en 1926 et de Changhaï en 1927, au cours desquels un grand nombre de prolétaires et de communistes furent liquidés. Ce fut là un rude coup pour les syndicats et le Parti communiste chinois.

Le P.C. chinois ne sut pas définir une ligne marxiste-léniniste claire dans sa prise de position non seulement à l'égard du Kuomintang, mais encore vis-à-vis de la classe ouvrière et de la paysannerie. Dans la révolution démocratique bourgeoise en Chine la paysannerie a joué un rôle décisif, mais cela ne voulait pas dire que le Parti communiste chinois devait la considérer comme la force dirigeante de la révolution. Dans les nouvelles conditions, cette révolution devait être conduite par la classe ouvrière.

Les hommes du Kuomintang n'étaient pas des éléments de la paysannerie, mais des éléments progressistes de la bourgeoisie des villes, c'étaient avant tout des intellectuels, auxquels s'étaient joints des éléments bourgeois réactionnaires, qui allaient s'efforcer d'empêcher l'implantation des libertés démocratiques en Chine. La bourgeoisie de la jeune république chinoise s'efforçait de faire de la paysannerie pauvre, comme de la paysannerie moyenne et riche, un instrument dans ses mains et de s'en servir comme d'un appui. Indéniablement, la paysannerie chinoise était une force révolutionnaire. Dans la Révolution française démocratique et bourgeoise également, cette classe présentait ces mêmes traits. Si la paysannerie française fut, à certains moments de la révolution, très royaliste, elle n'en était pas moins dans l'ensemble hostile au féodalisme et elle désirait échapper aux impôts écrasants en argent, en nature et en travail servile, que lui imposaient les féodaux français, et elle voulait avant tout la terre.

En Chine la paysannerie était un élément progressiste révolutionnaire, elle était contre la monarchie, contre l'oppression, contre les «seigneurs de la guerre» et les seigneurs des provinces, et il fallait travailler auprès d'elle. La bourgeoisie, comme nous l'avons déjà dit, avait fait la révolution en Chine, et elle se devait d'utiliser la paysannerie pour réaliser ses desseins. Dans cette situation, il appartenait au Parti communiste chinois de mener son action, mais non pas en glissant vers les positions de la bourgeoisie du Kuomintang, fût-elle «progressiste» ou réactionnaire. Le P.C. chinois devait avoir sa ligne politique indépendante fondée sur les enseignements de Marx et de Lénine. A cette étape, le parti communiste avait à consolider les positions qu'il avait conquises sur la monarchie, le féodalisme, les forces rétrogrades. Ayant en vue les étapes successives à franchir, il ne devait pas oublier la perspective de la révolution, ni oublier non plus qu'il était un parti marxiste-léniniste de la classe ouvrière, le fer de lance de cette classe. A l'époque de la formation du P.C. chinois, il existait en Chine un prolétariat relativement réduit au regard de la classe paysanne chinoise. Toujours est-il qu'il y existait un prolétariat, et le Parti communiste chinois constitué devait être le parti du prolétariat et considérer la paysannerie comme sa principale alliée. Aussi, le parti devait-il s'employer à faire de la paysannerie l'alliée de la classe ouvrière pour consolider la république démocratique bourgeoise progressiste et passer plus tard, lorsque les conditions auraient mûri, à une étape plus avancée, celle de la révolution socialiste. Le parti n'a jamais eu, sur le plan théorique, une claire compréhension de cette idée essentielle, de ce principe révolutionnaire fondamental qui a une valeur de guide, partant, il ne l'a pas appliqué comme il se devait et avec esprit de suite dans la pratique.

Après la rupture, en 1927, entre le P.C. chinois et le Kuomintang, la révolution chinoise entama une nouvelle étape, connue sous le nom de deuxième guerre civile révolutionnaire.

Les tâches du parti pour cette étape furent fixées au plénum extraordinaire du Comité central qui se réunit le 7 août 1927.  Ce plénum écarta de la direction du parti Tchen Tu-hsin et ses tenants et assigna au parti comme tâche essentielle la révolution agraire. A la suite de ce plénum, le mouvement révolutionnaire grandit, le parti commença à créer ses propres forces armées. Quant au Vie Congrès du parti, qui se tint en

1928,  il donna des orientations pour le développement de la révolution et fixa comme tâche principale la création de bases révolutionnaires et la formation de l'Armée rouge.

Le mouvement révolutionnaire entamait ainsi sa montée. Le Comité exécutif de l'Internationale communiste (C.E.I.C.) aboutit, en décembre 1929, à la conclusion que la Chine s'était engagée dans une profonde crise nationale et que s'y amorçait une poussée révolutionnaire. Il soulignait cependant que le passage de la crise nationale à la situation directement révolutionnaire ne se ferait pas aussitôt. Dans le même temps, le Komintern attirait l'attention du C.C. du P.C. chinois sur le fait que «la révolution en Chine se développait de façon inégale». Dans ces conditions, la consolidation du parti et sa lutte pour assurer la prise de conscience des masses et les gagner à sa cause, demeuraient une tâche fondamentale.

Apparemment, les conclusions du Komintern ne furent pas comprises correctement par la direction chinoise de ce temps-là. En février 1930, le C.C. du P.C. chinois envoyait aux organisations du parti une circulaire qui ignorait en fait la thèse du Komintern sur le développement inégal de la révolution en Chine et affirmait que la crise révolutionnaire avait embrassé toute la Chine. Par ailleurs, le 11 juin 1930, le Bureau politique avec à sa tête Li Li-san adoptait la résolution «Sur la nouvelle poussée révolutionnaire et sur la première prise du pouvoir dans certaines provinces». La direction chinoise estimait que, dans les conditions de la crise qui s'était abattue sur le monde capitaliste et de celle qui tenaillait le pays, la situation révolutionnaire en Chine était mûre et qu'il fallait passer immédiatement à l'insurrection, d'abord dans une ou certaines provinces, puis dans le pays tout entier. Elle soulignait également que le facteur décisif de la révolution était la lutte du prolétariat, mais qu'une vague de grèves organisées par la classe ouvrière dans les villes ne suffisait pas pour faire triompher l'insurrection, qu'il fallait pour cela que l'armée attaque les grandes villes. Quant à Mao Tsétoung, il considérait l'insurrection comme une action purement militaire et il n'était pas pour une action coordonnée de la classe ouvrière urbaine et de l'armée.

L'insurrection fut déclenchée et, le 28 juin, l'Armée rouge entrait à Tchang-cha. Mais au bout de quelques jours, la ville fut reprise par les forces du Kuomintang, qui y firent sévir la terreur contre les habitants, en particulier contre la classe ouvrière et les communistes.

D'après ce que j'ai lu, il apparaît que la seule armée qui appuya l'insurrection et résista fut le cinquième groupe de l'Armée rouge. Quant aux forces de la région de Shen-hsi, commandées par Chu Teh et Mao Tsétoung, au lieu de garder Tchang-cha ou de l'attaquer de nouveau, elles rebroussèrent chemin pour venir en aide au cinquième groupe de l'Armée rouge. C'est ainsi que la grande offensive à l'échelle de la province échoua. Mais même après cela, le Bureau politique du C.C. du P.C. chinois ne renonça pas à son idée. Le 18 juillet, il envoyait une lettre au Comité exécutif de l'Internationale communiste pour que celui-ci sanctionnât le déclenchement de l'insurrection à Wou-han, Tchang-cha et Changhaï. Le Présidium du C.E.I.C. rejeta cette demande. Le 5 août, le Bureau politique du P.C. chinois réitéra sa demande. Le 26 août, le C.E.I.C. adressait au C.C. du P.C. chinois une lettre où il soulignait la nécessité d'annuler le plan de l'insurrection dans certaines provinces.

