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100ème anniversaire de la mort
5 juin 1919


23 mai 1883 Saint-Pétersbourg (Russie) - 5 juin 1919 Munich

Eugen Leviné 

Le dirigeant de la classe ouvrière révolutionnaire en République soviétique de Bavière

"Vive la révolution mondiale"

« Nous les communistes sommes toujours des morts en sursis » 

Eugen Leviné (10 mai 1883, Saint-Pétersbourg – 5 juillet 1919, Munich) est un révolutionnaire communiste actif en Allemagne, dirigeant de la République des conseils de Bavière.

Leviné est né à Saint-Pétersbourg en Russie de parents juifs. Il fut cependant éduqué en Allemagne. En 1905, il retourne en Russie pour participer à la révolution de 1905 contre le tsar. Pour cela, il est exilé en Sibérie. Il parvient finalement à s'échapper et à retourner en Allemagne et étudie à la prestigieuse Université de Heidelberg, où il obtient un doctorat. Il adhère au SPD en 1909. En 1915, il épouse Rose Leviné-Meyer, la fille d’un rabbin de Grodek. Ils ont au moins un enfant, un fils nommé Eugène.

Après la fin de la guerre, il rejoint le Parti communiste d'Allemagne. Puis, il participe à la création d'une république socialiste en Bavière. Mais la république s'effondre rapidement laissant la place à une république des conseils de Bavière d’inspiration conseilliste après l’assassinat de Kurt Eisner, le dirigeant du Parti social-démocrate indépendant d'Allemagne.

Le gouvernement de la nouvelle république d'Ernst Toller ne dure guère très longtemps à cause de la faiblesse voire l'incompétence des dirigeants et chute six jours à peine après sa formation. Eugen Leviné arrive au pouvoir quand les communistes prennent le contrôle du gouvernement.

Leviné décréta de nombreuses réformes révolutionnaires comme donner les appartements les plus luxueux aux sans-abris, le contrôle et la propriété des usines aux ouvriers et installation de délégués révolutionnaires chargés de superviser les banques. Il programme aussi des réformes du système d'éducation et l'abolition du papier monnaie, lesquelles réformes ne seront jamais appliquées, faute de temps.

Or le président allemand de l'époque Friedrich Ebert ordonne de reprendre le contrôle de la république des Conseils et de réinstaller le gouvernement de Johannes Hoffmann ; l'Armée rouge exécute huit otages le 29 avril.

La Reichswehr accompagnée de la milice des Freikorps (Corps Francs), une force d'environ 39 000 hommes, envahissent la république soviétique et prend Munich le 3 mai 1919. En représailles de l’exécution des otages, les Freikorps capturent et exécutent sans procès 700 hommes et femmes. Leviné est lui-même arrêté et est reconnu complice de l’exécution des huit otages. Il est fusillé dans la prison de Stadelheim.

 

 

 

 

 

 

 

Rosa Leviné

1916

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La République des Conseils

Le KPD fut fondé au tournant 1918-1919. Au début, il ne comptait que très peu de membres en Bavière, et était à peine identifiable dans la galaxie de la gauche radicale avant mi-mars 1919. Cependant, il grandit très rapidement, passant d’une centaine à plusieurs milliers de membres en quelques mois, au point de devoir finir par édicter des règles pour mieux contrôler les nouvelles adhésions. Cette croissance était due principalement à l’activisme du nouveau parti, soutien inconditionnel du système des conseils, et prônant une république des conseils immédiatement. Il avait alors à sa tête des dirigeants aux tendances gauchistes, notamment son président, Max Levien. La direction centrale du KPD décida alors, à la mi-mars, d’envoyer plusieurs représentants à Munich, dont Eugen Leviné, pour convaincre la section bavaroise de tempérer son activisme par une stratégie fondée sur une évaluation plus réaliste du rapport de forces et orientée sur un objectif de conquête à terme de la majorité de la classe ouvrière.