En septembre 1930, se réunit à Lou-chan la troisième session de la sixième réunion du Comité central. Y participa, entre autres, Pavel Mif, en tant que représentant du C.E.I.C. Dans le rapport qu'il y présenta, Chou En-laï, de retour de Moscou en sa qualité de délégué du C.C. du P.C. chinois auprès du Komintern, se montra très prudent et essaya de concilier le point de vue du Komintern avec la ligne de Li Li-san. Le plénum considéra l'attitude de la direction chinoise seulement comme une erreur tactique sérieuse et non comme une prise de position opposée aux directives du Komintern. Quatre mois plus tard, en janvier 1931, le Comité central réunit sa quatrième session. Dans la résolution de cette session il était souligné que la direction du Parti communiste chinois guidée par Li Li-san avait suivi une politique aventureuse, putschiste, contraire aux directives du Komintern. Le rapport indiquait que la ligne de Li Li-san, prônant la prise des grandes villes en un temps où les conditions n'étaient pas mûres pour ce faire, était en contradiction avec les thèses du Komintern sur le caractère et les étapes de la révolution chinoise.

Les communistes chinois, avec Mao Tsétoung à leur tête, justifient leurs échecs et leurs déviations, en même temps que leur incompréhension de la situation en Chine et la fausseté de leurs déductions, en s'en prenant au Komintern ou à ses représentants en Chine. Ils accusent gravement le Komintern de les avoir soi-disant empêchés de mener une lutte conséquente pour la prise du pouvoir et l'édification du socialisme en Chine. Certes, la période de la révolution chinoise est longue est complexe, mais les points de vue des Chinois n'ont toujours pas été argumentes. J'ai dit à plusieurs reprises que les documents du Komintern, non seulement sur la question chinoise, mais aussi sur de nombreux problèmes de l'époque, se trouvent entre les mains des Soviétiques, dans les archives du Parti communiste de l'Union soviétique. Beaucoup d'entre eux n'ont pas été publiés, car les différentes fractions et les révisionnistes soviétiques actuels ne sortent pas la vérité de leurs archives, si bien que les Chinois peuvent manipuler et interpréter les faits à leur guise. On ne peut disculper entièrement la représentation chinoise auprès du Komintern, pas plus que les représentants de celui-ci en Chine, mais on ne peut non plus disculper le Parti communiste chinois, qui agissait sur le terrain, d'avoir mené des actions qui n'étaient pas mûrement réfléchies et d'avoir présenté des rapports sur la situation dans le pays qui ne correspondaient pas à la réalité. Dans ces conditions, il est possible que certaines directives du Komintern n'aient pas été opportunes ou qu'elles n'aient pas été transmises et appliquées comme il se devait par les représentants, soviétiques ou chinois, du Komintern en Chine, et cela s'explique entre autres par le fait qu'à l'époque il y avait au Komintern des éléments comme Trotski, Boukharine, Zinoviev, Kamenev, dont on n'a découvert que plus tard ce qu'ils étaient. Au début des années 20, fut envoyé en Chine, comme représentant du Komintern, le Soviétique Adolphe Abramovitch Joffé, tenant du trotskisme, qui devait se suicider par la suite. En octobre 1923, ce fut le tour de Borodine, lui aussi un élément trotskiste, de se rendre en Chine.

J'estime toutefois que les décisions et les directives du Komintern, à l'époque de Lénine en premier lieu, ont été en général justes et qu'elles le sont restées également au temps de Staline.

Les faits sont là pour montrer que pendant la première guerre civile, autrement dit pendant la première période de la collaboration entre le Kuomintang et le Parti communiste, pas plus que durant les autres périodes, il n'apparaît pas que le Komintern ait donné une orientation erronée pour la lutte à mener par le Parti communiste chinois en parti indépendant. Staline, en général, demandait que le Parti communiste chinois luttât en étroite alliance avec le Kuomintang lorsque l'évolution historique de la Chine posait cette condition comme une nécessité objective. C'était là, à mon avis, une directive juste. Mais que Staline, comme le prétendent les Chinois, leur ait donné la directive de liquider leur Parti communiste en l'intégrant dans le Kuomintang, sans qu'il gardât sa personnalité propre, je ne peux pas le croire; cela ne peut en aucun cas avoir été l'idée de Staline. Les Chinois ne sont en mesure de fournir aucun document susceptible de le prouver ; il existe par contre des documents qui démontrent le contraire. On en trouve une confirmation dans les dires mêmes des Chinois, qui prétendent que lorsque Mao Tsétoung est allé à Moscou, mais non pas pour ces questions, Staline aurait fait une autocritique, qu'il aurait reconnu qu'«à un moment de la révolution chinoise il a, dans une certaine mesure, influencé le Parti communiste chinois pour que celui-ci s'appuie principalement sur le prolétariat et moins sur la paysannerie». «C'est la seule erreur que j'aie commise à rencontre de la Chine, et je fais mon autocritique à cet égard», aurait dit Staline, selon les Chinois. Mais, même si cela était vrai, il serait inadmissible d'en conclure, comme ils le font, que la politique «erronée» du Komintern et de Staline ait été à l'origine de leurs défaites, des heurts entre fractions au sein du P.C. chinois et de leur affrontement sanglant avec le Kuomintang ! Il faut disposer de documents authentiques à ce sujet, car il paraît plus probable que ce soient les communistes chinois eux-mêmes, ainsi que certains des envoyés de Moscou, qui n'aient pas su mener, avec le Kuomintang et ses chefs de file, une politique juste, fondée sur les principes, une politique qui leur aurait permis d'atteindre leurs objectifs maximums.

Nous voyons qu'au début la collaboration des communistes chinois avec le Kuomintang a été judicieuse, étroite, au point que les deux partis formaient ensemble leurs cadres d'officiers à l'Académie Whampou, dont Tchiang Kaï-chek était le commandant et Chou En-laï le commissaire. Chou En-laï et Tchiang Kaï-chek s'entendaient et collaboraient donc parfaitement. Mao lui-même était le responsable des cadres (pour leur formation) au Kuomintang. Par conséquent, les directives du Komintern étaient bien fondées, comme l'était aussi celle (si toutefois ce fut là une de ses directives) qui, pour éviter la scission au moment de l'agression japonaise, suggérait au P.C. chinois d'intercéder, par l'entremise de Chou En-laï, pour la mise en liberté de Tchiang Kaï-chek, arrêté le 12 décembre 1936 par le commandant de l'armée du nord-est, arrestation qui risquait de diviser les forces nationalistes dans la guerre contre le Japon.

Il est maintenant très malaisé de juger de la ligne et de l'activité du Parti communiste chinois vis-à-vis du Kuomintang, des décisions prises, en 1930, par le C.C. du parti sous la direction de Li Li-san, ainsi que de celles qu'il adopta après l'échec de l'insurrection la même année, car le Parti communiste chinois, au sein duquel ont toujours végété un tas de fractions, n'a jamais décrit avec l'objectivité requise tous ces événements importants qui se sont produits dans le pays et au sein du parti. Au contraire, les faits, les conclusions, les idées et les objectifs ont été dénaturés et interprétés selon les intérêts des fractions dominantes au Comité central à une période donnée.

Nous nous trouvons ainsi devant deux difficultés : primo, celle de juger à priori, en ne tenant compte que des événements et en aboutissant à des conclusions qui ne sont pas fondées sur des documents ; secundo, celle que suscite l'incohérence, ou, si l’on peut dire, la confusion idéologique dans le Parti communiste chinois, lequel, étant divisé en fractions, n'a jamais procédé à une analyse des événements et n'en a pas tiré de conclusions pour s'instruire et s'éduquer. Nous ne disposons d'aucun document publié, tout au moins en langues étrangères, par le Parti communiste chinois, ce qu'il aurait dû faire, car il en a eu et en a la possibilité.

C'est après septembre 1931 qu'a commencé la lutte de libération nationale chinoise contre l'occupant japonais. Cette lutte de libération nationale également eut, dans son développement, ses péripéties non seulement militaires, mais aussi idéologiques et politiques. Au cours de cette lutte furent conclues des alliances entre la bourgeoisie progressiste, la bourgeoisie nationale et la bourgeoisie compradore, entre le Kuomintang, le prolétariat et la paysannerie, entre le Parti communiste et le Kuomintang.

Dans cette situation compliquée nous ne voyons toujours pas clairement la ligne ni l'orientation du Parti communiste chinois. Nous avons, certes, lu des matériaux qui sont plutôt des articles de propagande ; or il ne s'agit pas ici de propagande, mais d'alliances entre le prolétariat et la paysannerie, entre le Kuomintang et le Parti communiste chinois, entre l'armée du Kuomintang et l'armée dirigée par le Parti communiste chinois, qui, tous ensemble, en alliance ou isolément, luttaient contre les Japonais et les uns contre les autres. Nous aurions besoin de documents pour retracer le fil des choses.

Nous savons, dans les grandes lignes, qu'au début le P.C. chinois a fait la guerre en alliance avec le Kuomintang, puis qu'ils se sont battus entre eux. Tchiang Kaï-chek dirigeait le Kuomintang, c'est-à-dire la bourgeoisie réactionnaire. Il est de fait que le Kuomintang, constatant la consolidation du Parti communiste chinois et la montée de sa lutte contre les envahisseurs japonais, relâcha ou cessa tout à fait sa propre lutte contre les Japonais. Le Kuomintang, sous la conduite de Tchiang Kaï-chek, s'engagea totalement dans la lutte contre le Parti communiste chinois et mit tout en oeuvre pour en liquider les détachements armés. Par là même, il venait en aide à l'envahisseur japonais. Dans le même temps, il resserra de jour en jour ses liens avec l'impérialisme américain, mais en opposition même avec le représentant spécial américain en Chine, le général Marshall, qui soutenait au début le lobby de Tchiang Kaï-chek, mais qui, par la suite, d'après ce que nous avons lu, considéra le gouvernement de Tchiang comme un «gouvernement corrompu». Toutefois, pendant et après la guerre contre le Japon, le Parti communiste chinois dirigé par Mao Tsétoung ne manqua pas lui non plus d'entretenir des liens avec l'impérialisme américain.

Durant la guerre contre le Japon, Mao Tsétoung avait réussi à liquider les fractions de Li Li-san, de Wang Ming et de plusieurs autres, et à établir son hégémonie. En même temps que Mao on vit accéder à la direction du parti Chu Teh, Chou En-laï, Teng Siao-ping, Lin Piao et beaucoup d'autres dirigeants de la révolution chinoise qui émergèrent durant la guerre contre le Japon, mais qui, à certains moments, étaient eux aussi en opposition avec Mao et à la fois entre eux. La lutte menée par Mao Tsétoung en Chine était donc une lutte de libération nationale contre les envahisseurs japonais et contre le Kuomintang dirigé par Tchiang Kaï-chek, en fait allié aux Japonais et par ailleurs l'allié officiel et déclaré de l'impérialisme américain.

Après l'historique Longue Marche, conduite par Mao Tsétoung et Chu Teh, qui fut une judicieuse retraite tactique organisée pour éviter la liquidation des forces révolutionnaires, après le regroupement à Yenan, la réorganisation de l'armée et l'offensive qui se termina par le rejet à la mer de Tchiang Kaï-chek et des débris de son armée, la Chine fut libérée et proclamée, le 1er octobre 1949, République populaire.

Comme on le voit, c'est là un résumé très succinct de ce grand événement, important non seulement pour la Chine, mais aussi à l'échelle mondiale, car la République populaire de Chine fut fondée, et elle et l'Union soviétique seraient devenues, si elles avaient suivi une voie marxiste-léniniste authentique, deux citadelles inexpugnables de la grande révolution prolétarienne mondiale.

Quant à la période qui a suivi la libération de la Chine, la question qui se pose, et c'est là une question de grande importance qui ne peut être analysée ni résolue à partir du peu de faits et de documents dont nous disposons ou que nous n'avons pas étudiés de façon approfondie, est celle-ci : La Chine populaire construit-elle le socialisme dans la voie marxiste-léniniste ou est-elle et demeure-t-elle une république démocratique bourgeoise ? La révolution qui a eu lieu en Chine était-elle et est-elle restée une révolution démocratique bourgeoise, marquant la première étape de la révolution, eu a-t-elle pu passer à la seconde étape de la révolution, au socialisme, sous la dictature du prolétariat ? C'est là un grand problème qu'il convient d'éclaircir à partir des faits.

Mao Tsétoung a qualifié la période de la libération de «démocratie nouvelle», et il en fut défini les orientations et les tâches. Les fondements théoriques de cette doctrine furent formulés par Mao Tsétoung dès 1940 avec la parution de «la Démocratie nouvelle». La «démocratie nouvelle» est, selon Mao Tsétoung, le régime qui convient à la Chine, elle ne ressemble pas aux républiques occidentales contrôlées par la bourgeoisie, mais non plus aux républiques soviétiques prolétariennes.

La république néo-démocratique se composera, selon Mao Tsétoung, de «quatre classes» (!), anti-impérialistes et antiféodales : le prolétariat, la paysannerie, la petite-bourgeoisie et la bourgeoisie nationale. Dans cette république, l'économie aussi sera néo-démocratique, l'Etat en assumera la direction, mais il ne confisquera pas les biens de la bourgeoisie, le caractère arriéré de l'économie chinoise justifiant l'existence de certaines formes capitalistes. Certes, cette nouvelle économie procédera au partage des terres, mais l'économie des paysans riches subsistera, car la formule susmentionnée est applicable également aux paysans riches, leur production étant très nécessaire. La nouvelle culture doit être naturellement le reflet idéologique de cette politique et de cette économie nouvelles et les servir.

Cette politique présente tous les traits d'une politique libérale et nationaliste, car, même après la création de la République populaire de Chine, Mao Tsétoung resta fidèle à sa doctrine.

Autant que je puisse en juger, la révolution chinoise fut une révolution démocratique bourgeoise de type nouveau, réalisée à travers une lutte armée de libération nationale. C'est le Parti communiste chinois qui prit la tête de cette lutte et la mena jusqu'à la victoire ; cela est incontestable.