Eugen Leviné s’est concentré sur la réorganisation du KPD, le renforcement de sa discipline et de son implantation dans la classe ouvrière. Il parvint à convaincre ses camarades de donner la priorité aux tâches immédiates qu’aux grandes espérances d’avenir, qu’une révolution socialiste ne pouvait survivre dans la seule Bavière, trop dépendante du reste de l’Allemagne, et ne pourrait triompher avant que la classe ouvrière ne se réorganise pour la lutte dans tout le Reich, qu’une proclamation immédiate d’une république des conseils ne serait qu’aventurisme condamné à la défaite. Il fut élu rapidement président du KPD. Max Levien en resta le dirigeant le plus connu, mais changea de discours. Cependant, la nouvelle orientation du KPD ne fut pas de suite remarquée, si bien que cela fut une surprise quand une délégation du KPD déconseilla la proclamation immédiate de la République des Conseils et les postes de commissaires du peuple offerts. La République des conseils fut néanmoins proclamée.

Elle était dirigée par un Conseil central révolutionnaire provisoire, dont les membres étaient sincères, mais dépourvus de vision stratégique ; et se contentaient de fait de déclarations verbales. Ils laissèrent néanmoins une latitude maximale aux Conseils ouvriers. La bourgeoisie prit si peur qu’elle consentit des concessions majeures : hausses spectaculaires des salaires et réduction des heures de travail. C’est pourquoi les ouvriers s’identifièrent à la République des conseils, et les mises en garde du KPD ne furent pas écoutées. Mais, quelques jours à peine après la proclamation de la République des conseils, le gouvernement socialiste réfugié à Bamberg tenta un coup d’Etat contre-révolutionnaire, qui parvint à arrêter plusieurs membres du Conseil central révolutionnaire provisoire, mais échoua face à la résistance armée des ouvriers de Munich. Il fut par contre un succès à d’autres endroits de la Bavière. Une réunion des conseils d’entreprises et des casernes désigna alors un nouveau gouvernement révolutionnaire, un comité exécutif, formé de 3 membres du KPD, un de l’USPD, et un du SPD. Leviné, malgré ses réticences initiales, accepta d’en prendre la tête. Cette période est souvent appelée la « République communiste des conseils », bien que le KPD demeurât en fait minoritaire au sein des comités d’entreprises, auxquels le comité exécutif devait rendre quotidiennement des comptes.

Le gouvernement Leviné prit les mesures d’urgences qui s’imposaient pour tenter de sauver la révolution : distribution de 20'000 fusils aux ouvriers, constitution d’une armée rouge, remplacement de la police par une garde rouge, interdiction des journaux bourgeois, mise en place de tribunaux révolutionnaires, contrôle du trafic et surveillance des communications ; réquisition des banques et des réserves d’argent, réquisition des stocks de nourriture, distribution des logements vides et usines placées sous contrôle des comités d’entreprises. Ces tâches ne purent être réalisées que dans la mesure où le gouvernement communiste bénéficiait d’un soutien massif et d’une participation enthousiaste de la classe ouvrière. De fait, il accomplit plus pour les ouvriers dans le bref laps de temps dont il disposa que tous les gouvernements précédents, bourgeois et « socialistes » réunis.

De la contre-révolution au nazisme

La réaction était déterminée à écraser cette « ulcère rouge » avant qu’elle ne puisse se propager. Le ministre « socialiste » Gustav Noske envoya contre la République des conseils de Bavière ses corps francs, formés de la pire racaille d’extrême-droite. Malgré une résistance héroïque, la lutte était inégale. La République des conseils fut noyée dans un horrible bain de sang, ponctué d’innombrables assassinats, souvent accomplis de la manière la plus barbare, et de milliers de condamnations à mort, après des simulacres de procès. Eugen Leviné déclara au sien « nous les communistes sommes toujours des morts en sursis ». Il fut fusillé le jour même.

Le SPD avait accompli son sale boulot et, comme au niveau du Reich, la contre-révolution triomphante n’avait plus besoin de lui. Moins d’une année après l’écrasement de la République des conseils, le SPD et chassé sans ménagement du gouvernement. La Bavière était désormais tenue en main par la pire réaction. D’épicentre de la révolution qu’elle fut, la Bavière devint le foyer du mouvement nazi.