Mao Tsétoung, en tant que secrétaire général ou président du Parti communiste chinois, a en cela de grands mérites tout au long de cette période. Naturellement, en même temps qu'à lui des mérites reviennent aussi à tous ceux qui, d'une manière ou d'une autre, en unité ou en diversité de pensée entre eux, ont atteint le but définitif qu'était la libération de la Chine, ce problème capital, au même titre que l'instauration d'une république démocratique populaire.

Devait-ce être un régime de démocratie populaire ? Ce régime serait-il édifié sur le modèle des régimes démocratiques bourgeois d'Europe occidentale ou d'Amérique ? Il convient de l'examiner dans son développement. A première vue, du fait même que ce régime avait à sa tête un parti communiste, que ce parti communiste était membre du Komintern et suivait apparemment les directives de celui-ci ainsi que sa ligne générale de lutte contre le fascisme, on pouvait penser et espérer que cette démocratie bourgeoise, cette première étape que devait traverser la révolution chinoise, serait différente de celle de la révolution démocratique bourgeoise classique, que la République chinoise serait différente de la République démocratique bourgeoise américaine et occidentale, et qu'elle avancerait dans la voie de la démocratie populaire, forme nouvelle de la dictature du prolétariat.

Sans égard au fait qu'avant et après la libération Mao Tsétoung a dit (et des documents en témoignent) que dans l'édification de la République populaire de Chine «nous nous inspirerons beaucoup de la démocratie américaine», on eut l'impression, à en juger par sa propagande et beaucoup de ses actes du début, et aussi du fait même de l'accession du Parti communiste chinois au pouvoir, que la Chine s'apprêtait à marcher vers le socialisme. C'était là le tableau général.

Après la libération, la construction du pays, la consolidation du pouvoir et la création de l'appareil d'Etat, le renforcement et la modernisation de l'armée ne devaient pas s'accomplir sans lutte et sans affrontements avec les différentes tendances de la réaction chinoise, qui existait à l'intérieur de la Chine et qui recevait un gros appui de l'extérieur ainsi que des nouveaux cadres entrés dans le parti et dans l'appareil d'Etat. Ainsi, pendant la période qui suivit la libération, on ne vit pas s'affirmer comme il se devait la ligne radicale du Parti communiste chinois face au problème très important qu'était celui de la consolidation de la république, et lorsque nous parlons de consolidation de la république, nous entendons en premier lieu la consolidation d'une politique marxiste-léniniste juste et conséquente en vue du renforcement du pouvoir et de la préparation des conditions requises pour passer à la période de l'édification socialiste. Nous ne discernons pas une ligne juste, surtout quant à l'organisation d'un parti de type léniniste-stalinien, où régnerait l'unité de pensée et d'action, une unité de pensée marxiste-léniniste et d'action organisée et très attentive, dans une grande Chine issue d'une lutte complexe, d'une situation compliquée, où le féodalisme, la bourgeoisie, diverses couches de la paysannerie, l'intelligentsia, ainsi que le confucianisme, le bouddhisme, etc., étaient encore vivaces.

Pendant les premières années, nous n'avons pas constaté une organisation saine et solidement fondée de l'armée chinoise, à l'exemple de l'armée stalinienne. Indépendamment du fait que dans la lutte de libération nationale de partisans cette armée chinoise était organisée en grandes unités, celles-ci n'avaient pas toujours les caractéristiques des unités de partisans, car il s'y manifestait des tendances d'une armée bourgeoise capitaliste, du fait que des unités entières du Kuomintang et des «seigneurs de la guerre» se rallièrent à l'armée de Mao Tsétoung. C'est ainsi que ces unités, en s'intégrant dans l'armée de libération nationale chinoise, y apportèrent des points de vue réactionnaires, car ces formations du Kuomintang et des «seigneurs de la guerre» avaient à leur tête des commandants et des officiers supérieurs du Kuomintang, entraînés dans la lutte contre le peuple et contre le communisme. Dans cette armée, issue de la guerre, se manifestaient également les anciennes conceptions des «seigneurs de la guerre». Ces conceptions imprégnaient aussi, si l'on peut dire, les hauts cadres qui avaient participé à la grande lutte de libération, même ceux qui étaient membres du P.C. chinois. On le verra bien par la suite lorsqu'un certain nombre de principaux dirigeants militaires dévieront et s'efforceront de prendre le pouvoir, de se renverser les uns les autres. Cela signifie que ceux-ci entretenaient en eux les anciennes vues des «seigneurs de la guerre» ou les vues des hauts cadres militaires d'une armée bourgeoise capitaliste.

A cet égard, donc, nous ne voyons pas, à ces moments-là, mener une politique conséquente, juste, mûrement réfléchie, formulée et appliquée comme il se devait par le Parti communiste dirigé par Mao Tsétoung. Certes, sa politique fut qualifiée de marxiste-léniniste, mais elle n'était pas telle par son contenu.

En matière économique, on peut dire que durant cette période d'importants changements positifs ont été accomplis. En Chine on lutta contre la pauvreté et le chômage, on combattit aussi dans une certaine mesure le retard dans le domaine de l'enseignement et de la culture, bien que les vues bourgeoises capitalistes n'aient pas été éliminées de la masse des intellectuels. Bien entendu celles-ci ne pouvaient être éliminées d'un coup de baguette, mais, malgré tout, concernant la reconstruction du pays détruit et une relative organisation de son économie, on peut dire que le régime de démocratie nouvelle apporta pas mal de transformations salutaires et louables. En Chine, la faim fut supprimée et c'était déjà un grand succès. Ce sont là les aspects les plus apparents de cette étape du nouveau régime démocratique.

Après le triomphe de la révolution démocratique bourgeoise, le Parti communiste chinois devait naturellement avancer avec prudence, il devait ne pas se montrer gauchiste, ne pas brûler les étapes, et on peut dire qu'il ne les a pas brûlées. C'est un fait indéniable. Il s'agissait aussi pour le Parti communiste chinois de ne pas se montrer, comme il le fit, «démocratique», c'est-à-dire libéral, opportuniste envers la bourgeoisie chinoise et les grands propriétaires terriens. Le fait est que la fraction de Liu-Teng et celle de Mao ont soutenu ces derniers, leur faisant de graves concessions libérales opportunistes.

Le Parti communiste chinois devait consolider l'alliance de la classe ouvrière en premier lieu avec la paysannerie, et la bourgeoisie chinoise, elle, devait se plier aux lois du prolétariat. Cela était absolument indispensable. Le parti pouvait, dans cette voie, utiliser diverses méthodes pour désarmer la bourgeoisie, pour l'écarter de la voie de la subversion et d'éventuelles attaques armées contre le nouveau pouvoir; il pouvait aussi faire des concessions temporaires de caractère tactique, mais sans toucher aux buts stratégiques de la révolution, sans violer les principes. Autrement dit, il lui appartenait de désarmer la bourgeoisie, d'abord politiquement, de ne pas lui permettre de développer idéologiquement ses points de vue et, sur le plan économique, de lui enlever tous ses biens pour l'empêcher de garder ou presque ses anciennes positions, et cela en un temps où la paysannerie surtout et le prolétariat traversaient des moments difficiles du point de vue économique, pour ne pas dire politique et idéologique.

A cet égard, au lendemain de la libération, pendant les quatre ou cinq premières années, nous voyons la Chine se débattre, nager dans des réformes qui n'ont pas une orientation bien définie. On n'y voit pas une ligne plus ou moins directrice de ces mesures et réformes, on n'assiste pas à une progression objective bien étudiée dans tous les domaines de l'activité sociale, économique, politique, idéologique et militaire. On observe au contraire de nombreuses hésitations, dans tous les sens, et un complexe de réformes de la période démocratique populaire, soi-disant socialisantes. Dans cette période subsiste la tendance selon laquelle la première étape de la révolution démocratique bourgeoise devait se prolonger pendant un certain temps. Les dirigeants chinois professaient que durant cette étape, en même temps que se développerait le capitalisme, se créeraient aussi les prémisses du socialisme. Mao Tsétoung lui-même a dit : «Bien qu'une telle révolution démocratique de type nouveau élargisse, d'une part, la voie vers le capitalisme, elle n'en crée pas moins, d'autre part, les prémisses du socialisme». C'est sur cette analyse que les dirigeants chinois ont fondé leur thèse bien connue de la longue coexistence avec la bourgeoisie et le capitalisme, qui devrait se poursuivre, affirma-t-on en 1956, pendant une trentaine d'années encore. Dans le rapport présenté au VIIIe Congrès du P.C. chinois, il est dit ouvertement que la bourgeoisie nationale doit être maintenue, avec la classe ouvrière, à la direction d'Etat de la Chine, et garder une grande partie de ses richesses. Les Chinois ont présenté ces thèses comme une application créatrice des enseignements de Lénine sur la NEP. Mais entre les enseignements de Lénine, d'une part, et la théorie et la pratique chinoises, de l'autre, il y a une différence fondamentale tant pour le contenu que pour les délais d'application de la NEP.

Lénine reconnaît que la NEP était une retraite provisoire qui permettait pour un certain temps le développement du capitalisme privé, mais il souligne que :

«Il n'y a là rien de dangereux pour le pouvoir prolétarien, tant que le prolétariat détient fermement le pouvoir, qu'il tient solidement en main les transports et la grande industrie». (V. Lénine, Oeuvres, éd. alb. t. 32, p, 434.)

En Chine, par contre, en 1956 pas plus qu'en 1949, le prolétariat n'a tenu totalement en main ni le pouvoir ni la grande industrie.

Un an après la proclamation de la NEP, Lénine soulignait que la retraite avait pris fin et il lança le mot d'ordre de la préparation de l'offensive contre le capital privé dans l'économie. En Chine, cependant, la période du maintien de la bourgeoisie et du capitalisme devait, selon les prévisions, durer quasiment jusqu'à la fin des temps.

Bref, à cette étape, on entretenait au sein du Parti communiste chinois le point de vue selon lequel l'ordre établi après la libération devait être un ordre démocratique bourgeois et la bourgeoisie devait participer au pouvoir, alors que, pour les apparences, c'est le Parti communiste chinois, avec à sa direction Mao Tsétoung comme président, et Liu Shao-chi, Chou En-laï, Teng Siao-ping et d'autres, qui devait être au pouvoir (comme du reste il y était). Telles étaient les vues de ce parti. Ce n'étaient pas là des vues marxistes-léninistes claires. Du moment que les idées du P.C. chinois n'étaient pas tout à fait marxistes-léninistes, la révolution en Chine ne pouvait être menée jusqu'au bout, et la transformation de la révolution démocratique bourgeoise en révolution socialiste ne pouvait non plus y être assurée. Le passage de la révolution démocratique bourgeoise à la révolution socialiste ne peut être réalisé que lorsque le prolétariat écarte fermement la bourgeoisie du pouvoir, et cela même dans les cas où celle-ci a été pour un certain temps son alliée. Dès lors qu'en Chine la classe ouvrière a partagé le pouvoir avec la bourgeoisie, ce pouvoir ne s'est jamais transformé fondamentalement en dictature du prolétariat et par conséquent la révolution chinoise ne peut être une révolution socialiste.

D'autre part, l'important problème des nationalités, malgré tous les slogans à ce propos, n'avait pas été résolu dans la voie marxiste-léniniste. Non seulement au début, mais même après la création de la République populaire de Chine, les dirigeants chinois n'eurent pas une idée claire des directives du Komintern sur le problème des nationalités, des langues et de l'Etat prolétarien plurinational.

Dans son interview accordée à Emil Ludwig, Staline, évoquant les tâches auxquelles le parti marxiste-léniniste est confronté dans la création de l'Etat prolétarien, dit :

«Cette tâche ne consiste pas dans le renforcement d'un Etat «national», mais dans le renforcement de l'Etat socialiste, partant, internationaliste...». (J. Staline, Oeuvres, éd. alb, t. 13, p. 101.)

C'est là la voie que devait suivre le P.C. chinois. Chez Mao, par contre, qui parle sans cesse des empereurs, des héros de légendes, et qui tantôt les vante, tantôt les stigmatise, nous ne trouvons pas d'indications précises sur la lutte à mener pour la formation d'un Etat prolétarien plurinational. Ces indications sur l'avenir de la Chine, sur la question de la juste solution à apporter aux problèmes posés par ce grand rassemblement de nations, nous ne les trouvons pas même à l'époque de sa maturité.

L'organisation administrative dans la Chine à peine libérée ne nous est pas apparue très clairement, du moins à nous, étrangers ; nous n'avons bien vu ni les formes d'organisation, ni les liens de la base avec le centre, ni les critères sur lesquels se fondaient les subdivisions, et, à part la reconstruction en général, les orientations économiques n'étaient pas nettement définies, à savoir qui, de l'industrie lourde, de l'industrie légère ou de l'agriculture, était prioritaire. On parlait beaucoup, on donnait des directives, mais nous observions non seulement que ces directives n'étaient pas mises en pratique, mais qu'elles étaient confuses, mal définies.

Une fraction, dans le parti, estimait qu'il fallait développer au premier chef l'industrie lourde, une autre, d'avis contraire, pensait qu'il fallait accorder la priorité à l'industrie légère, une troisième prétendait qu'il fallait attacher une grande importance à l'agriculture, il en était enfin qui disaient qu'il fallait s'appuyer sur ses deux jambes, (l'industrie et l'agriculture). On lançait des formules à foison, et pourtant, bien que l'on ne puisse pas dire que rien n'était fait, que l'on ne travaillait pas, de façon générale les orientations données n'étaient pas claires ni appliquées comme il se devait. Ces orientations confuses tenaient à ce que le Parti communiste chinois, durant toute cette période, depuis sa fondation jusqu'à la libération du pays et par la suite, n'est pas parvenu à se consolider idéologiquement, à inculquer dans l'esprit et le coeur de ses membres la théorie de Marx, Engels, Lénine et Staline, à adopter les thèses clés de cette idéologie scientifique infaillible et, en se fondant sur elle, à l'appliquer pas à pas dans les conditions de la Chine, dans le développement dialectique de la lutte dans ce pays. Cela a eu pour effet de diviser le Parti communiste chinois en plusieurs fractions et, qui plus est, de l'amener en même temps à permettre l'existence à ses côtés des partis bourgeois ainsi que leur participation au pouvoir. D'ailleurs Mao lui-même a officiellement considéré comme indispensable leur participation à part entière au pouvoir et à l'administration du pays au même titre que le Parti communiste chinois et, de surcroît, selon lui, ces partis de la bourgeoisie, qui étaient «historiques», n'étaient appelés à disparaître qu'en même temps que le Parti communiste chinois.

Bref, Mao Tsétoung pensait qu'il fallait aller au socialisme dans le pluralisme. C'était là un slogan réactionnaire de droite. Ce n'était pas un mot d'ordre marxiste, qu'il fallait comprendre à certains égards comme une forme d'alliance du Parti communiste chinois avec les autres partis traditionnels inclus dans le front, une alliance où le Parti communiste chinois serait investi d'un rôle hégémonique. Pas du tout.

Dans ses écrits théoriques, Mao Tsétoung indique que la Chine ne pouvait pas être libérée sans la direction de la paysannerie, que la révolution en Chine était une révolution paysanne. Selon lui, la paysannerie était la classe la plus révolutionnaire, elle devait conduire et «elle a conduit la révolution». C'était là une grande erreur théorique de la part de Mao Tsétoung, et elle montre qu'il n'était pas un marxiste-léniniste, mais un éclectique et un bourgeois démocrate. Mao Tsétoung, en tant que démocrate progressiste, était pour une révolution démocratique bourgeoise et, à la libération de la Chine, il s'en tint aux mêmes points de vue. Selon ses vues, le rôle hégémonique appartenait à la paysannerie, et la classe ouvrière devait être son alliée, car le pouvoir en Chine serait, en premier lieu, celui de la paysannerie, et les villes seraient encerclées à partir des campagnes, mais lorsque se développa la ligne de Li Li-san, l'armée de Mao et de Chu Teh, n'appliquant pas la directive du Comité central, ne se porta pas vers la ville qu'elle devait encercler. Mao Tsétoung cherchait à faire de cette théorie bourgeoise démocratique qu'il soutenait une théorie universelle, et, en fait, cette «théorie» a été appelée «pensée-maotsétoung». Pour la rendre plus acceptable, les dirigeants chinois identifiaient la «pensée-maotsétoung» au marxisme-léninisme.

En Chine, la monarchie a été renversée depuis 1911, mais même après la création de la République populaire de Chine, les Chinois n'ont pas fusillé l'empereur Pu'I du Mandchoukouo, ce fantoche des envahisseurs japonais. Après l'avoir gardé quelques années dans un camp de rééducation, ils en ont fait comme un objet de musée, que les différentes délégations puissent rencontrer et avec qui elles aient la possibilité de s'entretenir pour «se convaincre» de la manière dont ces gens-là sont rééduqués en Chine «socialiste». Le tapage publicitaire mené sur cet ex-empereur avait pour but, entre autres, de rassurer les rois, les chefs de file et fantoches de la réaction des autres pays, avec lesquels la Chine entretient des relations, et de les amener à penser : «Le socialisme de Mao est raisonnable, pourquoi en avoir peur ?» ! En d'autres termes, par leur attitude profondément opportuniste à l'égard de l'empereur Pu'I, les révisionnistes chinois veulent dire : «Vous, empereurs, rois, sultans, princes, fascistes, dictateurs du second monde et du tiers monde, vous êtes des nôtres. C'est avec vous que nous irons au socialisme» ! Joli socialisme !

De telles attitudes, qui n'ont rien à voir avec la lutte de classe, ont également été adoptées en Chine à l'égard des féodaux et des capitalistes, dont les richesses n'ont été touchées ni pendant la révolution démocratique bourgeoise de Sun Yat-sen ni après que la Chine eut été libérée par l'armée de Mao Tsétoung et déclarée «démocratie nouvelle». Les exploiteurs ont en effet gardé les trois quarts ou presque de leurs biens, car les réformes introduites dans la Chine «socialiste» n'étaient pas profondes.

Nous savons qu'en France, au cours de la révolution démocratique bourgeoise, les biens de l'Eglise et des féodaux furent confisqués, bien entendu au profit de la bourgeoisie, et que celle-ci, se voyant menacée par les troubles du dedans et par Brunswick et les émigrés de Coblence du dehors, et se rendant compte que dans ces conditions son pouvoir politique et économique risquait d'être renversé, a décapité le roi, liquidé tour à tour les différentes fractions des Girondins, puis les républicains les plus rigoureux, au sein desquels s'étaient aussi infiltrées naturellement les conceptions des éléments bourgeois conservateurs. Ainsi, les dantoniens et les hébertistes furent guillotinés, de même que Robespierre et Saint-Just le furent plus tard par leurs compagnons de droite, comme Billaud-Varenne et autres. La bourgeoisie française ne pouvait permettre que l'on touche à ses intérêts de classe ni que l'on distribue les terres à la paysannerie, comme l'avaient prêché Babeuf et Buonarroti.

Le Parti communiste chinois, au long de son histoire, a connu un grand nombre de fractions. Certes, tout parti marxiste-léniniste a connu des fractions, des déviations idéologiques, mais en Chine ces déviations ont revêtu un autre caractère, et elles peuvent être identifiées aux fractions de la Révolution française démocratique bourgeoise, à cette différence près, qu'en Chine les adversaires politiques ne se décapitaient pas entre eux. Ces fractions, en Chine, conservaient, assurément, leur caractère soi-disant idéologique, mais, en fait elles avaient plutôt un caractère politique et pour but la prise du pouvoir personnel, elles avaient précisément le caractère des actions des «seigneurs de la guerre» qui, bien entendu, ne voulaient pas voir la république chinoise nouvellement créée s'engager dans la voie du socialisme, d'un Etat centralisé et discipliné.

Les Chinois considèrent cela comme les «dix luttes» menées par Mao Tsétoung. Certes, ce furent des luttes, mais ces luttes dans le Parti communiste chinois ne s'identifient pas à celles qui ont eu lieu dans le Parti bolchevik ou dans notre Parti, où, d'un côté, se trouvaient les marxistes-léninistes authentiques qui luttaient pour défendre le Parti et sa ligne marxiste-léniniste et, de l'autre, les déviationnistes trotskistes, anarchistes et tout ce qu'on veut. Non, ici, dans ces fractions du Parti communiste chinois, aucune aile ne se guidait sur le marxisme-léninisme. Il y avait des fractions où tous s'inspiraient de vues plutôt bourgeoises progressistes confuses que marxistes-léninistes ; d'autres fractions étaient plus ou moins de droite ou de gauche, mais il n'y a jamais eu à la direction du Parti communiste chinois une fraction marxiste-léniniste, c'est-à-dire un solide noyau marxiste-léniniste. Ainsi Mao Tsétoung et les camarades qui l'entouraient n'étaient pas de véritables marxistes-léninistes, c'étaient des démocrates bourgeois progressistes, marxistes en apparence, par leur phraséologie, mais qui luttaient et luttèrent jusqu'à la fin pour la consolidation d'un grand Etat démocratique bourgeois progressiste, pour une «démocratie nouvelle», comme l'a appelée Mao Tsétoung.

Liu Shao-chi, Chou En-laï, Teng Siao-ping, Peng Chen et d'autres éléments de leur espèce étaient des droitiers, des éléments de la bourgeoisie qui défendaient la grande bourgeoisie nationale, pour préserver ses prérogatives, en se camouflant naturellement d'une démagogie gauchiste et en agissant sous un masque de communiste. Après la libération, au cours d'une certaine période, ce groupe avait pris le pouvoir au sein même du P.C. chinois et il agissait dans cette voie pour consolider la bourgeoisie capitaliste chinoise.

Mao Tsétoung n'était pas un marxiste-léniniste, mais un révolutionnaire bourgeois progressiste, plus progressiste que Liu Shao-chi, mais de toute façon un révolutionnaire centriste qui se disait communiste et était à la tête du parti communiste. En Chine même, dans le parti, dans le peuple, ainsi qu'à l'étranger, il s'est acquis un renom de grand marxiste-léniniste qui combattait pour la construction du socialisme. Mais ses points de vue n'étaient pas marxistes-léninistes, il ne s'en tenait pas à la théorie de Marx et de Lénine, c'était un tenant de Sun Yat-sen, mais sur des positions plus avancées, et il camouflait ses vues, si l'on peut dire, de quelques formules révolutionnaires de gauche, de quelques thèses et slogans marxistes-léninistes. Mao Tsétoung se posait en dialecticien marxiste-léniniste, mais il ne l'était pas. C'était un éclectique, qui alliait la dialectique marxiste à l'idéalisme confucéen et à la vieille philosophie chinoise. Le fait est qu'à la direction du parti et de l'Etat, de la politique et de l'idéologie, dans le développement de la Chine et de son parti ainsi que pour les attitudes à adopter dans la conjoncture internationale, il ne s'est pas appuyé sur la dialectique matérialiste marxiste-léniniste pour conduire la Chine sur la voie du socialisme. D'autre part, nous voyons qu'il existait également dans le parti une aile gauchiste qui se masquait elle aussi de mots d'ordre marxistes-léninistes. Toutes ces déviations ne portaient pas de l'eau au moulin du socialisme. Les fractions, pour atteindre leur but, arboraient, de diverses manières, avec des méthodes différentes, mais des masques presque identiques, le drapeau de Mao Tsétoung, tous luttaient sous son drapeau, qui n'était pas un drapeau marxiste-léniniste. Il n'était tel que de nom, et à la mort de Mao Tsétoung il apparut clairement que ce n'était effectivement pas un drapeau marxiste-léniniste.

Que s'est-il passé en fait ? Houa Kouo-feng, «d'un seul coup», comme il le dit lui-même, a renversé les «quatre» et toute la théorie centriste non marxiste de Mao Tsétoung, il a porté au pouvoir l'aile droite, en un mot les éléments condamnés par la «Grande» Révolution «culturelle» soi-disant prolétarienne, il a fait un coup d'Etat tout comme Napoléon 1er et plus tard Napoléon III. Teng Siao-ping n'est qu'un petit Napoléon de plus. Tout comme Napoléon, qui voulait créer l'Empire français pour que la France domine l'Europe de ce temps-là, brise l'expansion de l'Empire britannique, bloque l'Angleterre dans son île et la mette à bas, Teng Siao-ping et ses acolytes visent actuellement à l'hégémonie mondiale, ils veulent faire de la Chine une superpuissance qui domine dans le monde et, si possible, ait même le pas sur les Etats-Unis d'Amérique et à plus forte raison sur l'Union soviétique. La Chine s'efforce d'atteindre cet objectif par la guerre, en se dotant des armes les plus modernes, en développant son économie et sa technologie avec l'aide des Etats capitalistes, en menant une politique et en propageant une certaine idéologie fondées sur une théorie non marxiste qui s'appelle la «pensée-maotsétoung».

Les révisionnistes chinois se serviront de cette théorie comme d'un masque pour se poser en socialistes, mais en fait ils ne sont ni peuvent être des socialistes, ils ne peuvent être des marxistes-léninistes. Les révisionnistes chinois ne sont pas plus des marxistes-léninistes que Napoléon n'était un robespierriste, un jacobin ou un babouviste. Les révisionnistes chinois, à l'instar de Napoléon, cherchent à établir leur empire. Celui-ci y a réussi, mais son empire a été vite abattu. Et le jour viendra où les révisionnistes chinois eux aussi seront abattus. Le marxisme-léninisme et la révolution prolétarienne triompheront en Chine et ces renégats seront mis en échec. Certes, une telle révolution ne triomphera pas sans lutte et sans effusion de sang, car de gros efforts seront nécessaires pour créer en Chine le facteur primordial subjectif, un parti révolutionnaire marxiste-léniniste, qui n'y a pas existé auparavant en tant que tel et qui n'y existe pas davantage aujourd'hui.

De même, il faut amener les masses à se rendre compte que l'on ne peut vivre d'illusions. Elles doivent se persuader politiquement qu'elles n'ont pas à leur tête des révolutionnaires marxistes-léninistes, mais des éléments de la bourgeoisie, du capitalisme, qui se sont engagés dans une voie qui n'a rien de commun ni avec le socialisme ni avec le communisme. Or pour comprendre cela, les masses doivent se pénétrer de quelque chose de fondamental, à savoir que la «pensée-maotsétoung» n'est pas le marxisme-léninisme et que Mao Tsétoung n'était pas un marxiste-léniniste. Il ne s'est donc pas trahi, si l'on peut dire. Mais nous n'en affirmons pas moins que Mao est un renégat, un antimarxiste, c'est un fait, et nous l'affirmons parce qu'il a cherché à se masquer avec le marxisme-léninisme, alors qu'en réalité il n'a jamais été un marxiste.

Nous pouvons dire qu'en général la révolution en Chine a présenté à certains égards des traits qui ont fait qu'elle a en tendance à se développer dans la voie socialiste, mais les mesures prises ont été soit laissées à mi-chemin soit annihilées, comme elles le sont actuellement, et les masques dont on la couvrait tomberont l'un après l'autre. Tout cela doit être bien compris par le peuple chinois, mais aussi en dehors de la Chine, car malheureusement toute l'évolution de ce pays, — la lutte de libération nationale du peuple chinois, l'instauration d'un pouvoir démocratique populaire, bourgeois et progressiste, — est entrée dans l'histoire comme constituant une révolution prolétarienne, alors qu'en fait elle n'en était pas une ; la Chine est entrée dans l'histoire comme un pays qui construit le socialisme, ce qui n'est pas vrai non plus.

Je pense qu'en général tout ce que nous avons dit de la Chine aux 2e et 3e plénums du C.C. du P.T.A. et dans ces notes, découvre la réalité chinoise, mais qu'il ne faut pas en rester là. Il nous incombe d'étudier de façon approfondie, dans ses questions clés fondamentales et décisives, la politique et l'activité du Parti communiste chinois, le développement dialectique de son histoire, de manière à démontrer, avec des faits et documents à l'appui, le bien-fondé de ces idées et conclusions générales auxquelles nous avons abouti, et qui ne me semblent pas erronées. Il est hors de doute qu'il est des questions auxquelles nous n'avons pas apporté une réponse exhaustive, qu'il subsiste des lacunes, des problèmes à discuter qui requièrent une étude plus approfondie, mais en général les faits témoignent que la Chine a parcouru une voie chaotique, non marxiste.

Après ce qui s'est produit récemment, c'est-à-dire à la suite du putsch de Houa Kouo-feng et Teng Siao-ping, la Chine est en train de passer à un stade encore plus régressif que celui qu'elle avait atteint avec Mao Tsétoung, qui était plus progressiste que Houa Kouo-feng et Teng Siao-ping. Ces deux derniers sont des ultra-droitiers, alors que Mao Tsétoung était un centriste.

J'ai indiqué dans un des mes écrits qu'il fallait abattre les mythes, et je pensais précisément au mythe de Mao Tsétoung, ce mythe qui le présentait comme un «grand» marxiste-léniniste. Mao Tsétoung n'est pas un marxiste-léniniste, mais un démocrate révolutionnaire progressiste et c'est à travers ce prisme qu'il faut, à mon sens, étudier son oeuvre.

J'ai déjà dit qu'il ne faut pas étudier les conceptions de Mao Tsétoung en les jugeant seulement d'après les phrases arrangées dans les quatre tomes publiés de ses oeuvres, mais qu'il faut les étudier dans leur application dans la vie. Et ces conceptions ont été appliquées dans une période dissemblable de celle de la Révolution française démocratique bourgeoise, où la bourgeoisie était, pour son époque, une classe progressiste. Actuellement, les idées de Mao Tsétoung sont développées à l'époque de la putréfaction de l'impérialisme, ce stade suprême du capitalisme, par conséquent à l'époque où les révolutions prolétariennes sont à l'ordre du jour et où l'exemple et les grands enseignements de la Grande Révolution socialiste d'Octobre, les enseignements de Marx et de Lénine sont pour nous des guides infaillibles. La théorie de Mao Tsétoung, la «pensée-maotsétoung», qui a vu le jour dans ces nouvelles conditions, devait tenter de s'affubler de l'habit de la théorie la plus révolutionnaire et la plus scientifique de l'époque, du marxisme-léninisme, mais elle est restée dans son essence une théorie antimarxiste, car elle est en opposition avec les révolutions prolétariennes et va à l'aide de l'impérialisme pourrissant.

C'est pourquoi, dans l'idéologie de Mao Tsétoung nous trouvons reflétés tous les aspects des idées conçues par le capitalisme et l'impérialisme au cours de sa longue période de déclin et de putréfaction. La «pensée-maotsétoung» est un amalgame d'idéologies, allant de l'anarchisme et du trotskisme, au révisionnisme moderne à la titiste, à la khrouchtchévienne, de l'«eurocommunisme» à la Marchais-Berlinguer-Carrillo jusqu'à l'utilisation des formules marxistes-léninistes. Dans tout cet amalgame nous devons distinguer les vieilles idées de Confucius, de Mencius et des autres philosophes chinois, qui ont considérablement influé sur la formation des idées de Mao Tsétoung, sur son évolution culturelle et théorique. Il est donc difficile de définir une seule ligne, ou plutôt une ligne claire de l'idéologie chinoise. Même ceux de ses aspects dont on peut dire qu'ils constituent en quelque sorte un marxisme-léninisme dénaturé, portent un sceau asiatique, ils portent la marque d'un «communisme asiatique», d'une sorte d'«asiocommunisme», qui s'apparente à l'«eurocommunisme» et où l'on ne décèle aucune trace de l'internationalisme prolétarien de Marx et de Lénine dans sa pleine et véritable acception. On retrouvera dans l'idéologie chinoise de fortes doses de nationalisme, de xénophobie, de religion, de bouddhisme, des séquelles marquées de l'idéologie féodale, sans parler de multiples autres survivances qui n'ont pas été combattues systématiquement pendant la lutte de libération nationale et particulièrement durant la période de l'instauration du pouvoir de démocratie populaire.

Il faut reconnaître que la bourgeoisie réactionnaire mondiale a suivi et étudié attentivement l'évolution de la politique et de l'idéologie de Mao Tsétoung, le développement des luttes politiques et idéologiques en Chine non seulement avant la révolution, mais aussi au cours de celle-ci. C'est justement parce qu'elle s'est rendu compte que cette politique et cette idéologie présentaient un caractère proprement chinois et asiatique, et s'étaient beaucoup écartées du marxisme-léninisme, que la bourgeoisie réactionnaire mondiale les a défendues, soutenues, et même propagées comme étant marxistes-léninistes. Toutefois, dans ses écrits et publications, la bourgeoisie analyse clairement l'orientation politique et idéologique de Mao Tsétoung : elle considère son idéologie non pas comme marxiste, mais comme étant bourgeoise révolutionnaire, ce qu'elle est en fait. Il était de l'intérêt de l'impérialisme, du capitalisme mondial, que la Chine, ce continent peut-on dire, poursuive dans cette voie, qu'elle suive l'orientation politique et idéologique de Mao Tsétoung, qui devait s'opposer un jour ouvertement au marxisme scientifique, car ce pays se détournerait ainsi de la voie du marxisme scientifique. Cela est apparu clairement dans le développement de la Chine ; les divergences idéologiques entre le marxisme-léninisme et la «pensée-maotsétoung» qui se sont manifestées aujourd'hui au grand jour, étaient auparavant déjà inéluctables.

Tous les désaccords et les malentendus qui opposèrent les Chinois à l'Union soviétique, au Komintern et à Staline, portaient sur des questions de principe et sur rien d'autre.

J'estime que lorsque nous analysons la «pensée-maotsétoung», nous devons tenir compte de tous ces facteurs qui ont joué un grand rôle dans l'évolution politique et théorique de la direction chinoise, du Parti communiste chinois, et qui se reflètent dans leurs orientations et dans leurs actions. D'où découle aussi la stratégie actuelle du maoïsme, laquelle, comme on le sait, consiste dans l'alliance avec les Etats-Unis et avec tout le capitalisme mondial pour s'opposer à l'Union soviétique révisionniste.

Ce n'est pas là seulement une politique conjoncturelle, c'est une politique qui, par son contenu, traduit les convictions idéologiques des maoïstes. Les dirigeants chinois jugent presque de la même façon que les impérialistes américains et les chefs de file des autres «démocraties» capitalistes développées. Ils s'accordent idéologiquement, surtout dans leurs objectifs de domination, car la Chine, en grand Etat qu'elle est, ne tient à se mettre sous la direction et le joug d'aucun de ces impérialistes et capitalistes, elle aspire à dominer elle-même ou du moins à faire entendre puissamment sa voix dans le monde. C'est pour cette raison que, d'une manière ou d'une autre, la Chine maoïste prône l'alliance du prolétariat mondial avec la bourgeoisie capitaliste et l'impérialisme américain. En s'engageant dans cette voie, la Chine entrave en fait la révolution mondiale, elle dénature la théorie marxiste-léniniste tout comme le font les autres révisionnistes. Sa politique et son action servent à ranimer l'impérialisme et le capitalisme agonisants, à prolonger leur existence.

Les divergences de la Chine maoïste avec le révisionnisme soviétique tiennent à ce qu'elle considère l'Union soviétique comme une puissance impérialiste plus faible que les Etats-Unis et qu'elle pense qu'une alliance avec l'impérialisme américain lui permettra de réaliser ses rêves d'expansion, la conquête de la Sibérie et des autres régions orientales de l'Union soviétique.

C'est en cela que réside la contradiction entre la Chine et l'Union soviétique, et cette contradiction n'a pas un caractère idéologique, comme la Chine cherche à le faire croire en prétendant qu'elle est marxiste-léniniste et que seule l'Union soviétique est révisionniste. Non, ces deux pays sont tous deux révisionnistes, ils se guident sur une même idéologie bourgeoise dans leur lutte contre la révolution, précisément dans les conditions de la putréfaction de l'impérialisme.

Aussi, me semble-t-il, toutes ces notes doivent être approfondies, étayées d'une documentation plus riche, qu'il faut rechercher, car elle existe sous une forme ou une autre, ne serait-ce que dans les journaux ou les livres qui paraissent de temps en temps en Chine ou à l'étranger. Mais il faut étudier ces écrits avec un esprit critique et confronter leurs contenus avec la réalité chinoise et avec les principes et les thèses fondamentales de notre grande idéologie révolutionnaire, le marxisme-léninisme.